Interview exclusive de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes

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MADAME LA MINISTRE, VOUS ÊTES CHARGÉE D’UN PORTEFEUILLE TRÈS DENSE : CELUI DES AFFAIRES SOCIALES, DES DROITS DES FEMMES ET DE LA SANTÉ. QUELLE PLACE ACCORDEZVOUS PLUS PRÉCISÉMENT AU CANCER ET À LA LUTTE CONTRE LE CANCER DANS UNE TELLE CHARGE DE TRAVAIL ?
Le cancer est l’un des plus grands enjeux de santé publique de notre société. Avec près de 150 000 décès chaque année, les cancers demeurent la première cause de mortalité dans notre pays. La mobilisation des communautés scientifique et médicale a permis de réaliser de grandes avancées dans ce domaine. Si le nombre de nouveaux cas de cancers augmente, le taux de mortalité par cancer diminue régulièrement depuis près d’une trentaine d’années en France. Aujourd’hui, on vit et on vieillit de plus en plus avec le cancer. La prise en charge a été bouleversée par l’évolution des connaissances scientifiques et les innovations médicales. Les patients passent beaucoup moins de temps à l’hôpital et se font de plus en plus soigner en ambulatoire. Le cancer s’impose comme une pathologie pilote et un modèle pour de nombreuses autres situations médicales. La manière de faire avancer la recherche, de diagnostiquer de plus en plus tôt, de travailler en pluridisciplinarité, d’associer les patients et leurs proches sert d’exemple dans l’organisation du système de santé. Nous devons poursuivre et intensifier la lutte contre le cancer. C’est tout l’objet du Plan cancer présidentiel 2014-2019.

 

VOUS AVEZ « SUR LE MÉTIER » LA FUTURE LOI DE SANTÉ, VOTRE PLAN NATIONAL DE RÉDUCTION DU TABAGISME (PNRT), LE DÉPLOIEMENT DU TROISIÈME PLAN CANCER ET CERTAINEMENT D’AUTRES INITIATIVES D’ENVERGURE. COMMENT TOUTES CES AMBITIONS SE COORDONNENT-ELLES ?
Il n’y a pas la lutte contre le tabagisme d’un côté et le Plan cancer de l’autre. Chacune de ces initiatives traduit une même ambition. Il n’y a qu’une politique de santé. C’est la politique que je conduis dans le cadre d’une stratégie dont j’ai présenté les grands principes il y a plus d’un an. C’est la première fois que notre pays se dote d’une grande stratégie nationale de santé qui apporte des réponses concrètes pour favoriser la prévention, réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, et faciliter la vie des Français au quotidien.

 

À L’INSTAR D’AUTRES GRANDES ASSOCIATIONS, LA LIGUE EST PARTICULIÈREMENT SATISFAITE DE VOTRE PLAN DE LUTTE CONTRE LE TABAC (PNRT). VOTRE VOLONTÉ POLITIQUE A ÉTÉ CLAIREMENT AFFICHÉE. NÉANMOINS, POUR ALLER PLUS LOIN, QU’EN EST-IL D’UNE POLITIQUE ET D’UNE STRATÉGIE PLUS LARGE DE PRÉVENTION DES CANCERS ?
La lutte contre le tabac fait justement partie de cette stratégie plus large de prévention des cancers. Le troisième Plan cancer, présenté par le président de la République en février, vise à renforcer les moyens de la prévention. Le nombre de cancers que nous observerons dans vingt ans se joue dès maintenant. Plus de 40 % des décès par cancer pourraient être évités grâce à des changements de comportements. Avoir une activité sportive régulière, choisir son alimentation en privilégiant les fruits et légumes, diminuer sa consommation de sel… Ce sont ces réflexes qui permettent de réduire le risque de certains cancers. À l’inverse, le surpoids, la consommation excessive d’alcool ou le tabac l’augmentent. Nous voulons donc permettre à chacun de pouvoir faire les choix adéquats pour améliorer sa santé. Nous encourageons également la recherche pour développer de nouvelles approches préventives.

 

VOUS AVEZ ANNONCÉ QU’IL ÉTAIT QUESTION D’INSTAURER NOTAMMENT UN PARCOURS ÉDUCATIF EN SANTÉ, DÈS LE PLUS JEUNE ÂGE. COMMENT CELA SE TRADUIRA-T-IL ?
J’ai souhaité renforcer la prévention en milieu scolaire car, en matière de santé, tout se prépare dès le plus jeune âge. Dans le projet de loi de santé, je propose d’instaurer un parcours éducatif en santé, qui doit s’échelonner tout au long du parcours scolaire. Il s’agit de permettre à tous les enfants et adolescents d’apprendre à prendre soin d’eux et des autres, et d’éviter les conduites à risque. Concrètement, des actions de promotion de la santé seront mises en place avec le ministère de l’Éducation nationale dans tous les établissements d’enseignement, en lien avec les agences régionales de santé.

