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Le drapeau de la Ligue sur le toit du monde par Gérard Bourrat

modifié le 16/05/2011
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En allant planter le drapeau de la Ligue sur le sommet de l’Everest, Gérard Bourrat souhaite véhiculer un message d’espoir auprès des personnes malades.

Gérard Bourrat à la conquête du toit du monde

 Epilogue
Gérard Bourrat et son équipe ont quitté les pentes de l'Everest. Impressions sur le chemin du retour.

 Everest 2011, fin d'une belle aventure
Gérard Bourrat, Pierre Petit et leurs sherpas sont arrivés jeudi 12 mai à Katmandou. Epilogue.

 "Il est des jours où une décision engage une vie"
Fragilisé par son opération au poumon, l'alpiniste Gérard Bourrat a finalement décidé de renoncer au sommet. Le récit de ces derniers jours.

 Carnet de bord de l'expédition
Le journal de Gérard Bourrat, régulièrement actualisé.

 Premiers jours
Le journal de Gérard Bourrat, de Katmandou au camp de base, à 5200 mètres, le 18 avril.

 Bientôt la valse des yaks
L'alpiniste Gérard Bourrat et le réalisateur Pierre Petit sont partis à l'assaut de la face nord de l'Everest. Premières impressions sur les routes du camp de base.

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Epilogue : Gérard Bourrat et son équipe ont quitté les pentes de l'Everest. Impressions sur le chemin du retour.

 

11 / 12  Mai 2011. Camp de Base – Katmandou

Ce matin, lever très tôt, 5h00 pour boucler les derniers sacs avant l’arrivée du 4X4 qui va nous conduire vers Katmandou durant les deux prochains jours. Nous apprenons juste avant notre départ que deux summitters, un Népalais et un Américain sont décédés hier soir, l’un à 5500m, l’autre à ABC, des suites d’un MAM et d’un oedème pulmonaire.

Nos deux Sherpas sont là, Passang et Finjo, pour nous aider à boucler  nos sacs et repartir ensemble à travers les  difficiles pistes Tibétaines  qui nécessitent vraiment de bien s’accrocher.

 Il est 6h00, nous observons pour la dernière fois, le magnifique lever de soleil sur sa majesté «  Sagarmatha » et  ç’est non sans grande émotion que nous nous éloignons en direction de Tingry à travers les vastes plaines Tibétaines et un grand silence, perdant de vue progressivement ce que fût notre centre de vie de ces dernières semaines. Silence religieux dans le 4X4. Durant de longues minutes, puis, une petite halte, histoire de repartir sur de nouvelles bases.

Plusieurs heures de route pour arriver à la frontière Chinoise que nous ne pourrons finalement passer que demain compte tenu de la rigueur et de la complexité des procédures.

Nuit à l’hôtel et départ tôt le matin à travers les vallées Népalaises luxuriantes. Nous retrouvons la chaleur, les palmiers, les bougainvilliers, que nous avions totalement oubliés : un autre monde. Nous arrivons à Katmandou, il est 16H00. Un petit hôtel accueillant,  enfin une vraie bonne douche.

Une nouvelle vie commence.

 

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Everest 2011, fin d'une belle aventure

 

Gérard Bourrat, Pierre Petit et leurs sherpas sont arrivés jeudi 12 mai à Katmandou. Epilogue.

Interrogé il y a quelques années sur l'éventualité que George Mallory ait atteint le sommet de l'Everest avant de disparaître lors de l'expédition de 1924, Edmund Hillary, le premier homme à avoir atteint le toit du monde en compagnie de Tenzing Norgay vingt-neuf ans plus tard, répondit -un peu sèchement- qu'un sommet n'était vaincu que lorsque l'on pouvait en redescendre vivant pour raconter son aventure.

Une réflexion lapidaire mais juste, tant la liste des alpinistes talentueux qui n'ont pas su -ou pu- faire demi tour à temps est longue comme une pente himalayenne. Revenir vivant est le seul trophée qui vaille.

L'humilité et la prudence sont les principales qualités des alpinistes. Vertus paradoxales puisque les sommets ne se donnent qu'à ceux qui auront su dépasser leurs limites et prendre tous les risques, obligeant les summitters à jouer en permance les funambules sur une corde raide dans un air raréfié.

La semaine dernière, Gerard Bourrat a décidé de mettre à terme à son ascension de l'Everest. Cette seconde tentative sur le toit du monde avait été organisée après cinq ans de lutte contre le cancer. L'ultime opération, en 2011, a altéré sa capacité respiratoire mais médecins et préparateurs restaient optimistes sur ses chances de succès. La haute altitude en a décidé autrement. Au delà de 7000 mètres, Gérard n'était visiblement plus en état de gérer seul les aléas de l'ascension. Il a donc décidé de renoncer à son rêve pour ne pas mettre en danger son équipe. Une décision difficile pour ce passionné.

Venu tardivement à la haute montagne, après une carrière de businessman, il s'est pris de passion pour l'Everest. Une passion décuplée par l'annonce de sa maladie à la veille de sa précédente expédition en 2006 (lire article). Aujourd'hui Gérard Bourrat redescend de son nuage. Il ne sera pas le doyen des Français au sommet de l'Everest. Mais sa décision le range désormais dans la catégorie des grands alpinistes. Ceux qui reviennent vivants des sommets pour raconter leurs aventures.

Fabrice Drouzy

A l'heure où s'achève ce blog, un coup de chapeau de Libévoyage à Pierre Petit et Yan Giezendanner, routeur météo de l'expédition, et à Pauline et Caroline pour leur collaboration durant ces six semaines.
Ces pages ont été lues par quelque 20.000 personnes. Le film et le livre de l'expé seront chroniqués sur le site.

 

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"Il est des jours où une décision engage une vie"
Fragilisé par son opération au poumon, l'alpiniste Gérard Bourrat a finalement décidé de renoncer au sommet. Le récit de ces derniers jours.

 

Dimanche 8, le matin, le soleil se lève sur les glaciers, c’est majestueux.

