VITAMINE D ET CANCER DU SEIN, LES LIENS SE PRÉCISENT
Article modifié le
16/09/2010
Essentiels pour nos os, la vitamine D et le calcium sont également présumés jouer un rôle protecteur vis-à-vis du cancer du sein.
Soutenue par la ligue depuis 1990, l’étude E3N (voir encadré de droite) a permis au Docteur Françoise Clavel-Chapelon (Inserm U 1018, Institut Gustave Roussy) et à son équipe d’analyser cette association sous un angle épidémiologique. Résultats : des concentrations sanguines importantes de vitamine D apparaissent liées à un risque réduit de cancer du sein. Quant au calcium, celui-ci ne semble pas jouer de rôle significatif.
Quel(s) lien(s) peut-on tisser entre manque de vitamine D et cancers ? La question intéresse épidémiologistes et chercheurs depuis la fin des années 1990. Et, au cours de la dernière décennie, les enquêtes épidémiologiques se sont multipliées afin de déterminer si un taux sanguin important de vitamine D pouvait se trouver associé à une réduction du risque de développement de différents cancers (colorectal, sein et prostate notamment).
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| La vitamine D (gris et rouge) associée à son récepteur (d’après Antony P. et al.) |
La vitamine D
Elle régule le métabolisme du calcium et du phosphore et joue de la sorte un rôle essentiel dans l’ossification. Quatre vingt-dix pourcent de la vitamine D de notre organisme est produit sous forme de cholécalciférol dans les couches profondes de la peau sous l’effet des rayons UVB du soleil. Cette molécule est ensuite transformée en vitamine D biologiquement active suite à deux réactions chimiques au niveau du foie puis des reins. Ce mode de production fait que les populations de l’hémisphère nord, où l’ensoleillement est limité en période hivernale, ainsi que celles ayant une peau fortement pigmentée, sont très souvent carencées en vitamine D.
Des études sur modèles animaux ont attribué à la vitamine D des propriétés anticancéreuses fondées sur sa capacité à inhiber la prolifération cellulaire, induire la différenciation et le suicide cellulaire (l’apoptose), et enrayer l’angiogenèse.
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Concernant le cancer du sein, les études épidémiologiques récentes, majoritairement réalisées outre-Atlantique, ont produit des résultats hétérogènes voire discordants ne permettant pas d’établir un consensus.
E3N mise à contribution
Pour s’attaquer à cette question Françoise Clavel-Chapelon et son équipe ont mis à profit les informations collectées par l’étude E3N. Au sein d’un sous-ensemble de 17 540 femmes - ayant donné un échantillon de sang entre 1995 et 1998 - les scientifiques ont étudié les 636 cas de cancers déclarés en les comparant chacun à deux témoins. Chaque échantillon sanguin de ces participantes a été analysé afin de déterminer les concentrations de vitamine D, de calcium mais également de parathormone, d’œstradiol et de progestérone, des hormones influençant le taux de vitamine D. Point fort de cette étude, des informations comme le statut ménopausique, la date de prélèvement ou encore la situation géographique du centre de prélèvement ont été prises en compte pour limiter l’occurrence de biais susceptibles d’entacher les résultats. L’intégration de ces paramètres souvent négligés dans d’autres études du même type renforce l’originalité et la pertinence de la démarche suivie par cette équipe.
Un lien significatif
Premier constat, 75 % des femmes de l’étude présentent un taux de vitamine D insuffisant, en l’occurrence inférieur à la valeur de 30 microgrammes par litre. Autre résultat de premier intérêt, des taux élevés de vitamine D apparaissent significativement associés à une diminution du risque de cancer du sein. Ainsi, dans la population étudiée, les femmes caractérisées par les taux de vitamine D les plus élevées (supérieurs à 27 microgrammes par litre) présentent un risque de cancer diminué de 25 % par rapport à celles dont les taux sont les plus faibles (inférieurs à 19,8 microgrammes par litre). Concernant le calcium aucune liaison avec le cancer du sein n’a pu être mis en évidence. En France où les carences en vitamine D sont très nombreuses, ces résultats devraient contribuer à faire avancer le débat sur les apports nutritionnels conseillés de cette vitamine.
(1) P. Engel, G. Fagherazzi, A. Boutten, et al., Serum 25(OH) Vitamin D and Risk of Breast Cancer: A Nested Case-Control Study from the French E3N Cohort, Cancer Epidemiol Biomarkers Prev., 2010, 19(9), 2341-2350.
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L'étude E3N
Elle constitue un outil approprié pour étudier l’impact de différents facteurs (hormonaux, génétiques, alimentaires) sur la survenue de cancers chez la femme. Pilotée par le Docteur Françoise Clavel-Chaperon, E3N s’appuie sur le suivi, d’une population d’environ 100 000 femmes volontaires (adhérentes à la Mutuelle Générale de l’Education Nationale, nées entre 1925 et 1950). Les données relatives au mode de vie et à l’état de santé des participantes sont collectées tous les deux ans par le recueil d’auto-questionnaires. Il s'ajoute à cette base de données une collection d’échantillons sanguins prélevés sur un quart des participantes. E3N constitue la composante française d’une étude européenne plus vaste, EPIC, coordonnée par le Centre International de Recherches sur le Cancer.
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