 

EN DEHORS DE LA LUTTE CONTRE L’IVRESSE MASSIVE ET RAPIDE (BINGE DRINKING), COMMENT ALLEZ-VOUS DONNER À LA LUTTE CONTRE LES DANGERS DE L’ALCOOL LE PLAN QUI S’IMPOSE ?
Le gouvernement a lancé, il y a plus d’un an, un plan de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Ce plan traduit notre volonté d’élargir la politique à l’ensemble de ces conduites, bien évidemment le tabac et l’alcool, mais également tous les autres produits addictifs (drogues, jeux, etc.). Il met l’accent sur la prévention, sur l’accompagnement pour aider au sevrage, en ciblant davantage les personnes les plus concernées.

 

LE 25 SEPTEMBRE DERNIER, VOUS AVEZ PRÉSENTÉ UN PROGRAMME NATIONAL DE RÉDUCTION DU TABAGISME (PNRT) ARTICULÉ AUTOUR DE TROIS AXES PRIORITAIRES : PROTÉGER LES JEUNES, AIDER LES FUMEURS À ARRÊTER ET AGIR SUR L’ÉCONOMIE DU TABAC. SUR CE DERNIER POINT, LA LIGUE A REVENDIQUÉ LA CRÉATION D’UN FONDS DÉDIÉ AUX ACTIONS DE LUTTE CONTRE LE TABAGISME SUR LE PRINCIPE DU « POLLUEUR-PAYEUR » OU POUR LE TABAC DU « TUEUR-PAYEUR », AVEC UN PRÉLÈVEMENT SUR LES BÉNÉFICES DE L’INDUSTRIE DU TABAC. COMMENT INSCRIVEZ-VOUS CETTE MESURE DANS VOTRE PLAN ?
En France, le tabac tue 200 personnes par jour, 73 000 chaque année. Et le nombre de fumeurs a recommencé à augmenter. J’ai lancé un plan ambitieux, dans le cadre du Plan cancer, pour que les enfants qui naissent aujourd’hui soient la première génération d’enfants non-fumeurs. Le programme de réduction du tabagisme repose sur une série de mesures coordonnées, volontaristes et innovantes. Il prévoit la création d’un fonds dédié aux actions de lutte contre le tabagisme pour mieux financer les campagnes de sensibilisation, la prévention en direction des jeunes et l’aide au sevrage. Je souhaite que l’industrie du tabac contribue activement au financement de ce fonds, selon des modalités qui sont en cours de discussion avec le ministère chargé des Finances.

 

NOUS AVONS PARLÉ DU TABAC ET DE L’ALCOOL. QUELS SONT LES AUTRES FACTEURS DE RISQUE QUI SERONT VOS PRIORITÉS ? AVEZ-VOUS IDENTIFIÉ DES PUBLICS PRIORITAIRES POUR LES FUTURS PROGRAMMES DE PRÉVENTION OU DE DÉPISTAGE DES CANCERS ? AVEC QUI ET COMMENT COMPTEZ-VOUS LES DÉPLOYER ?
La lutte contre le surpoids, l’obésité, font également partie de mes priorités. Il faut sensibiliser les jeunes sur les conséquences d’une alimentation déséquilibrée, mais aussi les adultes, face à l’épidémie de diabète de type 2 que nous connaissons en France. En matière de prévention et de dépistage, la lutte contre les inégalités de santé est mon combat de tous les instants. Comment accepter que des programmes de dépistage efficaces, comme le dépistage organisé du cancer du sein, ne profitent pas à tout le monde ? C’est d’abord aux personnes les plus éloignées du système de soins, celles qui rencontrent le plus de difficultés socio-économiques que je pense. Le frein n’est pas uniquement financier, puisque ces programmes proposent la gratuité. Il nous faut travailler différemment, dans l’ensemble des milieux de vie. C’est pourquoi la loi de santé propose plusieurs mesures pour améliorer la prévention en proximité, diversifier les intervenants, informer et sensibiliser dans tous les milieux de vie. Le médecin traitant est au cœur du dispositif de prévention, en lien avec les autres acteurs du système de soins. Nous comptons beaucoup sur la mobilisation des associations de patients pour mieux accompagner les malades et leurs proches.