Un bon moment pour la prière qui me rapproche de vous, dans ce grand silence tel qu’il n’existe que  dans ces montagnes himalayennes.
Les jours passent et les quelques tests que je pratique me confirment que ma décision était la bonne.
La journée est  consacrée au démontage de tentes et aux bagages.
Je pense que nous avons réussi notre préparation au retour dans le calme et la sérénité.
En fin de journée, les yacks seront là pour charger notre équipement. Départ prévu demain lundi à 7heures pour une journée de 10 heures de marche, mais nous amorçons la descente vers  le camp de base à 5200m au beau milieu des pénitents blancs ce qui devrait me faciliter la tâche.
Ce matin, un Espagnol a de nouveau été évacué en urgence pour un œdème pulmonaire, ce qui rend chaque « summitter  »plus à l’écoute de son corps dans cet hostile environnement.
L’Everest : nous allons le laisser avec regret et émotion, ce n’est pas une montagne mais une machine à faire du sens, à donner direction à une vie.
L’Everest s’ouvre : 
      • aux autres
      • à de nouvelles perceptions
      • à de nouvelles réalités
      • à des énergies fortes
      • à des mondes d’expressions
      • à la nature humaine dans son ensemble
      • à la recherche sur les sources de savoir et d’expérience.

L’Everest  représente une  force de vie,  de courage, d’espérance, d’amour.
L’Everest : je l’aime
A chacun son Everest.
Bien chaleureusement.
A bientôt

 

Samedi 7 mai ABC 6200m

Nous voici donc dans la perspective du départ :
Prendre le temps pour quelques photos  supplémentaires car je crois que nous en aurons de belles à vous montrer.  Quelques séquences du film que vous devriez découvrir à la rentrée  et bien entendu le livre en octobre chez Cherche Midi qui va intégrer l’expédition 2011.
Dès demain, nous allons progressivement nous organiser puis descendre de l’ABC à partir du 9mai pour rejoindre le BC  avec nos yacks , nous camperons  deux jours. Puis le 12 mai, direction Katmandou où nous résiderons encore  quelques jours  dans l’attente de l’avion,  pour un départ prévu le 16 mai 2011 et une arrivée en France prévue à Paris CDG le mardi 17 mai 2011  . Mais nous aurons l’occasion depuis Katmandou de vous informer de l’évolution de la situation.
Une séparation ne se fait jamais sans émotion. Ce panorama dans lequel nous nous trouvons est sans aucun doute l’un des plus beaux du monde et on ne peut le laisser sans un cœur gros. Nos Sherpas et tout ce monde Tibétains dans leurs actes quotidiens nous ont  comme d’habitude donné des leçons de vie : spirituelle, de bonheur simple, de courage que nous ne pourrons ignorer demain dans notre vie quotidienne.
Eh puis, il y a notre équipe  de cinq personnes qui au fil des jours a su passer de l’individualité à la solidarité qui va se séparer  au moment de l’offensive vers le sommet. Quelle frustration, mais quel  réalisme et quel sang froid.
Il y aurait encore tant de bonnes et belles choses à dire.

 

Vendredi 6 mai 2011, ABC 6200m

Il est des jours  où des décisions qui engagent sa vie et surtout celle d’autrui doivent  être prises. Ce sont de très durs moments.
Chef de l’expédition « Cancer Survivant » au trentième jour de notre progression vers  le sommet , nous sommes dans notre plan, qui est de tester au quotidien, les capacités , physiologiques, techniques et psychologiques de l’ équipe  et de chacun d’entre nous jusqu’à 7000m,  7500m. Ceci, dans des conditions normales et aussi extrêmes, car il n’est pas question que qui que ce soit expose la vie de l’autre dans l’espace de la mort dans lequel nous entrons.
Les conclusions de ces tests sont positives sur l’essentiel de l’acclimatation  pour chacun d’entre nous, excepté un  point majeur qui est au centre de nos préoccupations :  un point qui s’est révélé seulement ces derniers jours : les limites de ma résistance à l’effort pulmonaire dans les situations extrêmes à partir de 6000m . Nous avons  donc procédé à différents exercices grandeur réelle, avec l’aide de nos Sherpas et de mes médecins . Le verdict est clair :  Je peux  prendre le risque mais il est majeur. Mes limites à l’effort extrême telles qu’elles se confirment après ces  tests peuvent  aller jusqu’à entrainer la mort, y compris de mon entourage, si je décide de continuer au delà de 7500m.
Après analyse au niveau du groupe «  Cancer Survivant », et en concertation avec les médecins, la décision est prise, avec beaucoup d’émotion, et de  résignation, de stopper l’expédition tout en respectant tous ses engagements pris vis à vis des Sherpas et autres organismes locaux.
Une triple satisfaction : 
      • celle d’avoir gravi le col Nord  7000m dans  des conditions de tempête extrêmes. 
      • celle d’avoir atteint bien au delà de nos espérances, avec mes médecins nos objectifs avril 2010, avril 2011
      • et surtout, celle d’avoir créé une dynamique de vie face à la maladie.

Une double déception :
- Celle qui vous concerne, vous qui suivez cette  expédition,  vous les membres de la ligue contre le cancer,  vous les Cannois,  sachez que  je partage et que je comprends votre  surprise et votre déception  qui est aussi la mienne. Comme vous pouvez l’imaginer après un an de travail acharné. Il est très difficile si près du but de devoir stopper un aussi beau projet, mais je suis vraiment à la limite extrême et j’expose trop mon entourage. 
- Celle d’avoir fait le plus long du chemin et aussi du très dur, et de stopper  à quelques  jours de l’assaut final.

Une fois de plus, je n’ai rien perdu dans cette bataille… Face à moi même la haut, j’ai su qui j’étais. On ne ment pas sur l’Everest, on ne se ment pas.
Demain de nouveaux projets nous attendent.

 

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Carnet de bord de l'expédition : Le journal de Gérard Bourrat, régulièrement actualisé.

