CANCER DU TESTICULE : Que sait-on ?

Partagez ce contenu

Le cancer du testicule touche les hommes jeunes, entre 20 et 35 ans mais il se soigne aujourd’hui très bienL’incidence du cancer du testicule ne cesse d’augmenter depuis des décennies, en particulier dans les pays développés. D’après le dernier bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) publié par l’Institut de veille sanitaire (InVS), on observe une augmentation de 2,5% par an en France de l’incidence de ce cancer entre 1980 et 2005. Ce rapport fait aussi apparaître des différences régionales relativement marquées : plus forte incidence dans l’Est (Alsace et Lorraine) et dans l’Ouest (Bretagne et Pays-de-la-Loire), plus faible en Île-de- France et dans le Languedoc-Roussillon. Et pourtant aucune explication n’est connue. Ce problème de santé publique s’inscrit aussi dans un contexte plus général de baisse de la fertilité masculine, avec une détérioration de la qualité du sperme, et une hausse des malformations génitales masculines. Pour Jérôme Alexandre, oncologue à l’Hôtel-Dieu à Paris, « il n’existe pas de certitudes sur le sujet, mais on fait souvent un parallèle entre l’augmentation du cancer du testicule et la diminution de la fertilité chez l’homme, associée à une concentration moyenne de spermatozoïdes qui décline. Aujourd’hui, on n’a pas réussi à montrer de lien direct entre ces deux paramètres, mais on a incriminé en particulier l’exposition à différents polluants comme les phtalates utilisés dans les industries de peinture, pesticides, détergents, plastiques, et les phytoestrogènes que l’on retrouve dans l’alimentation et les végétaux ».

 

Les perturbateurs endocriniens montrés du doigt !

L’augmentation rapide de l’incidence du cancer du testicule et sa variation géographique conduisent à favoriser une explication d’ordre environnemental lié notamment aux perturbateurs endocriniens et à l’hypothèse du syndrome de dysgénésie testiculaire, fondée sur la conséquence d’une perturbation dans le développement des gonades pendant la vie foetale. De nombreuses études on été menées, mais la revue de littérature effectuée par l’Inserm ne fait pas ressortir « d’hypothèses fortes et cohérentes ». Le lien entre le cancer du testicule et une exposition aux pesticides est peut-être le plus probable, c’est d’ailleurs l’une des voies privilégiées de recherche. Aujourd’hui, le cancer du testicule se soigne très bien et le pronostic a été complètement modifié par la chimiothérapie depuis les années 80. Il est donc de très bon pronostic, y compris en situation métastatique. La survie relative à cinq ans est de 98-99 % pour les formes localisées et supérieure à 70 % pour les formes métastatiques1. «Souvent, le patient découvre lui-même une augmentation de volume d’une bourse. Les tumeurs testiculaires s’accompagnent d’une sensation de pesanteur ou de tension, mais il est rare que la douleur constitue le symptôme révélateur, explique Jérôme Alexandre. A la palpation, on découvre une masse indurée qui est en continuité avec le testicule. Il arrive que ce dernier soit entièrement tumoral, augmenté de volume et très dur. Il est donc essentiel de procéder à une autopalpation régulière des testicules et surtout de consulter rapidement dès la découverte d’une anomalie. Car plus la tumeur est découverte rapidement, meilleures sont les chances de guérison ».

Quid des facteurs de risque ?

À la palpation, on découvre une masse indurée qui est en continuité avec le testicule.Les seuls clairement identifiés sont d’une part l’existence d’une cryptorchidie, c’est-à-dire un testicule qui n’est pas présent dans la bourse. Le risque de développer un cancer est alors 35fois plus important que dans la population générale. À noter cependant que seulement 6 % des cancers surviennent avec un antécédent de cryptorchidie. Le second facteur de risque est l’atrophie testiculaire (diminution du volume testiculaire) en particulier après les oreillons ou après un traumatisme. Au-delà, les autres causes font encore débat chez les spécialistes et pourtant l’InVS n’exclut pas l’influence de facteurs environnementaux. Le plus souvent, le cancer du testicule se développe à partir des cellules germinales. Il comprend les tumeurs séminomateuses (TGS), qui concernent environ 40 % de ces cancers et pour 60 % les tumeurs non séminomateuses qui surviennent essentiellement entre la puberté et l’âge de 35ans. Les autres se développent à partir des cellules qui ne produisent pas les spermatozoïdes, dites non germinales. Par ailleurs, le problème de la fertilité doit être envisagé avant la mise en route du traitement de chimiothérapie ou de radiothérapie. Des prélèvements de sperme avec congélation sont organisés systématiquement par les Centres de conservation du sperme (CECOS).

