MORT CELLULAIRE ET MYÉLOME MULTIPLE, QUEL RÔLE POUR BIK ?
Article modifié le
13/12/2010
Le myélome multiple est un cancer dont la prise en charge thérapeutique reste problématique.Les patients traités finissent tous par présenter une résistance à la chimiothérapie le plus souvent associée à des modifications du phénomène d’apoptose. Labellisée par la Ligue en 2008, l’équipe du Docteur Martine Amiot (Inserm UMR 892, Université de Nantes) étudie différents aspects de la maladie et notamment les mécanismes qui contrôlent l’apoptose au sein des cellules cancéreuses.
| |
Cristal de protéine de Bence-Jones (Crédit : Alex McPherson, Univ. de Californie, Irvine). |
Myélome multiple
Le myélome multiple, ou maladie de Kahler, est un cancer hématologique dont on relève 3 000 à 4 000 cas par an en France, principalement chez des patients de plus de 60 ans. Cette maladie touche un type particulier de cellule du sang les lymphocytes B producteurs d’immunoglobulines. Encore appelés plasmocytes ces cellules participent normalement aux défenses de l’organisme par la sécrétion des immunoglobulines (ou anticorps). Le plasmocyte malin a perdu la capacité de mourir, se multiplie et s’accumule dans la moelle osseuse causant la fragilisation puis la destruction progressive du tissu osseux. La recherche de la protéine de Bence-Jones (une immunoglobuline anormale, voir photo) dans les urines constitue un des éléments du diagnostic biologique du méylome multiple.
|
|
| |
Ses travaux (1) précisent le rôle joué par un des acteurs de cette régulation, la protéine Bik.
L’apoptose correspond à un ensemble de phénomènes conduisant les cellules à mettre fin à leur existence, un suicide cellulaire en quelque sorte. La mise en œuvre de ce dispositif d’autodestruction ne doit rien au hasard, elle est programmée et contribue naturellement au bon fonctionnement de l’organisme. L’apoptose est également une des « gâchettes » sur laquelle agit la chimiothérapie. En effet, les médicaments utilisés dans ce type de traitements ne tuent pas directement les cellules mais induisent des lésions cellulaires dont l’accumulation conduit au déclenchement de l’apoptose. Certaines tumeurs réagissent en neutralisant les mécanismes conduisant à l’apoptose, rendant ainsi inefficace la chimiothérapie. C’est notamment le cas pour le myélome multiple. Les patients suivant une chimiothérapie pour ce cancer présentent tous, à terme, une résistance au traitement, le plus souvent caractérisée par un taux d’apoptose réduit voire absent. Une meilleure connaissance des mécanismes d’altération de l’apoptose peut donc participer à l’amélioration des traitements.
Quand une famille de protéines gère le stress
Dans une cellule confrontée à un stress, le déclenchement éventuel de l’apoptose résulte d’un équilibre complexe impliquant un ensemble de molécules notamment la famille des protéines Bcl-2. Certains des membres de cette famille répriment les mécanismes conduisant au suicide cellulaire, leur activité est qualifiée d’anti-apoptotique, le prototype étant la protéine Bcl-2 qui a donné son nom à cette famille. D’autres, au contraire, activent directement ou indirectement les mécanismes de l’apoptose, ils sont pro-apoptotiques. Les chercheurs nantais se sont plus particulièrement intéressés à la régulation et au rôle d’une de ces protéines pro-apoptotiques dénommée Bik. Bik a la propriété de pouvoir s’associer sélectivement à certaines protéines anti-apoptotiques pour former un complexe. Elle peut, par exemple, piéger la protéine anti-apoptotique Bcl-2, dans un complexe BiK/Bcl-2, pour bloquer son action et ainsi contribuer indirectement à l’activation de l’apoptose.
Dans les 24 lignées de cellules de myélome humain étudiées, les scientifiques ont mis en évidence des niveaux d’expression de la protéine Bik extrêmement variables. Si près de 40 % des lignées présentent un niveau d’expression allant de modéré à fort, les autres sont caractérisés par une expression faible voire nulle de la protéine. Autre constatation, dans les cellules de myélome le niveau d’expression de Bik est directement corrélé à celui de la protéine anti-apoptotique Bcl-2, une surexpression de Bcl-2 entraînant une forte accumulation de Bik. En revanche, l’expression de Bik est indépendante de celle des autres molécules pro-apoptotiques. Enfin, concernant l’action de BiK, les travaux présentés décrivent son implication à la fois dans l’induction de l’apoptose mais également dans la sensibilisation des cellules de myélome à un stress oxydant, une forme d’agression chimique pouvant conduire à la mort cellulaire.
Ces résultats suggèrent à leurs auteurs que la présence de complexes BiK/Bcl-2 dans les cellules de myélomes signifierait que celles-ci sont prêtes à entrer en apoptose. Cette information est précieuse car elle permet d’envisager une stratégie thérapeutique ciblée. En effet, dans les myélomes multiples présentant ces complexes, des agents thérapeutiques constitués de petites molécules ressemblant à Bik pourraient induire l’apoptose des cellules cancéreuses.
(1) L. Bodet, E. Mémoret, G. Descamps et al., British Journal of Cancer, 2010.
Consulter en ligne le résumé (en anglais) de cet article
Les voies de l’apoptose
L’apoptose ou mort cellulaire programmée est un processus complexe qui intervient au cours de l’embryogenèse et participe chez l’adulte au renouvellement de certains tissus. Des déséquilibres et dysfonctionnements de l’apoptose se trouvent associés à différents phénomènes pathologiques et à des maladies : cancérisation, SIDA, maladies neurodégénératives. Au niveau de la cellule on distingue deux grandes voies d’activation de l’apoptose : la voie extrinsèque et la voie intrinsèque. La première est déclenchée par des récepteurs localisés à la surface des cellules, la seconde est contrôlée par un ensemble d’interactions entre les protéines de la famille Bcl-2 et la mitochondrie, l’organite siège de l’activité énergétique de la cellule.
|
|