Cabines UV : Une pratique néfaste

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Le mélanome cutané a vu son incidence presque doublée entre 1980 et 2005.

Rien de nouveau sous les UV des salons de bronzage... Les rayonnements ultraviolets sont des « causes certaines de cancer » au même titre que le tabac ou l’amiante. En compilant les données d’une vingtaine d’analyses, les experts de l’OMS ont classé dès 2009 les cabines à UV au niveau 1, c’est-à-dire cancérogène pour l’homme. Face à ce risque, certains pays ont pris des mesures radicales : les États- Unis ont décidé de taxer les cabines de bronzage pour en limiter l’usage et le Brésil les a interdites. En France, rien n’y fait : en 2010, 2,5 millions de Français ont fréquenté « ces boîtes à soleil » et pratiqué en moyenne sept séances dans l’année, selon le Syndicat national des professionnels du bronzage en cabine. Et pourtant, une nouvelle étude rendue publique, en octobre 2011, par l’American Association for Cancer Research (AACR) confirme la dangerosité des cabines : quatre séances d’UV par an suffisent à augmenter le risque de développer un carcinome baso-cellulaire (le plus fréquent) ou spino-cellulaire de 15 %, et celui d’avoir un mélanome s’accroît de 11 % ! De quoi fragiliser un peu plus un secteur qui emploie près de 22 000 personnes et pèse 231 millions d’euros en France.

 

Une cabine sur 5 n’est pas aux normes !

Le débat sur la dangerosité des cabines est relancé. Pour le syndicat professionnel, la loi française réglementant la puissance des solariums serait l’une des plus rigoureuses en Europe et les contrôles dans les centres de bronzage montreraient « un parfait respect des normes en vigueur ». A la demande des pouvoirs publics et de la Direction générale de la santé, le Laboratoire national d’essais (LNE) de Trappes (Yvelines) a lancé une étude en 2010. Résultat ? Les tests effectués par ces experts ont révélé que 20 % des équipements n’étaient pas aux normes et émettaient des quantités d’UVA et d’UVB bien supérieur aux limites autorisées. « La réglementation est formelle, rappelle Pierre Cesarini, directeur de l’association Sécurité Solaire. Aujourd’hui, la législation française impose que la part d’UVB émise par les lampes à bronzer soit de 1 % au maximum. Or les contrôles effectués par le LNE semblent avoir montré non seulement que cette proportion d’UVB était largement supérieure dans un grand nombre de cas, mais qu’en plus certaines lampes dépassent la puissance maximale autorisée. »

Une réglementation bientôt renforcée

Face à ces insuffisances constatées, la réaction de Nora Berra, secrétaire d’État à la santé, ne s’est pas fait attendre. De nouvelles mesures sont envisagées pour « renforcer les droits et la protection du consommateur » : campagne d’information plurimédias, signature d’un formulaire de consentement éclairé pour les usagers, renforcement des conditions de réalisation des séances de bronzage (dose maximale par phototype, fréquence maximale d’utilisation, etc.), formation des professionnels, contrôles renforcés… Le ministère de la Santé s’inquiète également de l’augmentation constante des cancers de la peau. En France, on enregistre près de 80 000 nouveaux cas par an de cancers cutanés qui sont les plus fréquents. « A l’heure actuelle, le mélanome cutané se situe au 9e rang des cancers les plus fréquents en France, au 12e rang chez l’homme et au 8e chez la femme, et représente 2,3 % de l’ensemble des nouveaux cas de cancers, précise Hélène Sancho-Garnier, professeur de santé publique, directeur scientifique du centre Epidaure au CRLC* de Montpellier. Chez l’homme et la femme, l’incidence du mélanome est en forte augmentation depuis 1980 avec toutefois un ralentissement de cette croissance après 2000. Avec 7 400 nouveaux cas et 1 440 décès estimés en 2005, leur incidence a presque doublé entre 1980 et 2005 ! »

Essayer d’avoir un teint doré tout au long de l’année est un comportement à risque.Les mensonges des marchands de soleil

On l’aura compris : bronzer n’est pas sans risques contrairement à ce qu’affirment les vendeurs de rayons pour rassurer leurs clients. Pour Pierre Cesarini, « une séance d’ultraviolets augmente fortement le risque de cancer cutané car la dose de rayonnement représente dix fois la puissance du soleil. Ce n’est pas pour rien qu’en seulement 20 minutes certains peuvent bronzer ! » Non seulement, la promesse de sécurité n’est pas toujours au rendez-vous, mais certaines règles ne sont pas toujours respectées. En effet, les cabines de bronzage sont régies par le décret de 1997 qui interdit de parler d’effets bénéfiques des UV artificiels sur la santé. Car ces rayons qui nous font bronzer pour notre plus grand plaisir peuvent aussi être nos ennemis. Malgré cette interdiction, les instituts n’hésitent pas à vanter les bienfaits des UV artificiels. De nombreuses émissions de télévision en caméra cachée ont montré ces marchands de soleil prétendre que 20 minutes de soleil par jour sont nécessaires pour fixer la vitamine D, mais aussi pour les rhumatismes ou encore que la luminothérapie est conseillée pour les personnes dépressives. Pour Pierre Cesarini, « il est scientifiquement reconnu que nous n’avons nullement besoin de faire des UV pour éviter d’éventuelles carences en vitamine D. Par ailleurs, il faut être conscient que les UV artificiels, certes peuvent aider certains à bronzer, mais que le bronzage ainsi obtenu va s’avérer faiblement protecteur. Surtout, il aura, dans tous les cas, fait payer un prix en termes de vieillissement et de risque de cancer bien supérieur au bénéfice apparent. »

