Philanthrope, moi ?

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Au sens étymologique du terme, la philanthropie est d’origine morale. Le philanthrope souffre avec le malade ou le démuni. C’est en effet à travers la compassion ou la sympathie que le philanthrope sent entre lui et les autres une connexion qui lui rend difficile de voir souffrir les autres. On peut aussi rappeler cette phrase d’Ampère : « Je posséderais tout ce que l’on peut désirer au monde pour être heureux, il me manquerait tout le bonheur d’autrui. » C’est cette connexion qui le pousse à aider les autres de différentes manières. L’importance du don de soi est essentielle dans de nombreuses religions. Ainsi, le puritanisme protestant encourage la privation et refuse le luxe. Il insiste cependant sur la valeur du travail, ce qui peut en inciter certains à ne pas donner d’argent, mais plutôt des aides plus concrètes à l’insertion, il peut s’agir du bénévolat. Aujourd’hui, dans une acceptation plus commune, la philanthropie peut laisser son nom à la postérité : aux États-Unis par exemple, de nombreux bâtiments universitaires, fondations et galeries dans les musées portent le nom d’un philanthrope.

 

Quand les philanthropes fondent la Ligue

En France, en ce 14 mars 1918 à l’initiative de Justin Godart, si la réception est mondaine, son objet n’est guère festif. La centaine d’invités qui se pressent vient apposer sa signature à l’acte de naissance d’une nouvelle association, la Ligue contre le cancer. L’assemblée compte nombre de personnalités en vue, connues pour leurs positions et leurs engagements philanthropiques : le baron Henry de Rothschild, le baron Edouard, Felix Vernes et François de Wendel, plusieurs négociants et hommes d’affaires, la duchesse d’Uzès mais aussi les ambassadeurs de Grande- Bretagne et des États-Unis. La fin imminente de la guerre porte un regard nouveau sur l’état de santé de la population. Partant de l’exemple de la dévastatrice tuberculose pour laquelle est pointée du doigt l’inertie de l’État (absence de dispensaires), des associations voient le jour, financées par des philanthropes. Idem pour la syphilis, où l’idée est de réorganiser profondément l’action prophylactique à partir d’une intervention centralisée par l’État. L’effort est notamment porté sur les soldats. Les conditions particulières engendrées par la situation de guerre ont modifié la visibilité sociale de la maladie, son incidence se fait sentir au sein de l’armée. C’est au sein de celle-ci qu’émergent les premières statistiques. « Sur le terrain de la bienfaisance, de nombreuses associations se sont créées et ont fait appel à la charité publique », se félicite Robert Le Bret, premier secrétaire général de la Ligue contre le cancer. Dans cette relation philanthropique entre riches et nécessiteux ou mal portants, des enjeux propres aux classes dominantes se nouent. Ainsi, l’engagement philanthropique fait partie des attributs constitutifs d’une position mondaine. Être riche, c’est assumer des devoirs qui incombent à sa position, une épreuve obligée par laquelle un parvenu peut espérer gagner sa place dans cet univers où l’on accède par cooptation. Il y a aussi de la tactique politicienne sous-jacente dans la philanthropie.

Qu’est-ce qu’être philanthrope aujourd’hui à la Ligue ?

Aujourd’hui, la philanthropie connaît une rupture dans sa façon d’être pensée, le philanthrope agit de manière souvent désintéressée et ne cherche pas la reconnaissance publique. Être philanthrope à la Ligue contre le cancer, c’est à la fois donner de l’argent, du temps ou des biens. Le donateur, le bénévole qui visite le malade, le responsable politique qui s’investit au sein de l’association, le militant qui sensibilise aux méfaits du tabac dans les collèges ou celui qui lègue des biens comme de l’immobilier, une assurance-vie ou encore des œuvres d’art mettent à disposition de l’association une part d’eux-mêmes. Ils transmettent à autrui, à une communauté, le pouvoir d’améliorer la lutte contre le cancer. Ils garantissent la pérennité et les moyens de lutter contre la maladie en assumant par leur action philanthropique une responsabilité en faveur d’une lutte efficace dédiée à la collectivité. Ce don de soi effectué par chaque philanthrope assure à la Ligue contre le cancer les moyens de son existence et son indépendance dans ses choix de politique associative en matière de recherche, de prévention et d’actions auprès des malades et de leurs proches.

Laurent Pointier

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