TRAITEMENT DU CANCER CHEZ LES MALADES EN SITUATION DE FRAGILITÉ
Synthèse de l'atelier numéro 3 du colloque Éthique et cancer du 14 février 2008 à la cité des sciences et de l'industrie.
« La culture ne peut pas rester à la porte de l’hôpital » a largement illustré Thierry Bouillet, radiothérapeute à l’hôpital Avicenne, Bobigny (Seine-Saint-Denis). « Pour la culture occidentale, le cancer c’est une prolifération de cellules ; pour d’autres, c’est un châtiment. » Un patient qui pense que son cancer est un châtiment ou une fatalité n’observera pas son traitement. « Des patients disparaissent après une ou deux séances si on tente de leur imposer un traitement sans tenir compte de leur culture », a témoigné le Dr Bouillet. Mais l’enjeu porte aussi sur la prévention et le diagnostic : dans certaines cultures le dépistage est difficilement accepté en l’absence de symptômes. L’aspect culturel est aussi important dans les relations avec la famille qu’avec le malade lui-même.
« La précarité aggrave le cancer par un retard du diagnostic et une difficulté de prise en charge », a souligné Gilles Errieau, médecin généraliste à Paris. Les personnes en précarité font face à de multiples urgences, vivent beaucoup d’expériences difficiles. Le cancer en est une de plus. « Mais le cancer est aussi une cause de précarité. Il fait basculer des personnes, des familles dans la précarité. » C’est une dimension qu’il faut prendre en compte pour le succès de la thérapeutique. Un des recours présenté par le Dr Errieau est de faire appel au soutien de la communauté du malade, ce qui peut être sa famille ou son voisinage, pour l’aider dans un parcours difficile.
Yann Benoist, anthropologue à l’université Paris V, a rapporté les conclusions de son observation des soins apportés à des SDF, soulignant que les soignants se font souvent une représentation de ces malades qui handicape une bonne prise en charge. Des symptômes évoqués par des personnes en grande difficulté sont parfois mis sur le compte de troubles psychiatriques et le diagnostic longtemps repoussé. Concluant le récit de plusieurs exemples, l’orateur a conclu :« Ne faudrait-il pas envisager une formation spécifique pour les médecins confrontés à des malades en grande difficulté ? ».
Dinah Vernant est médecin à l’Hôtel-Dieu, à Paris, dans le seul service de médecine de France destiné spécifiquement à l’adolescence. Elle a souligné qu’on confondait trop souvent médecine de l’adolescence et santé mentale. « Les adolescents n’ont pas seulement besoin de psychologues, mais de médecins. » L’abord de la prévention chez eux est très particulière. Un exemple du Dr Vernant l’illustre bien : parler à une jeune fille du risque de cancer que représente le tabac est moins efficace que de lui expliquer que la nicotine provoque des rides.
Philippe Bergerot, radiothérapeute à Saint-Nazaire, a rappelé que le revenu de 55 % des malades diminue après un cancer et que, même avec la prise en charge à 100 %, il reste des coûts à leur charge. Elargissant le propos, la salle a dénoncé le fait que des patients ne bénéficient pas de certains traitements parce qu’ils n’ont pas de couverture sociale. Sur quoi le Pr Larra, président de la Ligue contre le cancer, a demandé aux professionnels de santé de signaler tous les cas de ce type et s’est engagé à les transmettre au ministère de la Santé.
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