 

Mercredi 4 mai : ABC 6200m

Hier, nous avons pris la décision de remonter au camp Nord à 7000m avec nos Sherpas pour mesurer, suite à une demande du Pr Ferrari, les effets du masque à oxygène sur ma capacité respiratoire.
En effet, à partir de 6000m je rencontre personnellement « fait nouveau » de grosses difficultés respiratoires à l’effort qui compromettent ma montée vers le sommet. Nous sommes dans la phase d’équipement des camps supérieurs , à quelques jours de l’assaut final et nous devons définir et minimiser nos besoins réels en haute altitude. Pour exemple : non moins de 26 bouteilles d’oxygène de 4 kgs chacune, soit 104 kgs sont nécessaires pour cinq personnes.
Notre objectif demeure inchangé : toujours plus fort, toujours plus loin,, toujours plus haut mais en préservant l’homme.
Ce matin, il neige et nous avançons sur un tissus neigeux de 30cm environ et sur une forte pente. Notre progression est très lente mais nous avançons dans un cadre idyllique.Trois heures de marche et nous sommes au pied du mur de glace que nous allons gravir de face. Rien de tel pour mieux mesurer l’effet d ‘addition en oxygène.
Finalement, elle s’avère sans effet, le problème demeure entier. Nous nous orientons vers les suites de l’intervention d’ avril 2011 sur le lobe du poumon droit et dont on ne pouvait mesurer les effets secondaires en très haute altitude. Eh puis, également, lié à cette intervention, l’ ambolie pulmonaire liée peut être, à l’intervention de 2011 qui s’est révélée quelques semaines avant mon départ vers l’Everest, traitée efficacement par les Prs Ferrari et Mouroux du CHU de Nice . Tous sont là , à distance, de jour comme de nuit avec mes médecins Cannois pour m’apporter leur soutien.
Je me devais de vous tenir informés de cette situation nouvelle qui fait partie de la vie d’un projet. Mais ne vous inquiétez pas, comme par le passé, des solutions seront efficacement trouvées.
Restons dans la vie, elle est si belle.
La descente du mur de glace , deux heures, se fait finalement dans des conditions climatiques et techniques difficiles. Pierre est là pour en filmer les moindre détails, ainsi que les Sherpas, qui , une fois de plus nous assistent efficacement.
Gérard

 

Vendredi 29 avril : ABC 6200m

Ce matin, nous abordons notre plan pour les jours prochains. En supposant l’attaque du sommet entre le 15 et 18 mai, la question est de savoir si nous redescendons au camp de base pendant environ 5 jours pour nous refaire une santé et si cela est nécessaire, ou si nous restons à ABC avec des yo-yo vers le 7000m et plus. Il n’y a pas de règle établie, chacun s’ajuste en fonction de sa situation personnelle. Pour ce qui nous concerne, notre acclimatation est plutôt bonne en général, excepté mon problème respiratoire mais nous avons encore un peu de temps et des moyens techniques pour y remédier. Nous décidons de temporiser pour l’instant et de rester à ABC.Nous avons bien entendu des contacts quotidiens avec Yan notre météorologue qui nous adresse des informations toujours très précises et qui nous permettent de bien projeter nos actions.
Nous avons aussi, Bernard Muller, notre conseiller technique situé, à Chamonix qui nous apporte lui aussi, des conseils précieux. Pour le moment, nous avons stabilisé nos capacités de communication satellite, mais je n’ose le dire trop fort.Au Camp de Base Avancé, il y a environ une vingtaine d’expéditions venues du monde entier soit environ 150 à 200 « summitters » plus les Sherpas. Chacune commence à affûter sa stratégie, concentrée sur elle même. D’une façon générale, l’ambiance est bonne.
Les drapeaux volent au vent , emportant des milliers de prières, tout cela sur fond de glacier enneigés blanc blanc dans le calme himalayen le plus total. Oui, nous avons le sentiment de marcher au dessus de notre monde. Les sensations sont fortes, puissantes et Dieu bien présent les accompagne.
Je vous aime.
Gérard

 

Jeudi 28 avril : Camp Nord de l’Everest 7000m

Ma nuit fût un peu agitée, notre organisme ne peut pas ne pas réagir à ce brutal changement d’altitude. Le matin, l’impression est déjà réelle, celle d’être au dessus du monde. Le panorama est grandiose, extraordinaire, nous sommes au début de cette zone tant redoutée, celle de la mort, celle où il ne faut que passer très vite si l’on veut survivre. L’oxygène se fait rare environ – 65 % . L’impression est déjà réelle, celle d’être au dessus de notre monde.
Il est 8h00, nous n’avons pas de bonnes nouvelles météo pour cet après midi. Nous pensions monter en direction du camp 2, environ 7300m, mais compte tenu de la situation potentielle, nous décidons de redescendre vers ABC. Pour cette descente, le support de Pasang mon Sherpa est très utile, mes mains réduites et un peu gelées me posent parfois quelques petits problèmes. Mon équipement et notre détermination nous permettent finalement de redescendre en 4h30 ce que nous avons monté en 10h00. Ma situation respiratoire est stationnaire mais j’ai bon espoir et il faut qu’elle s’améliore. Il nous reste environ 18 Jours avant le sommet. Par satellite, Pierre réussit, non sans difficultés, à me mettre en relation avec mes médecins Cannois et Niçois tous mobilisés sur notre projet.
Cette journée fût encore longue. Après un rapide diner , nous plongeons dans notre duvet avec la satisfaction du devoir accompli. Ce n’est pas si mal que cela.

 

Mercredi 27 avril : ABC 6200m vers Col Nord 7000m

Voilà une nouvelle étape déterminante que chaque « Summiter » attend depuis des mois : le col Nord 7000m, une étape de 800m de dénivelé, un immense mur de glace face à vous. Cette année, les Chinois en ont revu l’ itinéraire initial ce qui le rend beaucoup plus complexe et éprouvant à franchir . Ils ont tout simplement décidé de mettre les cordes fixes sans détour face au mur de glace. Tracé direct qui soumet l’organisme à une rude épreuve dès le départ. Des efforts intenses, une reprise de souffle très rapprochée et également une bonne dose de pers avrilsévérance. Nous arrivons finalement après cinq heures d ‘efforts à franchir ce mur de glace et, toujours crampons aux pieds , nous remontons le glacier. Le temps change subitement, une mini tempête nous cloue au sol. Mon Sherpa Finjo qui est d’un calme sans égal commence à s’exciter. Nous avançons autant que possible car le camp est encore loin. Par chance, le temps se calme et nous arrivons enfin à la fameuse échelle réputée du camp Nord. Echelle que nous passons non sans risques avec une extrême prudence. C’est gagné, le camp est là juste à la sortie, nos tentes nous attendent. Dix heures de dur combat. Notre journée a bien été remplie. Un thé bien chaud, je n’ai pas le courage de manger. J’ai besoin de dormir.