Des risques avérés pour la santé

D’après le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), l’augmentation de risques de cancers cutanés est de l’ordre de 75 % pour les individus de moins de 30 ans ayant eu recours aux UV artificiels au moins une fois dans leur vie. Alors être halé ou ne pas être halé, telle est la question. Essayer d’avoir un teint doré tout au long de l’année est un comportement à risque. Pour Hélène Sancho-Garnier, « ce sont plutôt les femmes qui essaient de rester bronzées parce que cela donne bonne mine et fait paraître plus jeune ! Non seulement, les adeptes du bronzage s’exposent sur la plage ou au bord de la piscine, mais elles utilisent aussi les cabines solaires. Et pourtant l’information, tout le monde la connaît, mais il est bien difficile de changer de comportement. » Malgré les dispositions réglementaires actuelles encadrant l’activité du bronzage UV artificiel, le risque de cancer associé à cette pratique ne peut pas être éliminé, mais il peut être réduit en renforçant la législation tout en développant des actions de prévention. « Nous appelons avant tout à une cohérence des politiques publiques. Puisque les UV artificiels sont classés dans la catégorie des cancérogènes certains, comme le tabac et l’alcool, il faut leur appliquer le même type de réglementation, affirme Pierre Cesarini. Cela veut dire taxer cette pratique, encadrer fortement la publicité, et obliger à informer clairement sur les dangers. »

Gilles Girot

* CRLC : centre régional de lutte contre le cancer.

 

 

REPÈRES

Avec près de 80 000 nouveaux cas par an, les cancers cutanés sont les cancers les plus fréquents. Le mélanome cutané qui est la forme la plus agressive a vu son incidence presque doublée entre 1980 et 2005. Selon le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), près de 70 % de ces mélanomes seraient dus à l’exposition solaire. Cette tendance, où le bronzage est considéré comme un symbole de bonne santé, fait de la prévention des expositions aux ultraviolets un enjeu sanitaire important. Cette préoccupation est d’ailleurs inscrite dans le Plan cancer 2009-2013.

 

 

TÉMOIGNAGE

Emmanuel Ricard, délégué à la prévention et à la promotion des dépistages à la Ligue contre le cancer.

«Il conviendrait d’interdire les cabines de bronzage»

 

En 2010, 2,5 millions de français ont fréquenté les « boîtes à soleil ».Vivre : Quelle est la position de la Ligue contre le cancer ?

Emmanuel Ricard : Comme toutes les expositions solaires excessives et non contrôlées, les UV artificiels n’offrent aucun bénéfice et sont néfastes pour la santé. De ce fait, les cabines de bronzage ne devraient pas être commercialisées. En s’appuyant sur une logique sanitaire, il conviendrait de les interdire comme c’est le cas au Brésil, qui est pourtant très porté sur l’esthétique et la beauté du corps.

Vivre : Le tabac et les cabines à UV, même combat ?

E. R. : Effectivement, les ultraviolets ont été classés par l’OMS comme cancérogènes de niveau 1. Les méthodes de persuasion sont les mêmes entre vendeurs de cigarettes et vendeurs d’UV artificiels. Ces groupes ont renforcé leur organisation et leur lobbying puisqu’ils se sont constitués en une structure pour la défense et pour la promotion des intérêts pour la santé de leurs produits, les UV. La naissance de cet institut participe à cette manipulation en prétendant qu’une exposition aux rayonnements solaires est indispensable et que les messages de santé publique se trompent de direction depuis une vingtaine d’années et font courir un risque sanitaire majeur à la population !

Vivre : Ce facteur de risque de cancer est-il reconnu par les usagers ?

E. R. : Il faut informer en permanence et dissiper les idées fausses sur les effets des UV autour de la préparation de la peau au soleil, c’est comme pour les produits anti-âges ou amincissants. Il n’existe pas de bronzage sain et sans danger. Ces doses d’UV représentent un dommage pour la peau qui se défend en se pigmentant quand elle le peut. Et la peau vieillit prématurément. Il faut que les usagers sachent qu’une cabine d’UV sur cinq n’est pas aux normes et peut provoquer des brûlures. Le rapport du Laboratoire national d’études d’octobre 2011 montre que notre législation n’est pas appliquée. On peut renforcer la réglementation afin de mieux sécuriser cette activité, mais qui nous assure qu’elle sera plus effective. Aujourd’hui, il n’existe pas de contrôle sanitaire des appareils ! Les Agences régionales de santé n’en auront pas les moyens.

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