LES ESSAIS CLINIQUES ET LE CONSENTEMENT
Synthèse de l'atelier numéro 2 du colloque Éthique et cancer du 14 février 2008 à la cité des sciences et de l'industrie.
La recherche clinique représente une forme d’espoir pour les patients mais aussi pour les soignants, et là encore la qualité de l’information fournie est primordiale. D’après Dominique Genre, médecin responsable de la recherche clinique à l’Institut Paoli Calmettes à Marseille, « les exigences de la recherche clinique sont doubles : éthiques et scientifiques ». Scientifiques car il faut avoir des prérequis solides in vitro (en laboratoire) et in vivo (sur l’animal) avant de pouvoir entamer des essais cliniques chez l’homme.
Ethiques car un patient ne peut être considéré comme un cobaye, il doit pour cela être protégé. Les législateurs ont défini des réglementations pour protéger le patient, objet de soins mais aussi de recherche, notamment avec la loi Huriet-Sérusclat en 1988. « Depuis, les patients doivent signer un consentement éclairé pour pouvoir participer à un essai clinique. Les informations relatives au protocole doivent être complètes pour permettre au patient de prendre sa décision. Objet de l’étude, méthodologie, bénéfices attendus, effets secondaires, alternatives thérapeutiques sont des informations qui doivent lui être communiquées. »
Des associations de patients s’attachent à lire ces protocoles. Jean-Louis Durand, représentant du comité de patients de l’Institut Paoli Calmettes à Marseille, a expliqué leurs missions : « Nous relisons les protocoles d’essais cliniques et demandons des améliorations de notices si besoin, nous validons le plan de traitement et de surveillance. Nous sommes très attachés à la clarté et à la précision des effets indésirables possibles. » Jean-Louis Durand, comme l’ensemble des orateurs, a soulevé le problème du consentement : est-il réellement éclairé ? Atteint d’un cancer du côlon, qui s’est ensuite étendu au foie, un essai clinique lui a été proposé. De retour chez lui avec la notice de l’essai clinique, il a été incapable de prendre une décision, qu’il a déléguée à son médecin traitant.
Christiane Etévé, patiente, a au contraire pris sa décision très rapidement lorsqu’un essai clinique lui a été proposé suite à une annonce de cancer du sein. Trop vite d’après elle mais elle ne regrette rien. « En acceptant cet essai, j’avais l’impression de participer à la gestion de mon traitement. Néanmoins, après réflexion j’ai conscience que je n’étais pas totalement éclairée, je n’avais pas pensé à poser toutes les questions et toutes les informations ne m’avaient pas été données. »
Catherine Vergely, médecin et présidente de l’UNAPECLE, a évoqué le cas particulier, encore plus compliqué, de la recherche clinique chez les enfants atteints d’un cancer. « Les informations doivent ici être adaptées aux parents et aux enfants, selon leur âge. Il est difficile d’imaginer à quel point il est lourd pour les parents de signer un consentement éclairé pour leurs enfants. » Même si l’enfant ne peut pas le signer, sa décision prédomine sur l’avis des parents. Les parents ont besoin d’un temps de réflexion, malheureusement pas toujours compatible avec l’urgence du traitement. « Pour les aider à prendre cette lourde décision, l’idéal serait qu’ils puissent faire appel à une tierce personne. »
Au terme de cet atelier, il ressort que le respect du principe d’autonomie est difficile à garantir. La création d’un nouveau métier serait intéressante : un tiers, à même d’expliquer, de reformuler et de s’assurer avec le malade que les enjeux sont compris. Il aiderait à détecter tout écart entre le projet médical, et le projet de vie et les valeurs du patient.
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