Prévention anticancer : les 10 commandements

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1 - De fumer, tu arrêteras (ou mieux, tu ne commenceras pas)

A moins de vivre sur une île déserte, vous ne pouvez plus ignorer que le tabac est mauvais pour la santé. Première cause évitable de mortalité en France, le tabagisme est responsable de près de 73 000 morts par an, dont 40 000 par cancer. Le tabagisme, actif ou passif, est donc le premier risque à éradiquer.

Risque : cancers du poumon, de la bouche, du larynx, de l’oesophage, de l’utérus, des reins et de la vessie font partie des risques encourus. En cause, les goudrons, l’uréthane, le chlorure de vinyle et le benzopyrène, des substances hautement cancérigènes. Les risques augmentent en fonction principalement de la durée du tabagisme et du nombre de cigarettes grillées.

Recommandation : bonne nouvelle ! Après 5 ans d’arrêt total du tabac, le risque de cancer du poumon est divisé par deux. Deuxième bonne nouvelle : selon l’American Cancer Society, 5 % seulement des fumeurs réussissent à s’arrêter du premier coup. En moyenne, le succès a lieu après 8 échecs. Donc plus on rate, plus on a de chances de réussir la fois d’après. D’où le message du ministère de la Santé de l’État de Washington : « Continuez d’arrêter !»

A méditer…

 

2 - De boire, tu éviteras

L’alcool, particulièrement lorsqu’il est associé au tabac, majore le risque de développement de nombreux cancers (langue, gorge, oesophage, pharynx, pancréas, estomac, foie, et même sein). En France, 7 à 10 % des cancers seraient associés à la consommation d’alcool.

Risque : l’alcool est cancérogène, y compris à faible dose. Quel que soit le type de boissons (vin, bière, spiritueux), il existe un risque, qui augmente avec la quantité d’alcool consommé. Deux mécanismes distincts : le contact direct de l’alcool avec certains tissus, qui fragilise les cellules, et la transformation de l’éthanol en acétaldéhyde, une substance cancérogène. Mauvaise nouvelle pour les fumeurs : le tabac augmente les risques.

Recommandation : « Boire moins, c’est mieux ». Tel est le message de l’OMS, qui remet en cause le discours tenu jusque-là par les autorités sanitaires qui recommandaient de ne pas dépasser deux verres par jour pour les femmes et trois verres par jour pour les hommes. Avec un ou deux verres par jour, le risque est statistiquement faible, mais il n’est pas égal à zéro. Donc le moins possible est le mieux.

 

3 - Sainement, tu t’alimenteras

L’alimentation joue un rôle prépondérant dans la prévention des cancers. L’influence de l’apport calorique en graisses, notamment, semble de plus en plus établie dans le développement des cancers du sein, du côlon, de la prostate et de l’endomètre. Petit tour de table des aliments à mettre ou ne pas mettre dans son assiette.

Risque : aucun aliment n’est à proprement parlé cancérigène, mais certains excès peuvent favoriser le développement de cancers. Le sel, qui cause des dommages sur la muqueuse gastrique. Les charcuteries et la viande rouge, qui semblent augmenter le risque de cancer du côlon et du rectum. Les viandes cuites à haute température, notamment la cuisine au barbecue, qui augmentent le risque de cancer de l’intestin. Certaines graisses, en cause dans les cancers du poumon, du côlon, du rectum, du sein et de la prostate. Et tous les produits riches en sucres industriels ajoutés ou à faible teneur en fibres, les produits transformés ou contenant des graisses hydrogénées ou saturées.

Recommandation : exit les acides gras «trans», qui abondent dans les pâtisseries industrielles de type brioches, biscuits, pâtes à tarte, ainsi que les margarines. Moins de charcuterie et de viande rouge, moins de sel et de sucre. Mais toujours plus de fruits, de légumes et de céréales.

 

4 - Une activité physique, tu pratiqueras

Manger, bouger ! Le programme national nutrition santé (PNNS) divulgue des conseils avisés. Au fil des décennies, nous avons considérablement réduit notre activité physique. Nous devrions pourtant nous méfier de la sédentarité : les personnes en surpoids constituent une population à haut risque (cancers du sein, utérus, rein, vessie, côlon, rectum ou oesophage, etc.).

Risque : une des raisons expliquant le lien entre surpoids et cancer est la relation entre l’excès de graisse et l’équilibre hormonal de l’organisme. Les études révèlent en effet que l’excès en graisse, notamment lorsqu’il est stocké autour de la taille, encourage l’organisme à produire des hormones dites de croissance. A des niveaux élevés, elles sont liées à un risque de cancer important.

Recommandation : une activité physique régulière réduit le risque de surpoids et d’obésité et permet de maintenir les hormones à un niveau adéquat. Minimum syndical : une heure de marche par semaine. Plus l’exercice est régulier, plus le bénéfice est important. Objectif : 30 minutes de marche par jour, à un bon rythme.

 

5 - Du soleil, tu te protégeras

C’est vrai, le soleil est bon pour le moral et nous permet de synthétiser la vitamine D, essentielle au bon fonctionnement de l’organisme. Mais une exposition prolongée est fortement déconseillée. Chaque année, en France, environ 80 000 nouveaux cas de cancer de la peau sont diagnostiqués et 1 300 personnes en meurent.

Risque : les rayons UVB provoquent des mutations au niveau des gènes des cellules. Quant aux UVA, ils modifient les membranes cellulaires et les noyaux. L’exposition répétée favorise ainsi les transformations cancéreuses des cellules. Populations les plus touchées : les enfants (l’exposition au soleil pendant l’enfance est la principale cause de mélanome à l’âge adulte), et les peaux claires.