Des répercussions sur la sexualité et la fertilité

Le cancer du testicule est un cancer rare qui ne représente que 1 à 2 % des cancers chez l’homme.Malgré d’excellentes chances de guérison, le cancer du testicule a un impact psychologique particulièrement profond du fait de sa dimension symbolique. En touchant des hommes jeunes, « il pose de nombreuses questions relatives à la sexualité et à la procréation. Il peut y avoir de l’angoisse par rapport à la fertilité dans des couples qui ont déjà un projet construit. Dans ce moment de vie difficile, il est essentiel que le conjoint puisse être associé pour limiter les conséquences sociales et familiales de la maladie. Néanmoins, la majorité des patients parvient à concevoir des enfants sans recours à une aide médicale », assure Jérôme Alexandre. Le suivi du cancer du testicule doit être rigoureux, car les chances de guérison d’une éventuelle récidive sont importantes. « Après le diagnostic d’une tumeur germinale, on surveille les patients au moins dix ans, rappelle Jérôme Alexandre. Il existe en effet un risque de second cancer controlatéral, c’est-à-dire de l’autre testicule chez 2 % des patients. » Au-delà de cette pathologie multifactorielle, des recherches doivent être menées aujourd’huipour déterminer lesfacteurs de risque du cancer du testicule qui semblent s’articuler avec les autres pathologies reproductrices masculines. C’est une simple question de santé publique !

Gilles Girot

1 Survie des patients atteints de cancer en France : état des lieux sur www.e-cancer.fr/les-soins/4211- survie-des-patients-atteints-de-cancers-en-france-linca-dresse-un-etat-des-lieux

 

 

REPÈRES

Le cancer du testicule est un cancer rare qui ne représente que 1 à 2 % des cancers chez l’homme mais c’est un cancer de l’homme jeune, plus fréquemment répandu entre 20 et 35 ans. Près de 2 000 nouveaux cas sont recensés chaque année en France. Ses conséquences en termes de morbidité (problèmes de fertilité et difficultés psychologiques) sont très importantes. En hausse significative depuis cinquante ans, il apparaît comme un problème émergent de santé publique, même si la mortalité est très faible de l’ordre de 0,25/100 000. En Europe même, on constate d’importantes différences selon les pays : élevée au Nord (Danemark, Suède, Norvège) et en Suisse. Elle est plus faible dans le reste de l’Europe.

 

Trois questions à...

Aude Fléchon, oncologue médical, centre Léon Bérard à Lyon «Les options thérapeutiques sont variées»

 

Vivre : Quelle est la démarche diagnostique ?

Aude Fléchon : Quand il existe une suspicion de tumeur du testicule, une échographie des bourses et des examens de sang (dosages des marqueurs : AFP, hCGT et LDH) sont effectués par l’urologue. La confirmation du diagnostic repose sur l’examenanatomopathologique de la pièce opératoire d’orchidectomie, l’ablation systématique du testicule, réalisée par voie inguinale. Il consiste à analyser au microscope des cellules ou des tissus prélevés sur un organe afin d’établir de façon définitive le diagnostic de cancer. On parle alors de preuve histologique.

On distingue les stades localisés au testicule et les stades métastatiques. Il existe plusieurs groupes pronostiques…

A. F. : Effectivement, une classification internationale publiée dans le Journal of Clinical Oncology, en 1997, permet de classer les patients selon leur pronostic et de standardiser ainsi leur prise en charge thérapeutique. Pour les tumeurs germinales non séminomateuses, le pronostic peut être bon, intermédiaire ou mauvais, et le taux de survie à cinq ans est respectivement de 95 %, 80 % et 50 %. Concernant les séminomes, ce taux est évalué à 90 % pour les bons pronostics et 80 % pour le groupe intermédiaire. Il n’existe pas de mauvais pronostic dans ce type de tumeur.

Quelles sont les grandes options thérapeutiques de la prise en charge médicale ?

A. F. : Si le cancer est découvert à un stade précoce, seul le testicule est atteint (stade I). Dans ce cas, la chirurgie peut suffire. S’il s’agit d’un séminome, la prise en charge va dépendre de l’existence ou non de métastases lors du bilan effectué par scanner thoraco- abdomino-pelvien et du dosage des marqueurs. En l’absence de métastases, on peut proposer une surveillance, un traitement préventif par chimiothérapie ou encore une radiothérapie, malgré le fait qu’elle soit moins pratiquée aujourd’hui. En cas d’évolution métastatique et/ou d’élévation des marqueurs, une chimiothérapie sera réalisée, le nombre de cycles dépendra du groupe pronostique. Pour les évolutions métastatiques ganglionnaires rétropéritonéales de petite taille (inférieur à 2 cm), une radiothérapie lomboaortique peut aussi être discutée dans cette situation. En cas de tumeur non séminomateuse localisée de stade I, trois options thérapeutiques sont envisageables selon le risque évolutif de la tumeur : la surveillance active, la chimiothérapie qui repose sur l’administration de 2 cycles de BEP, un protocole qui comprend l’administration de trois médicaments afin de réduire le risque d’évolution métastatique à moins de 1 % et enfin, le curage ganglionnaire rétropéritonéal. Lorsque la tumeur germinale non séminomateuse présente une forme avancée ou métastatique, 3 cycles de BEP sont nécessaires pour les bons pronostics et 4 cycles pour les autres.

Avez-vous trouvé cet article intéressant ? oui  101

Abonnez-vous !

Abonnez-vous à 4 numéros, et profitez du meilleur de l’information en bénéficiant d’une qualité et d’un confort de lecture privilégiés.

Votre avis nous intéresse

Un sujet qui vous semble important n'est pas abordé dans Vivre ? Nous tenons compte de vos suggestions et de vos témoignages.

Proposez un sujet