Brève histoire du cancer du sein

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Depuis l’Antiquité, le cancer du sein a servi de modèle pour mieux connaître la maladie. C’est Hippocrate le premier qui l’a nommé crabe (karkinos en grec, cancer en latin). Pendant très longtemps, les médecins n’ont eu à leur disposition qu’un seul traitement : l’ablation de la tumeur. Mais sans anesthésie et sans antisepsie, l’opération était bien souvent vouée à l’échec. « Anne d’Autriche, la mère de Louis XIV était atteinte d’une tumeur très évoluée, raconte le Pr Jacques Rouëssé*, président du Comité des Hauts-de- Seine de la Ligue contre le cancer et auteur d’un ouvrage à paraître sur le sujet. Personne n’a osé prendre le risque de l’opérer par peur des conséquences funestes. »

 

Sensibilisation à l’auto-examen

Pendant des années, on a distingué le squirrhe, une induration du sein et le cancer « occulte », plus évolué. « Au XVIIIe siècle, un médecin de Besançon a opéré avec succès une femme qui présentait une induration du sein, poursuit Jacques Rouëssé. De nombreuses femmes ont voulu faire la même chose. C’est presque devenu un phénomène de mode. » Cette anecdote, comme d’autres, a au moins eu le mérite de sensibiliser les femmes à l’auto-examen. L’arrivée de la mammographie entre les deux guerres permettra de disposer de moyens de diagnostic plus fiables.

Un dépistage de qualité

Les premières grandes campagnes de dépistage ont été lancées à New York puis dans les pays scandinaves dans les années 1970. En France, il faudra attendre encore quelques années avant de voir la mise en place de ces campagnes dans des départements pilotes. « Le plus important était d’organiser un dépistage de qualité, note Jacques Rouëssé. Un mauvais résultat peut avoir des effets pervers : avec un faux négatif, les patientes atteintes pensent ne pas l’être et ne font plus attention, tandis qu’un faux positif affole les personnes à tort. Le système, en France, est particulièrement performant. Il met l’accent sur le contrôle poussé des appareils comme du personnel. Les patientes sont prévenues des résultats dans les 15 jours et même tout de suite si le radiologue voit une anomalie. Une seconde lecture a lieu pour s’assurer qu’un cliché considéré comme normal l’est bien. Les résultats de cette seconde lecture sont communiqués dans les 15 jours. Si tout est normal, les femmes sont à nouveau convoquées 2 ans après. »

Le dépistage organisé a été généralisé à l’ensemble du territoire à partir de 2004. Avec succès. En effet, aujourd’hui, en moyenne, les tumeurs dépistées mesurent 1,5 centimètre contre plus de 3 centimètres dans les années 1960. Avec, bien sûr, un taux de guérison plus important.

 

En France, le dépistage organisé du cancer du sein a été généralisé en

 

Découverte de la cellule

En matière de traitement, après des siècles sans avancée majeure, les découvertes se sont emballées à partir du milieu du XIXe. Outre l’anesthésie et l’asepsie qui ont augmenté le taux de réussite de la chirurgie, la découverte de la cellule par Rudolph Virchow grâce au microscope a constitué une avancée de taille. Peu après, un chirurgien écossais, George Beatson a obtenu une régression du cancer du sein chez deux femmes auxquelles il avait retiré les ovaires, mettant ainsi en avant le rôle des hormones (oestrogènes) dans la maladie. La radiothérapie et la chimiothérapie, traitements substitutifs ou complémentaires à la chirurgie, elles, appartiennent à ces découvertes dues au hasard et qui font la légende de la science. En 1895, Wilhelm Röntgen, le physicien allemand inventeur des rayons X, découvre que ces derniers provoquent des altérations cutanées sur les mains. À peine un an plus tard, ces rayons sont utilisés pour traiter le cancer (de l’estomac d’abord, et du sein ensuite).

Nouvelles stratégies

La découverte de la chimiothérapie, elle, est encore plus insolite. Elle est due au bombardement en 1943 d’un bateau américain dans le port de Bari en Italie. Ce dernier transportait de l’ypérite, le fameux gaz moutarde de la première guerre mondiale et de l’azote. Après le bombardement, on a constaté que les dockers chargés de récupérer les fûts de gaz endommagés présentaient des insuffisances de la moelle osseuse. On s’est ainsi aperçu que le mélange s’attaquait directement aux cellules. La chimiothérapie a d’abord été utilisée dans le traitement des leucémies avant de l’être pour le cancer du sein au début des années 1960. L’histoire ne s’arrête pas là, puisque de nouvelles stratégies, comme l’immunothérapie qui bloque les récepteurs de croissance des cellules, sont en permanence testées pour faire reculer la maladie. Nicolas Démare

 

*Le Pr Jacques Rouëssé a notamment été chimiothérapeute à l’Institut Gustave Roussy de Villejuif. Il est aujourd’hui président de la commission cancer de l’Académie nationale de médecine. Son livre à paraître aux éditions Springer-Verlag s’intitule Une histoire du cancer du sein en Occident.

 

 

REPÈRES

Un léger recul du dépistage

L’Institut national de veille sanitaire a noté un léger recul du nombre de femmes ayant participé au dépistage organisé du cancer du sein en 2010 par rapport à l’année 2009. Le taux de participation est passé de 52,3 % des personnes de 50 à 74 ans invitées à procéder à ce dépistage à 52 %. Un chiffre qui reste encore très inférieur aux objectifs européens qui sont de 70 %.

 

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