 

Mardi 26 avril : Camp de base avancé

Le temps change, les fins de journées sont de plus en plus froides et je dois prendre soin tout particulièrement aux extrémités de mes doigts et de mes pieds qui ont été amputés et qui sont resté très sensibles au froid et au vent. Ceci représente mon second défi personnel, après celui, nouveau, de la capacité respiratoire en haute altitude.

Les picotements au bout des doigts et des pieds me ramènent en permanence à la réalité et à avoir, malgré cela, de bonnes pensées pour le Docteur Pratte et toute son équipe ainsi que la direction de l’hôpital de Cannes. Je n’ai pas oublié les moments difficiles que nous avons partagés en 2006 et le dévouement dont vous avez fait preuve à mon retour de l’Everest. Je vais faire le maximum pour que ça ne se reproduise pas. Oui, les différences extrêmes de températures sur le toit du monde sont très difficiles à appréhender (jusqu’à -40°c en une heure). Je suis venu doté des meilleures techniques et avec une bonne douzaine de paires de gants qui ne me quittent pas, chacune adaptée à une situation particulière. J’ai mis toutes les chances de mon coté. Je vous parlerai plus tard de mon routeur Météo France qui va avoir un rôle important à jouer pour me prévenir des dangers.

Cet après midi nous allons préparer notre sac pour le col Nord.

Je continue d’apprécier toutes les petits compléments de nourriture que mon beau fils Harold m’ avait adressés dans le fret avant mon départ. Ceci d’autant plus que l’appétit diminue au fil des jours.

 

Lundi 25 avril

Ce matin, nous avons encore un Sherpa qui doit redescendre au CB pour les mêmes raisons qu’hier : le MAM : le mal aigu des montagnes qui est le signe d’une acclimatation incomplète à l’altitude. Les troubles surviennent entre 6 et 48 heures après l’arrivée en altitude et le plus fréquemment à partir de 3500m. Les signes cliniques sont les migraines, les insomnies, une perte d’appétit et des nausées. Cette « mal adaptation » peut amener à des complications graves comme des oedèmes pulmonaires ou cérébraux. Dans ce cas, la redescente immédiate est impérative.
Notre plan d’attaque s’affine. En effet, nous envisageons de monter au col nord, 7000m le camp 1 le jeudi 28 Avril et d’ y passer la nuit, retour le lendemain à ABC . Le but est de tester nos capacités et nos réactions à la très haute altitude, et d’adapter, au mieux, notre corps à cet environnement hostile, car nous rentrons dans l’espace dans lequel plus de vie est possible.

Nous restons très actifs aujourd’hui, nous prenons cette même voie toujours avec deux objectifs : progresser et savourer ce panorama grandiose qui nous est offert.

 

Dimanche 24 avril

Ce matin, un Chorten a été dressé au centre de notre camp par les Sherpas à l’attention de la déesse Sagarmatha. Nous avons tous ensemble participé à la cérémonie et demandé à la déesse et à Dieu la protection de toute l’équipe : Sherpas, cuisiniers, summitters. Les Sherpas ont hissé de grandes banderoles de drapeaux de cinq couleurs différentes dans le ciel Tibétain : bleu signifie le ciel, blanc signifie l’air, rouge signifie le feu, vert signifie l’eau et jaune, signifie la terre. Sur les drapeaux sont inscrites des prières que le vent emportera dans les airs, lesquelles protègerons toutes les personnes présentes durant toute notre expédition. Des offrandes ont été apportées par chaque participant et partagées entre eux à l’issue de la cérémonie.

J'ai glissé entre deux pierres deux enveloppes: messages à Sagarmatha, que Josiane, Fabrice et Nora m’avaient confiés et je sais qu’elle saura les entendre.

 

Ensuite, histoire de ne pas nous déconcentrer de nos objectifs, nous avons engagé un bon dénivelé de quelques centaines de mètres, histoire d’intégrer quelques globules rouges supplémentaires dans le sang. Je rentre épuisé comme à l’issue de chaque sortie. Le vent se lève, la neige est là, le froid aussi. Je me replie sous mon duvet, seul remède miracle pour retrouver une vraie chaleur.

 

Jeudi 21 avril

Les yacks sont là avec tout notre matériel pour leur dernière étape: plusieurs centaines de kilogrammes. Nous partons pour une marche de 7 heures à travers les pénitents blancs, certains hauts de plus de cinquante mètres. Ils sont là depuis des millions d’années, ç’est féerique. Nos efforts sont largement récompensés par ces merveilles naturelles que nous découvrons sur des kilomètres. L’altitude se fait sentir de plus en plus au fil des heures et nous progressons de plus en plus lentement à la recherche de notre second souffle. Chaque effort pèse, nous sommes définitivement en très haute altitude. Nous arrivons finalement à l’ABC (avanced base camp) qui va être notre camp de base pour gérer nos progressions durant les prochaines semaines.

De très fortes rafales de vent, un vent glacial. De – 30 °c. Chaque mouvement pèse lourd. Il va falloir s’accrocher.

Mais nous sommes là, ç’est le grand bonheur espéré, nous sommes des privilégiés sur le toit du monde.

A bientôt.

Chaleureusement.

