Nucléaire médical : Les vertus de la transparence

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Comment est née l’idée de cette brochure : Radiographie et scanner, posons-nous les bonnes questions ?

LE SCANNER DEMEURE UN EXAMEN INDISPENSABLE. IL NE FAUT SIMPLEMENT PAS MULTIPLIER LES EXAMENS QUAND CELA N’EST PAS NÉCESSAIRE.

L’IRSN, qui a pour mission de mener des recherches sur les effets des radiations, m’a contacté car je siège à son Conseil d’orientation de la recherche ainsi qu’au Haut comité pour la transparence et l’information sur la sécurité nucléaire (HCTISN), pour la Ligue nationale contre le cancer. Ce Haut Comité, créé en 2006, regroupe industriels, institutionnels et associations dont la Ligue, représentant les malades. L’IRSN désirait réaliser une brochure destinée au grand public et m’a contacté compte tenu de l’expérience de la Ligue dans la rédaction de brochures à destination du public.

 

Comment la brochure a-t-elle été conçue ?

L’IRSN s’est associé à l’Association d’aide aux victimes d’accidents médicaux (Aviam) pour sa rédaction, l’IRSN étant maître d’oeuvre. Des experts de divers horizons, radiologues, manipulateurs de radiologie, membres de la Haute autorité de santé (HAS), de l’Ordre national des médecins… moi-même, pour la Ligue, avons travaillé le contenu, préparé des maquettes qui ont été soumises à des panels représentants le grand public et des malades pour aboutir au bout de 18 mois à la brochure définitive.

Cette brochure est-elle disponible ?

Elle est sortie au mois d’octobre. On peut la télécharger sur le site de l’IRSN (www.irsn.fr) ou celui de la Ligue (www.ligue-cancer.net). Elle a pour objectif d’informer le grand public que passer un scanner n’est pas un acte anodin. Même s’il ne s’agit que de radiodiagnostic, cela reste des rayons. De plus, l’imagerie médicale diagnostique utilisant des rayons est de plus en plus utilisée pour certaines interventions.

Lesquelles ?

Je pense principalement à la radiologie que l’on appelle interventionnelle utilisée notamment en cardiologie. Pour savoir si une artère coronaire est bouchée, il faut utiliser des rayons X et la visualiser en utilisant une sonde avec une injection d’un produit de contraste. Si elle est bouchée, il faut tenter de la dilater avec un petit ballon que l’on gonfle puis mettre en place un petit ressort appelé stent pour la maintenir ouverte. Toutes ces opérations s’effectuent visuellement sous radioscopie. La radiologie interventionnelle est utilisée également en cancérologie : sous repérage radiologique, on peut, par l’intermédiaire d’une aiguille qui va traverser la peau, injecter du ciment dans un os pour le consolider. Certaines opérations peuvent durer très longtemps en raison de la complexité de l’examen, période pendant laquelle le patient est soumis à des doses de rayonnement élevées. La radiologie interventionnelle est de plus en plus performante, mais il convient de limiter les risques d’irradiation.

Quels sont ces risques ?

Ils ne surviennent que lorsque la durée de l’examen a été vraiment très longue ou répété à plusieurs reprises. Ils n’apparaissent pas dans le cas d’un examen classique. Ils sont heureusement rares. C’est avant tout la peau qui est touchée sur la zone qui a été irradiée, avec une rougeur, parfois des brûlures, voire, en cas de très fortes doses, une ulcération de la peau. On peut observer une chute des cheveux si de trop fortes doses ont été délivrées sur le cuir chevelu. Si l’ulcère ainsi engendré ne cicatrise pas, il faut recourir à une chirurgie plastique. A plus long terme, les conséquences d’une irradiation peuvent conduire au développement de cancers de la peau spinocellulaires.

Comment se protéger ?

C’est avant tout au professionnel d’ordonner le bon examen, le plus adapté au cas du malade, de le conduire avec célérité et d’avoir conscience qu’une irradiation prolongée peut conduire à des incidents. Tout en sachant qu’il peut exister des cas difficiles en médecine où une radiologie interventionnelle répétée est la seule façon de sauver le malade.

Faut-il pour autant refuser les scanners ou les radiographies interventionnelles ?

Non, bien évidemment. Le scanner est un examen irremplaçable. Il ne faut simplement pas multiplier les examens quand cela n’est pas nécessaire. Parfois des risques doivent être pris dans des cas très particuliers. Ainsi, un cardiologue a rapporté l’observation d’un jeune patient obèse, dont les coronaires étaient en très mauvais état. On lui a placé un stent. Mais, une dizaine de jours plus tard, une rechute au niveau d’une autre coronaire a obligé à une deuxième puis une troisième intervention difficile par radiologie interventionnelle. Au bout du compte, un ulcère de 2 cm a fini par se former sur la zone de peau qui a été la plus irradiée. Le médecin qui est intervenu a pesé le bénéfice par rapport au risque et a considéré que, sans ces multiples examens de radiologie interventionnelle, le patient serait mort.

Qu’en est-il de la radiothérapie ?

La situation est différente. En radiothérapie, on utilise les rayons pour détruire les cellules cancéreuses. Cela nécessite une quantité de rayons X beaucoup plus importante et « puissants », c’est-à-dire avec une énergie qui va être absorbée par le corps de l’ordre de 500 à 5 000 fois plus que pour un examen de radiodiagnostic. Actuellement la radiothérapie est délivrée d’une façon très ciblée. On la nomme conformationnelle car elle est conforme à l’extension précise de la tumeur pour un malade déterminé. Il faut vraiment bien respecter le « dosage » des rayonnements et les protocoles pour éviter les accidents comme celui des surirradiés d’Epinal (voir encadré ci-dessous).

 

Les rayons X passés au crible

Scanner, panoramique dentaire, mammographie… La brochure éditée par l’IRSN et l’Aviam, intitulée Radiographie et scanner, posons-nous les bonnes questions, détaille la quantité de rayonnement reçue lors de différents types d’examen. Elle rappelle que les rayons X constituent un outil irremplaçable de la médecine moderne. Cette brochure est destinée à informer les patients sur les bénéfices et les risques liés à un examen d’imagerie utilisant les rayonnements ionisants, tel que la radiographie ou le scanner. Elle consacre également une large part aux précautions à prendre lors d’examens pratiqués sur les enfants, ou sur les femmes enceintes. Enfin, elle conseille d’être un véritable acteur de son parcours de soins en n’hésitant pas à interroger, en cas de besoin, l’un des trois acteurs clés de la réalisation de l’examen : le secrétaire médical, le manipulateur radio et le médecin radiologue.

 

Pour en savoir +

> Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire : www.irsn.fr

> Société française de radiologie : www.sfrnet.org

> Société francophone d’imagerie pédiatrique et prénatale : www.sfi p-radiopediatrie.org

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