Cancer du foie : la prévention d'abord

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On constante augmentation depuis plus de 20 ans, le pronostic d’un cancer du foie est malheureusement trop souvent problématique. Pourtant, il pourrait dans bien des cas être évité ou dépisté plus tôt. Il ne s’agit pas ici du cancer métastatique du foie, qui est la manifestation d’une tumeur située à l’origine sur un autre organe et qui s’est propagée jusqu’au foie par le sang, mais bien du cancer du foie « primitif », qui prend véritablement naissance dans le foie. Or la santé de notre foie est primordiale. Son rôle est multiple et indispensable pour nous maintenir en vie. Il secrète la bile qui sert à la digestion, fait la synthèse des protéines essentielles à la coagulation sanguine et transforme les éléments qui lui arrivent par le sang. Ainsi, il épure les toxines et les déchets sanguins et stocke les éléments nutritifs, comme les vitamines ou les glucides. Mais pourquoi ce cancer du foie primitif – ou hépatocarcinome, sa forme la plus courante - serait-il plus facilement évitable ? Il fait partie des ancers dont les facteurs de risque sont bien identifiés. Il apparaît en effet le plus souvent au terme de l’évolution d’une maladie chronique, une cirrhose alcoolique ou une hépatite virale B ou C devenue chronique.

 

Réduire sa consommation d’alcool

« La cirrhose est le résultat d’une inflammation chronique du foie. Les cellules du foie se dégradent et sont remplacées progressivement par un tissu particulier, la fibrose. Et cette cirrhose fait le lit du cancer », explique Franck Chauvin, professeur de santé publique à l’université de Saint-Etienne et à l’Institut de cancérologie de la Loire. Toutes les cirrhoses ne conduiront pas à un cancer du foie, fort heureusement. Mais elle le favorisera grandement, et ce, qu’elle qu’en soit la cause, une hépatite chronique ou une consommation trop importante d’alcool. Car le premier facteur de risque du cancer du foie en France reste l’alcool. Chez les personnes atteintes d’une cirrhose alcoolique, un suivi médical régulier incluant une échographie permettra souvent de détecter de façon précoce un cancer du foie. Mais le mieux est sans aucun doute de limiter sa consommation d’alcool dès le plus jeune âge. L’alcool représente en effet, après le tabac, la deuxième cause de mortalité évitable par cancer. Les boissons alcoolisées sont d’ailleurs classées par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) dans la catégorie des agents carcinogènes. Autrement dit, la consommation d’alcool, même modérée, majore le risque de cancer. Et celui du foie tout particulièrement.

Vaccination, protection et dépistage

Il est impératif de savoir si on est porteur d’un virus hépatique ou non. pour cela, des centaines de centres de dépistage existent en France.Mais cela ne doit pas occulter l’autre cause majeure de ce cancer, l’hépatite chronique. D’autant plus que le nombre de cas augmente chaque année. Près de 10% des hépatites B et 50% des hépatites C évoluent vers une maladie chronique après plusieurs années d’infection du virus. Et qui dit hépatite chronique dit cancer potentiel. Aujourd’hui, la France compte environ 100.000 personnes porteuses d’un de ces deux virus. « Mais la moitié d’entre elles ne le sait pas, » regrette le Pr Franck Chauvin. Or il est impératif de savoir si on est porteur d’un virus hépatique ou non, sous peine de le transmettre involontairement à une autre personne. Pour cela, des centaines de centres de dépistage existent en France. Et ils sont anonymes et gratuits. En cas d’hésitation, le mieux est de consulter son médecin traitant qui saura recommander le dépistage s’il considère qu’on est une personne à risque. Lorsqu’on est porteur du virus, les traitements par antiviraux ou par interféron peuvent contribuer à éviter des complications entrainant un hépatocarcinome ou une insuffisance hépatique. Mais là aussi, il y a mieux ! La politique vaccinale française permet aux personnes jugées à risque de bénéficier du vaccin contre l’hépatite B.

Par ailleurs, tous les nourrissons peuvent être vaccinés depuis 2004 et un rattrapage est possible jusqu’à l’âge de 15 ans. Mais il est également possible de se protéger du virus sans avoir recours à la vaccination. « Les virus hépatiques se transmettent comme le VIH, explique le Pr Chauvin. Il faut donc éviter tout comportement à risque comme l’utilisation de seringues souillées, pour les toxicomanes par exemple, ou les rapports sexuels sans protection. » Ces précautions sont particulièrement indispensables pour se protéger du virus de l’hépatite C contre lequel il n’existe pas de vaccin. De même, une attention particulière doit être portée aux tatouages et piercings qui, pratiqués avec des aiguilles, nécessitent un personnel formé aux conditions d’hygiène et de salubrité. Ces aiguilles, si elles sont réutilisées, transportent des matériaux biologiques qui favorisent la transmission des virus des hépatites. Afin d’éviter tout risque de contamination, ils doivent donc être réalisés chez des professionnels reconnus avec du matériel stérilisé. Bien entendu, il ne faut pas attendre de ressentir des douleurs au foie ou la survenue d'un événement grave liée à la consommation d'alcool pour prendre conscience d’un problème au foie. Ceci est d’autant plus vrai que le cancer du foie se développe souvent silencieusement. Les symptômes n’apparaissent généralement que lorsque le cancer est évolué. Grande fatigue, perte d’appétit, perte de poids, affaiblissement général, douleurs abdominales et jaunisse comptent parmi les symptômes de ce cancer. Mais il arrive que des personnes atteintes d'un cancer du foie avancé ne présentent aucun symptôme. Ce qui explique malheureusement la découverte souvent tardive de ce cancer, et par conséquent son mauvais pronostic. On comprend alors mieux tout l’intérêt et l’efficacité de la prévention. Éric Maunoir

 

* Source : Projection de l’incidence et de la mortalité par cancer en France en 2010. Rapport consultable sur le site www.invs.sante.fr/applications/cancers/projections2010

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