 

Mercredi 20 avril

Aujourd’hui, ce 20 avril 2011 est un grand jour à double titre.
C’est l’anniversaire de mon fils Olivier, il a 45 ans.
Et c’est le 20 avril 2010 que le professeur Mouroux, du CHU de Nice, m’opérait du cancer du poumon pour la deuxième fois, après huit mois de chimio, traité avec efficacité par le professeur Ferrero du centre Lacassagne de Nice qui a rendu l’opération possible. Une opération qui me libérait pour la troisième fois de ce cancer mais celle-ci impactait le lobe du poumon avec des conséquences respiratoiresinévitables .
J’ai très vite compris qu’il ne fallait pas tomber dans le jeu de la rééducation classique. Pour cela, un projet ambitieux s’imposait. : Retourner sur le toit du monde, l’ Everest, en avril 2011. Rendez vous pris, rendez vous tenu. Durant ces douze derniers mois, j’ai multiplié les entrainements de toutes sortes pour développer les manques et conserver les acquis. Finalement, je suis là, aujourd’hui et le hasard faisant très souvent bien les choses, ce matin, je rêve.

Nous sommes le 20 avril. Je suis au camp de base de l’Everest 5200m et nous partons en direction du camp de base intermédiaire 5800m où nous bivouaquons pour la nuit avant d’atteindre l’ABC. Une première épreuve en haute altitude qui va me permettre de mieux tester ma capacité réelle de respiration dans l’effort extrême C’est une des inconnues de ce nouveau défi, je sais qu’il va falloir serrer les dents mais je pousserai l’effort aussi fort, aussi loin, aussi haut que possible.

Notre marche doit durer six heures environ avec de pentes de 35% qu’il va falloir gérer : trois pas en avant un arrêt pour reprendre son souffle mais nous arrivons finalement avec la satisfaction d’avoir franchi la barre des 5800m. Nous avons une nuit pour récupérer avant de repartir demain Pour L'ABC 6400m.

 

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Premiers jours : le journal de Gérard Bourrat, de Katmandou au camp de base, à 5200 mètres

 

Lundi 18 avril

Les jours se suivent et se ressemblent : nuits très froides Jusqu’à -25c, matinée ensoleillée, couvert en début d’après midi avec du vent qui augmente en force au fil des heures. Neige pendant une heure ou deux l’après midi.
Nous commençons à intégrer ces variations de températures et à nous organiser. Ce matin nous partons assez tôt car nous avons projeté un dénivelé de 500m + , une pente de 35% que Pasang engage avec détermination. Je dois m’accrocher, la respiration fluide n’est pas au rendez vous ,mais le cœur tient bon et la volonté d’avancer toujours aussi forte. Nous atteignons finalement notre objectif après quelques heures d’acharnement, la récompense est à la hauteur de nos efforts : la vue est vraiment splendide, l’Everest majestueux, notre camp de base, la vallée de Rongbuck. Descente rapide avant le changement de temps car le vent souffle déjà très fort et l’équilibre est difficile à trouver.
Nous arrivons enfin, il était temps, la neige commence à tomber et la température est au plus bas.
Un de mes problèmes, il faut boire, boire, au moins quatre litres d’eau par jour à cette altitude, ce que je n’arrive pas à faire. Cette après midi, récupération. Je me suis réservé un peu de temps pour écouter de la musique, un peu de prière et de méditation, et bien sur, quelques pensées pour vous tous qui m’êtes chers. Tout cela, dans mon bon duvet bien chaud. Il ne nous reste plus qu’une journée avant de repartir vers l’ABC à 6400m via le camp intermédiaire à 5800m.
Demain matin, nous avons rendez vous avec des yacks, animaux à tout faire, particulièrement robustes et sobres ils peuvent résister à des températures de -30°c et marcher plusieurs jours dans la neige sans se nourrir. Les Tibétains les utilisaient dans leur caravane de sel pour franchir les cols himalayens. Chargés de nos bagages, ils nous accompagnerons à travers les montagnes, les glaciers , et pénitents blancs himalayens jusqu’ à ABC . Ce sera leur dernière intervention, ensuite, nous prendrons le relais.
J’espère qu’à partir de L’ABC les communications GSM chinoises seront plus stables et que nous sortirons des "zones d'ombres" satellitaires. Ceci nous permettra enfin de vous adresser plus d’images et de communiquer dans de meilleures conditions. Nous continuerons à faire notre possible.
A bientôt.
Gérard.

 

Dimanche 17 avril : Camp de Base, 5200m

C’est dimanche, il est cinq heures, le jour se lève et le soleil brille déjà sur l’Everest. La nuit a encore été agitée mais meilleure que la précédente grâce aux premiers effets positifs de l’acclimatation. Nous sommes à 5200m et nous avons à cette altitude 50% d’oxygène en moins qu’au niveau de la mer. L’organisme dont le fonctionnement dépend étroitement de la quantité d’oxygène disponible dans le sang, s’adapte progressivement à cet état d’hypoxie: le cœur bat plus vite, la respiration est plus rapide et après quelques jours le nombre de globules rouges augmente, ç’est l’état d’acclimatation indispensable pour tenter et réussir le sommet. Après une petite toilette , car il fait encore – 20°c à 7heures du matin et un petit déjeuner rapide, nous sommes fin prêts avec Pierre et Pasang mon Sherpa, pour partir à la découverte du glacier de Rongbuck. Durant trois bonnes heures de marche, face à l’Everest, nous longeons le glacier, les difficultés de respiration sont réelles, mais la marche reste le meilleur moyen de produire des globules rouges. Nous sommes épuisés au retour. Déjeuner rapide car nous n’avons pas très faim, mais il faut boire. Le repos de récupération s’impose. Ce même jour, Phurba et Fingo, nos deux autres Sherpas sont partis avec des yacks vers l’ABC pour préparer notre arrivée prévue le 22 avril. Départ du camp de base prévue le 20 avril..

