LA COMMUNICATION PUBLIQUE SUR LE CANCER
Synthèse de l'atelier numéro 4 du colloque Éthique et cancer du 14 février 2008 à la cité des sciences et de l'industrie.
Les orateurs présents à cet atelier, malgré leurs fonctions très différentes, communiquent tous en santé et s’attachent selon eux à transmettre une information juste, la plus éthique possible, quel que soit le support.
Martine Pérez, journaliste santé au Figaro et médecin, a largement insisté sur le fait qu’elle se pose beaucoup de questions, essentiellement éthiques, avant de transmettre une information médicale. « Ce sont les malades qui se précipitent sur les articles médicaux et, en tant que journaliste médicale, je me fixe deux règles : ne pas donner de faux espoirs et ne pas tuer l’espoir. Nous devons avoir de nombreux interlocuteurs, sans cesse trier les informations et les vérifier. » La pression des laboratoires pharmaceutiques, des responsables de rédaction, de la nécessité économique - celle de vendre le journal - ne doit pas faire oublier l’intérêt du lecteur et ne pas faire tomber dans le sensationnel.
Justement, Dominique Delfieu, médecin généraliste à Paris, a témoigné de la frénésie des patients face à l’information. « Quand un nouveau médicament arrive sur le marché, le lendemain, je suis sûr de recevoir une trentaine d’appels téléphoniques. Les patients sont de plus en plus exigeants, de plus en plus informés et veulent des traitements de plus en plus sophistiqués. C’est donc à nous, médecins, de faire le tri dans les informations recueillies, le plus souvent sur internet. »
D’ailleurs l’ensemble des orateurs se sont accordés pour dire qu’internet représente un problème ou une solution dans la diffusion de l’information médicale mais il serait d’ailleurs utile de fournir au public une liste de sites médicaux fiables.
L’INPES cible aussi les patients et les médecins dans leurs programmes de communication. Philippe Lamoureux, son directeur général, explique : « Il ne faut pas se disperser. Le message doit être clair pour interpeller mais attention, car trop d’informations peut tuer l’information. Chaque campagne dans le domaine de la santé doit se terminer en proposant des solutions. » Lors de la conception d’une campagne, des questions se doivent d’être posées concernant la stigmatisation des patients, la peur, l’impact prévu, l’efficacité qui creuse parfois les inégalités.
Les publicitaires ont également compris qu’il fallait être vigilants. D’après Michel Nakache, président de Publicis Health Care à Paris, « il faut faire cohabiter trois mondes : nos propres valeurs déontologiques, les objectifs des annonceurs et l’efficacité des campagnes. »
Daniel Lenoir, directeur général de la Mutualité française, à Paris, a présenté son nouveau projet de communication : « Priorité Santé Mutualiste », qui permettra d’accompagner le patient en lui donnant accès à l’information. « Nous nous fixons trois règles : rester neutre et objectif, ne pas se substituer à la médecine mais combler les manques, et enfin respecter l’anonymat du patient. »
L’objectif des campagnes et des transmissions d’information en général est de se faire comprendre par l’ensemble de la population. Notons que, probablement, l’évolution des campagnes de communication ira vers la segmentation, avec au centre de celle-ci la question du genre. L’idée de l’organisation d’une communication publique sur le cancer pensée par tous les émetteurs a été mise en débat car elle pourrait résoudre des problèmes éthiques tout en en posant d’autres. En somme, la communication publique sur le cancer soulève et cristallise à elle seule nombre de questions éthiques qui peuvent avoir une incidence non négligeable sur la population bien que, non accompagnée d’une politique de santé publique ad’hoc, ses effets seraient limités.
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