Recommandation : si vous tenez à prendre un bain de soleil, n’oubliez pas d’appliquer de l’écran total régulièrement, et évitez absolument le créneau 12 h/16 h. Mais rien ne protège autant que les vêtements, chapeau et lunettes de soleil inclus. Les enfants, eux, ont tout bonnement intérêt à ne pas s’exposer du tout, surtout en dessous de 3 ans.

 

6 - Des UV artificiels, tu t’éloigneras

Non seulement les UV artificiels ne préparent pas la peau au soleil, mais en plus ils provoquent des mélanomes ! Les cabines de bronzage artificiel sont tenues pour responsables de plusieurs dizaines de décès par mélanomes chaque année. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) les a ainsi classées comme «cancérogènes certains pour l’homme».

Risque : l’utilisation des UV artificiels «ne peut en aucun cas se justifier», estime l’Institut national du cancer (INCa), qui rappelle que les rayonnements ultraviolets (solaires et artificiels) sont des cancérogènes avérés.

Recommandation : comme pour le tabac, la recommandation est sans appel : ne jamais commencer ! Le cas échéant, arrêtez ! Un seul mot d’ordre donc : fuyez les cabines à UV !

 

7 - Les substances cancérigènes, tu fuiras

L’impact de l’environnement sur la survenue de cancers, pourtant difficile à évaluer et à étudier, ne fait plus de doute. Certains agents, chimiques, physiques ou biologiques sont classés comme cancérigènes avérés.

Risque : amiante, houille, poussières de bois, benzène, éthers de glycol, colle... certains éléments cancérigènes polluent notre environnement professionnel et domestique. Associés à un autre facteur de risque, ces agents s’avèrent encore plus dangereux. C’est le cas par exemple de l’association radon/tabac qui multiplie par trois le risque de cancer du poumon.

Recommandation : malgré les controverses à propos de certains facteurs à risque, comme les téléphones portables, autant jouer le principe de précaution ! Règle numéro 1 : débusquez les produits cancérigènes grâce à la liste du Circ (http://monographs.iarc.fr/ ENG/Classification/index.php, ou par mail à com@iarc.fr). Pour le reste, à vous de juger, mais certains automatismes sont faciles à adopter : éloigner les jeunes enfants des téléphones portables, privilégier les produits d’entretien sans solvant, demander une analyse du taux de radon dans les habitations, etc.

 

8 - De te faire dépister, tu n’oublieras pas

Le dépistage reste une arme anticancer efficace. C’est l’une des grandes avancées en termes de prise en charge du cancer : plus il est dépisté tôt, mieux il se soigne. Se faire dépister, c’est donc mettre toutes les chances de son côté pour rester en bonne santé.

Risque : cancer de la cavité buccale : 70 % des cas diagnostiqués à un stade avancé. Cancer du sein : première cause de décès par cancer chez la femme. Cancer du col de l’utérus : 1 000 décès par an. Cancer colorectal : deuxième cause de décès par cancer... Détecter précocement ces cancers réduirait considérablement la mortalité.

Recommandation : le dépistage, qu’il soit organisé par les autorités de santé publique (cancer du sein, colorectal, du col de l’utérus dans certains départements) ou individuel (cancer de la prostate, mélanome, etc.), est toujours simple à effectuer ! Une mammographie à faire tous les deux ans entre 50 et 74 ans. Un test à pratiquer chez soi à partir de 50 ans pour le dépistage du cancer colorectal. Un frottis effectué par un gynécologue dès l’âge de 25 ans pour vérifier le col de l’utérus. Un rendez-vous annuel chez le dermatologue pour prévenir les mélanomes.

 

9 - Des traitements hormonaux, tu te méfieras

Selon plusieurs études, les traitements hormonaux de la ménopause (THM/THS) à base d’oestrogènes et progestatifs augmentent le risque de cancer du sein. Pour l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps), le risque «est formellement démontré pour une durée d’utilisation supérieure à 5 ans».

Risque : une étude épidémiologique sur le risque de cancer du sein lié au THS, portant sur plus de 100 000 femmes volontaires, montre que les oestrogènes associés aux progestatifs synthétiques augmentent de 40 % le risque de cancer.

Recommandation : choisissez bien votre traitement ! Aujourd’hui, la combinaison idéale d’hormones est un oestrogène administré par voie cutanée (patch ou gel) auquel on ajoute de la progestérone naturelle.

 

10 - Les infections, tu préviendras

Certains agents infectieux (virus, bactéries, parasites) peuvent provoquer ou favoriser la survenue d’un cancer. Plusieurs d’entre eux ont été classés cancérogènes ou cancérogènes probables par le Circ. La prévention doit donc être mise en avant, notamment par la vaccination quand elle existe.

Risque : Helicobacter pylori, Papillomavirus Humains (HPV), hépatites B ou C (VHB, VHC), VIH… les agents infectieux seraient responsables de 8 % des cancers.

Recommandation : à titre préventif, la vaccination, lorsqu’elle est disponible, et le port du préservatif sont les meilleurs moyens d’éviter l’apparition de l’infection et donc d’un cancer associé. Si la contamination s’est faite malgré la prévention primaire, antibiotiques, antiviraux, antiparasitaires et chirurgie vont avoir un rôle déterminant, constituant la seconde ligne de défense, appelée prévention secondaire.

Brigitte Perrin

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