 

Vendredi 15 avril : Camp de Base 5200m

Ce matin  levé à 7h00 , mais réveil beaucoup plus tôt en réalité. Les premières nuits à cette altitude sont souvent comme celle là: sommeil intermittent et superficiel, mal de tête,  etc... Situation tout à fait normale qui va s’améliorer au fil des heures et des jours, mais situation plutôt bonne, comparée à ce qui se passe autour de nous. Nous sommes dans un environnement hostile, nous sommes dans le concret, il faut gérer.
Ce matin , nous  partons en direction du monastère de Rongbuck avec nos trois sherpas. Une marche  à la recherche de notre souffle durant  deux heures trente. Nous  faisons bénir les drapeaux de prières  que nous emporterons vers l’ ABC et aussi et surtout nous prions ensemble : nos trois Sherpas bouddhistes tibétains et nous chrétiens. Un acte qui prend tout son sens et dont je mesure la profondeur. Nous allumons ensemble quelques lampes à beurre, nous  nous recueillons  et demandons à Sagarmatha   de nous   protéger de protéger notre expédition.
Après notre excellente réunion de groupe hier et ce moment très fort, quelque chose de très positif est né entre nous.
Nous passons notre fin d’après midi à la recherche d’une solution de communication car nous devons absolument expédier nos messages.
Le froid est présent de partout dès que le soleil disparaît et les variations de températures peuvent varier de 2O°c à 30 °c en quelques minutes. Une situation qui  est devenue notre quotidien et à laquelle nous allons  nous adapter.

De Tingry 4300 vers le Camp de base 5200
Aujourd’hui, nous continuons notre progression à travers les grandes plaines tibétaines dans un cadre majestueux, une vue permanente sur l’Everest  avec un fond de ciel bleu. Notre rêve continue jusqu’à notre arrivée triomphale à Rongbuck 5100m, le lieu ou se trouve le monastère Bouddhiste le plus  haut du monde , dernier rempart avant d’accéder au camp de base de l’Everest 5200m. que nous atteignons enfin.
Je suis subjugué, ç ’est le coup de foudre, le même que celui ressenti il y a cinq ans en 2006. Je reste muet.
Ce camp de base, dernier trait d’union entre le monde humain et la nature, déjà investi de plusieurs groupes de «  summitters » nous ouvre grand les bras.
Nos Sherpas  sont arrivés quelques heures avant nous, ils ont déjà monté nos tentes. Notre organisation est simple, une tente pour chacun d’entre nous plus une tente mess qui fera office d’espace à tout faire : communication, repas……… Une tente mess pour la cuisine  avec des Sherpas Népalais cuisiniers. Elle sera au service de quatre groupes différents dont le notre, au  BC   le camp de base 5200m et à  ABC le camp de base avancé 6200m , le service sera permanent, durant  toute l’expédition. Cette nourriture sera agrémentée de nourriture Française que nous avons apportée, toujours très appréciée dans  les moments difficiles. 
Nous procédons rapidement  au test de nos équipements de communication pour nous rassurer et finalement constater que les Chinois ont fait évoluer leur système . Nous nous attendons à des difficultés mais il n’y a pas de problème sans solution.
En fin d’après midi j’organise notre premier réunion de groupe pour  nous organiser, mettre au point le rôle de chacun ainsi qu’un plan d’action pour les cinq prochain jours au camp de base, temps minimum nécessaire à cette altitude pour notre acclimatation.
Nous prenons notre premier repas très amélioré par rapport à ces derniers jours avec un petit complément français qu’ Harold, mon beau fils nous a minutieusement préparé et conditionné sous vide : saucisson, viande de grison, fromage. Merci. Il est 19h30, il fait nuit depuis déjà une bonne heure, nous allons  nous infiltrer dans notre duvet sous la tente. Température prévue – 25°c.
Alerte, il est 23H00, dans un groupe Mongole, le premier oedème pulmonaire sérieux . Une grande émotion dans le camp. Mis sous oxygène immédiatement,  il faudra le redesendre à Tingry dès que possible, le temps qu’il se refasse une santé avant de décider s’il  peut continuer.

 

Jeudi 14 avril

A 4300m, sur ce haut plateau, la pression  est bien là et se fait sentir, la nuit fût un peu agitée, il va nous falloir un peu de temps et de patience mais nous en avons . Cet environnement de haute montagne associe plusieurs types de contraintes auxquelles notre organisme va être confronté : 

  • L’altitude et le manqué d’oxygène
  • Le mal aigu des montagnes “ le MAM”
  • Le climat” le froid dans l’Everest qui peut atteindre - 60°c
  • L’activité physique parfois inhabituelle
  • Les facteurs relationnels et humains

Dès notre réveil, le moral est au beau fixe, nous nous trouvons face à un majestueux panorama, oui ç’est bien cela, ç’est bien tout cela, nous avons face à nous  sa majesté l’EVEREST avec à ses pieds ce large plateau tibétain, , nous ne rêvons pas, ç’est le grand Bonheur. Nous engageons une marche  de 350m de dénivellé, histoire de nous metre en jambes et de nous tester dans l’effort.  Une marche de trois heures  avec une vue permanente sur ce décor idyllique de carte postale. La pente est longue et raide,  je dois m’accrocher pour rester dans les pas de mon Sherpa. Finalement, après de gros efforts, nous  atteignons le sommet à 4670m,  presque le niveau du  mont blanc. 

Tout cela suivi par Pierre qui , caméras au poing, redouble d’imagination et d’efforts pour capter les meilleures  photos et images. La fin d’après midi est consacré à nos activités diverses tel ce message pour ce qui me concerne et plein pour Pierre la gestion de tous ses enregistrements. Demain nous partons tôt pour le camp de base. Le REVE devient REALITE.

 

Mercredi 13 avril

Depart de Nylam  3200m vers Tingry 4340m 

Notre premier palier d’acclimatation ayant été franchi sans problèmes majeurs, nous partons ce matin après une nuit très froide , environ – 10°c , en direction de Tingry 4340m qui sera notre deuxième palier d’acclimatation où nous resterons deux jours avant de rejoinder le camp de base de l’Everest.

Nous traversons les immenses plateaux Tibétains et  croisons des petits villages perdus dans une immensité balayée par les vents. Comment vie cette population et de quoi ? A quoi l’esprit peut il s’accrocher dans ces contrées isolées? difficile de savoir. Nous sommes vraiment dépaysés. Aux alentours, des rares constructions, de longs fils suspendus à des petits drapeaux de prières multicolores effilochés sur le pourtour car on les retrouve sur les monts alentours battus par les vents.

