J’ai retrouvé ma voix après une laryngectomie

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À 68 ans, Annie Fossier fait preuve d’une énergie débordante. Pourtant, il y a onze ans, elle a subi une ablation du larynx suite à un cancer. À force de persévérance, elle a pu réapprendre à parler. On l’écoute.

 

En 2000, quand on m’apprend que je suis atteinte d’un cancer du larynx alors que je n’ai jamais fumé de ma vie, c’est un choc. Celui-ci est rapidement suivi d’un second traumatisme quand, à l’issue d’une chimiothérapie et d’une radiothérapie, on m’annonce l’échec du traitement et la nécessité de procéder à l’ablation du larynx, et donc des cordes vocales. Les médecins m’expliquent le déroulé des opérations, mais je les écoute à peine. Je suis obnubilée par ma perte d’indépendance : ne plus pouvoir ni manger ni parler normalement. Si je conserve le souvenir d’une opération sans douleur, la cicatrisation ne se fait pas. Pendant des mois, je reste muette, la tête et le cou bandés. Mon mari me nourrit en faisant passer des soupes dans une sonde nasale. Psychologiquement, je suis également complètement dévastée, d’autant qu’un médecin m’avait dit que je ne serais plus jamais capable de manger ou parler.

Au bout de cinq mois et demi, contre toute attente, on m’annonce que la cicatrisation a pu se faire. Ma priorité est alors de réussir à m’alimenter seule. Très progressivement, je peux me remettre à manger et cela m’aide à reprendre goût à la vie. En parallèle, une assistante sociale parle à mon mari de la possibilité d’une rééducation de la parole. De son côté, ma fille trouve un centre spécialisé à Marseille. Poussée par mes proches, je décide de m’y rendre pour tenter de sortir de plusieurs mois de silence. Un programme est mis en place : deux séances de rééducation quotidiennes et un suivi médicalisé pendant quatre semaines.

Les premières séances avec l’orthophoniste sont consacrées à l’apprentissage de la respiration par le ventre. Pour réapprendre à parler, il faut que je sache moduler des sons avec l’œsophage. J’arrive à former quelques mots dès la première semaine, c’est impressionnant ! Ensuite, le travail de groupe avec d’autres pensionnaires du centre me permet de progresser davantage. Entre nous, il y a une très bonne ambiance, ce qui me motive beaucoup. Nous n’avons pas peur du regard des autres, car nous vivons tous la même situation. Les orthophonistes qui nous encadrent sont parfaites et les exercices qu’elles nous proposent me permettent d’avancer. Au bout de quatre semaines, je parle bien, mais je décide de poursuivre ma rééducation pendant quatre semaines supplémentaires afin de ne pas avoir à recommencer. Aujourd’hui, je suis complètement autonome et j’ai très bien intégré ma nouvelle voix. J’ai l’impression d’être née avec.  

En sortant du centre, je suis tellement heureuse de ce retour « à la normale » que je reprends une vie sociale. Globalement, ma nouvelle voix est très bien perçue. Passé l’effet de surprise, les gens que je rencontre s’y habituent rapidement. Plutôt coquette, je me suis fabriqué des colliers pour camoufler le trou définitif que j’ai à la base du cou. Avant que j’ouvre la bouche, personne ne peut se douter que j’ai été opérée. Et comme j’ai retrouvé le moral, j’ai choisi de visiter des malades à l’hôpital pour leur montrer qu’on peut s’en sortir et leur délivrer un peu d’optimisme, car je sais à quel point la maladie et l’opération sont des passages difficiles… 

 

Témoignage

ANNE LIEUTIER, Orthophoniste d’Annie Fossier, aujourd’hui retraitée

 « En tant qu’orthophoniste, je suis là pour accompagner les patients vers la parole, mais la réussite tient surtout à leur motivation. »

À 68 ans, je fais partie de la génération d’orthophonistes qui ont appris le métier sur le tas, dans les hôpitaux. En fonction du patient, enfant ou adulte, le travail est très différent. Avec les groupes d’adultes que j’encadrais dans leur apprentissage de la voix œsophagienne, il me fallait user de beaucoup d’empathie et de patience. Dans ce travail, l’aspect technique est très simple, il suffit d’apprendre à éructer puis à moduler des sons avec l’air. L’aspect psychologique, lui, est primordial. Réapprendre à parler, pour un adulte, c’est retrouver son humanité, sa personnalité. Et le chemin peut être long et parfois décourageant. C’est pourquoi, dans mes séances en groupe, j’avais à cœur d’apporter beaucoup de gaîté, en proposant des textes variés et parfois humoristiques : Pagnol, Cyrano de Bergerac, Raymond Devos… Et je veillais à proposer des alternatives qui dispensaient de rééducation, comme les prothèses mécaniques. Les patients doivent pouvoir choisir leur moyen de renouer avec la communication.

 

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