Avant notre arrivée à Tingry, une vue s’ouvre à nous, celle que j’ attendais depuis de longs mois , depuis toujours ……: une vue à vous couper le souffle “ L’EVEREST”  il est enfin là, je le tiens, je ne le lacherai  plus , toujours aussi majestueux, toujours aussi accueillant. Les larmes sont là, l’émotion est profonde, la joie est immense.

Merci  à vous tous qui m’avez permis de vivre cet instant.

Après ce moment émouvant, nous arrivons à Tingry, le passage obligé pour entrer dans l’espace  Cho-Oyu et Everest, un lieu de rencontres  pour une dizaine de groupes de summiters venus de tous les coins du monde.  Le permis d’entrée sur l’espace Everest  delivré par le gouvernement Chinois  inclus obligatoirement le partage de la nourriture et de l’hébergement durant ces deux journées d’acclimatation ce qui explique cette concentration de personnes.

Un peu de temps en fin d’après midi nous permet  avec Pierre. Il doit faire face à des problèmes  techniques compliqués dans un difficile environnement. Nous devons monter sur les hauteurs de la ville pour faire le test grandeur nature de notre système de communication satellite avec Yan, notre routeur des cimes qui se trouve à Chamonix. Le test s’avère concluant, nous pourrons être informés quotidiennement de notre météo au camp de base, sur les hauteurs et le moment venu ,du jour “J” pour l’assaut final . Vous serez  informés dans le même temps.

Notre première soirée se passe dans une ambiance chaleureuse et détendue. Nous allons nous coucher tôt, la lumière n’ est là que de 20h00 à 22h00. A l’intérieur,  la température est de 3°c.

 

Lundi 11 avril : Nyalam

Nos trois Sherpas sont là , équipés, et prêts comme convenu. Il fait beau, nous allons nous découvrir pour la première fois sur ces pentes. Je suis comblé à l’idée de pouvoir faire une très bonne préparation technique  grâce à leurs competences et leur expérience du terrain ? Ces six prochaines semaines  devraient nous permettre  de bien  progresser avant l’assaut final.
Notre départ est difficile, je suis dans le sillon de mon Sherpa qui avance à  pas soutenus  . Après quelques minutes  je retrouve de très bonnes sensations, j’avance dans ses pas , le souffle est au rendez vous , le rythme cardiaque reste très bon. Nous atteignons 4300m  soit un dénivelé de 1100m . Excellent pour un premier test.
Tout se présente bien, je vous rassure: les poumons nouvelle version  réduite et le coeur  sont au rendez  vous. Nous sommes prêts pour Tingry  : depart demain matin. Bonne nouvelle de dernière minute:  nous venons de recevoir nos bagages qui étaient bloqués à l’aéroport de Katmandou pour cause de grève.

 

Dimanche 10 avril : Zang Mu 2200m Nyalam 3200m

Après une nuit d’orages, le ciel est bleu ce matin, il a neigé sur les hauteurs, nous montons à travers les profondes vallée pour atteindre  à 3200m le village de Nyalam  de quelques centaines d’habitants où nous resterons 48 heures, le temps  nécessaire pour  nous acclimater à cette altitude. Les Tibétains sont très accueillants.
Nous sommes entourés de hauts sommets enneigés , nous  redécouvrons l’himalaya, ç’est beau , ç’est grand, ç’est majestueux. Ce soir, il neige à nouveau mais nous décidons  malgré cela, de nous lever tôt pour aller gravir demain matin ces belles montagnes.

 

Samedi 9 avril : Katmandou 1300m Zang Mu 2200m

C’est le second départ, nous  quittons Katmandou 1300m, avec nos Sherpas . Il est 7h00 , direction: camp de base de l’Everest. Trois étapes sont prévues :  Zang Mu 2200m, Nyalam 3200m, Tingry 4300m pour atteindre l’ABC  5200m  et cinq jours seront nécessaires pour notre acclimatation.
Je retrouve avec émotion ces mêmes lieux qui ont été témoins de moments difficiles lors de mon retour de l’Everest en 2006, mais aussi avec joie ,  celle de pouvoir être de retour sur ces memes lieux avec vous.
Je pense ce matin à tous ceux qui sont à la recherche de force, de foi, de vie, et plus  particulièrement à vous tous, les 850 000 membres de  la ligue contre le cancer don’t j’ai l’honneur d’être devenu l’ambassadeur. Je vous propose qu’ ensemble avec force et détermination, nous portions notre drapeau sur le toit du monde. Je suis heureux et fier de cette mission qui m’a été confiée.
Notre premier défi est le passage de la frontière Chinoise qui est réputée pour être rigoureuse. Pas de photos du Dalaï Lama, aucun signe ne doit laisser apparaitre notre soutien au people Tibétain sous  peine d’être interdit de séjour. Nous prenons malgré tout le risque de passer notre antenne satellite, nos téléphones cellulaires et nos caméras car nous  nous devons de garder le contact avec chacun d’entre vous et de vous envoyer des images. Après quelques heures d’attente, nous sommes delivrés, nous mettons le pied sur le sol Tibétain.

 

Vendredi 8 Avril

Ce  matin, nous visitons Boudhanath, le lieu le plus important de pèlerinages pour les bouddhistes  venus de l’himalaya, du tibet du sud et de l’Est de l’inde. Un splendide dôme, un stupa, plus communément appelé Bouddha ou Boudanath.
Des instantes magiques qui nous rapprochent un peu plus de nos sherpas. Merci mon Dieu.
A 14h00 nous devions réceptionner  tout notre matériel et notre fret qui est arrivé à  l’aéroport de Katmandou. Nous apprenons qu’il y a une grève et l’impossibilité de le sortir aujourd’hui. Nous allons devoir régler ce point.
Les premières nausées et brulures d’estomac  traditionnels font leur apparition. Il va falloir s’adapter progressivement.
Notre départ de Katmandou est confirmé pour demain matin 9 avril.


Jeudi 7 avril

Aujourd’hui,  dans le cadre de notre préparation avant départ, nous partons sur les traces des Sherpas connus et appréciés pour leurs qualités physiques et morales. Ils sont des auxiliaires indispensables dans les expéditions himalayennes.
Sherpa signifie homme de l’Est « Sher »  signifie (Est )et « pa » ( peuple ). Ce sont en fait des Mongols venus du Tibet au XIIIème et XIVème siècle. Leur force physique n’est pas une légende. De petite taille et d’apparence frêle, ils font preuve de résistance exceptionnelle à l’altitude et au climat. Ils peuvent marcher 8 à 10 heures par jour à 6000m d’altitude avec des charges de 30 kgs.
Peuple à la vie morale personnelle et familiale des plus libérales, les Sherpas ont un esprit religieux très développé. Ils pratiquent le lamaisme, une variante du bouddhisme. Ils croient en la métempsycose et ont à cœur d’acquérir des mérites d’ordre spirituel : leur idéal de non violence, leur refus de tuer les animaux aussi bien que de faire pleurer les enfants traduisent ce soucis constant. L’essentiel n’est pas d’acquérir des connaissances ou des richesses mais de garder le cœur pur et serein, de rester sage et maître de soi, d’être proche de Dieu.
Nous passons notre matinée au temple de Pashupatinath, un centre de foi , un lieu de méditation de prières et de crémation, pour indous et bouddhistes, traversé par une rivière sacrée. Nous prenons le temps nécessaire pour partager ces moments de prières et rapporter en images le témoignage de ces précieux  moments.
A notre retour, une bonne nouvelle, la confirmation que notre visa chinois nous est enfin accordé  pour le 9 avril.

 

Lundi 4 avril

Merci ma chérie, merci pour ton soutien, merci pour ton courage. Merci de me permettre de réaliser mon rêve qui est devenu celui de vous tous qui m'avez soutenu avant mon départ. Je ne suis pas seul, 2011 n'est pas 2006. je suis porté par chacun d'entre vous, j'emporte avec moi vos soutiens, vos nombreux messages, vos espoirs qui sont aussi les miens. Merci mon Dieu. Arrivé à Paris, la surprise est grande, mes enfants Caroline, Dominique, Olivier, Harold ainsi que mes petits enfants sont là pour m'apporter leur soutien. Je suis un Dady comblé, d'autant que je ne les attendais pas.

Pierre Petit m'a rejoint. Je suis heureux qu'il puisse connaître ma petite famille. Ensemble nous allons vivre cette aventure. Sa mission ne sera pas facile, caméra au point sur les pentes de l'Everest, une mission à la limite du possible. Mais je n'ai pas de doute il sera à la hauteur.
Il est 23 heures, c'est le départ pour Katmandu, via Abu Dhabi; un voyage d'une durée de 24 h compte tenu du transit. Nous foulons enfin le sol népalais, il est 19h heure locale. Nous sommes accueillis comme le veut la tradition avec un magnifique collier de fleur. C'est un grand bonheur ! Nous sommes conduit à l'hôtel ou nous résiderons jusqu'à samedi, délais nécessaire pour l'obtention du visa chinois.

Nous mettons ce temps à profit pour procéder à la vérification du matériel et surtout faire connaissance avec nos Sherpas. Nous les avons rencontrés cette après-midi : Finjo, Purba, et Pasang, qui vont être nos compagnons de cordée. Ce 1er contact est tres positif : des hommes costauds et déterminés qui ont déjà atteint le sommet par le col nord. Je suis comblé, tout se présente bien : les hommes, les conditions matériel et l'environnement. Ce premier point avant le départ est excellent.

 

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Bientôt la valse des yaks

L'alpiniste Gérard Bourrat et le réalisateur Pierre Petit sont partis à l'assaut de la face nord de l'Everest. Premières impressions sur les routes du camp de base.

On a donc passé la frontière Népal/Chine, et la raideur est de mise. Ici on ne rigole pas, on reste dans le rangs sans doubler quiconque. Même dans notre petit groupe, il faut se présenter dans l'ordre de la liste de notre visa collectif! Tous nos sacs perso sont ouverts et les livres feuilletés, des fois qu'on aurait des lectures spirituelles trop "engagées" ... Je rentre pas dans le détails mais on aura compris qu'ici toute les icônes ne sont pas à montrer. Gérard s'est fait confisquer 1 DVD et 1 bouquin ...

Il arrive qu'ils s'énervent vraiment et bloquent entièrement une expé pour cette raison... Idem pour la viande et le fromage, les fruits et le légumes. Même les camions ne transitent pas, et tout est déchargé à dos d'homme (de femme Tamang en l'occurrence, les hommes sont pour beaucoup partis se faire 3 ronds à Doa ou autres Emirats Arabes...). Du coup pour 100 roupies (1€) ces femmes portent des charges de 25 Kg par paquet... alors pour optimiser un trajet elles en portent souvent 3, avec leur bébé à la main, ou en bandoulière sur leur ventre.... une fois déchargées, elles courent faire un autre voyage ...

Difficile de faire des images dans ces lieux frontaliers où une certaine tension est palpable. D'ailleurs tout les outils de communication modernes transitent par des chemins détournés, ... moyennant 50$ on les retrouvera de l'autre côté. Heureusement sinon, fini la météo, les news, et autres ... Notre fret vient d'arriver avec un peu de retard, du à des grèves entre autre. On savait qu'ils avaient ouvert et confisqué des trucs: viande, fromages.... finalement c'était pas les paquets de Gérard et moi, ouf....

C'est un camion entier qui transbahute toute la logistique... environ 4 tonnes pour ce qui concerne le camp de base avancé (6400m.) et ce pour 11 summiter + 9 sherpas + 3 cook ... Il va y avoir une sacrée valse de yaks !!  j'imagine qu'il faut compter la même échelle de valeur pour le camp de base (5200m.). Et on ne sera pas tout seul au camp de base ... on rencontre déjà pas mal d'expé qui sont dans le même timing que nous.

texte: Pierre petit
http://voyages.liberation.fr/everest-2011/

photos: cc 29cm

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