 

DEUX MILLIONS DE PERSONNES VIVENT OU ONT VÉCU RÉCEMMENT AVEC UN CANCER. IL A ÉTÉ DÉMONTRÉ, NOTAMMENT PAR LA LIGUE, QUE LE CANCER PRÉCARISAIT SOCIALEMENT, ÉCONOMIQUEMENT ET PROFESSIONNELLEMENT, LES PERSONNES QUI EN ÉTAIENT VICTIMES. COMMENT VOYEZ-VOUS UNE LUTTE PLUS EFFICACE CONTRE CETTE DOUBLE PEINE ?
Aujourd’hui, près de trois millions de Français vivent avec ou après un cancer. Leur quotidien ne doit pas être différent de celui des autres. Trop d’entre eux subissent pourtant encore le risque d’une rupture professionnelle, d’une relation altérée avec les banques ou leur bailleur s’ils sont locataires… Atténuer les conséquences économiques du cancer est un impératif. Il s’agit d’améliorer les conditions d’accès aux revenus de remplacement, de réduire les restes à charge pour les patients et de faciliter l’accès à l’emprunt et à l’assurance.

 

COMMENT RENDRE EFFECTIF « LE DROIT À L’OUBLI » POUR LES ANCIENS MALADES ? IRIEZ-VOUS JUSQU’À DES CONTRAINTES POUR LES ASSUREURS OU LES RÉASSUREURS ?
Nous étudions les conditions pour instaurer un « droit à l’oubli », en lien avec les différentes parties prenantes. Il s’agirait de définir un délai au-delà duquel les demandeurs d’assurance qui ont eu un antécédent de cancer n’auraient plus à le déclarer. Cette mesure concerne en priorité les cancers pédiatriques et, avant la fin de l’année 2015, les autres cancers. Les travaux se fonderont sur les probabilités de survie, avec ou sans incapacité de guérison. Les discussions conventionnelles ont jusqu’à la fin de l’année 2015 pour aboutir. Au-delà, ces dispositions seront prises par voie législative.

 

VOUS AVEZ L’AMBITION DE FACILITER LA SANTÉ AU QUOTIDIEN ET DE DONNER À TOUS LES MÊMES CHANCES DE SE SOIGNER FACE AU CANCER. VOUS PROPOSEZ NOTAMMENT LA GÉNÉRALISATION DU TIERS PAYANT À TOUS LES ASSURÉS. À PARTIR DE QUELLE DATE CETTE GÉNÉRALISATION SERA EFFECTIVE ?
Nous savons que près d’un tiers des Français renoncent à se faire soigner, notamment à cause de l’avance des frais chez le médecin. J’ai souhaité simplifier le système de santé pour que chacun ait accès aux soins quand il en a besoin, et nous savons combien c’est important face au cancer. Les bénéficiaires de l’aide à l’acquisition d’une complémentaire santé (ACS) bénéficieront du tiers payant dès 2015. Et pour faciliter la vie de tous les Français au quotidien, le tiers payant sera généralisé d’ici 2017.

 

47 % DES PERSONNES ATTEINTES DE CANCER DÉCLARENT AVOIR SUBI DES RESTES À CHARGE DU FAIT DE LA MALADIE. ENVISAGEZ-VOUS D’AUTRES MESURES POUR LEVER CES OBSTACLES FINANCIERS ?
Les restes à charge, parfois significatifs, pèsent sur les moyens des personnes malades. Pour y faire face, le plan priorise un ensemble d’actions. Concernant le cancer du sein, nous réduirons les restes à charge en matière de reconstruction mammaire. De même, les coûts des prothèses capillaires sont aujourd’hui majoritairement supérieurs au montant du remboursement par l’assurance maladie. C’est pourquoi nous souhaitons revaloriser le tarif de remboursement. Enfin, les possibilités d’hébergement pour faciliter les prises en charge et l’accompagnement par les proches, notamment pour nos concitoyens d’outre-mer, seront accrues.

 

VOTRE PROJET DE LOI DE SANTÉ MET L’ACCENT SUR UNE VISION PLUS LARGE DE LA DÉMOCRATIE SANITAIRE, AVEC NOTAMMENT L’OBLIGATION D’UNE REPRÉSENTATION DES USAGERS DU SYSTÈME DE SANTÉ DANS TOUTES LES INSTANCES. COMMENT L’ENVISAGEZ-VOUS ?
La loi du 4 mars 2002 a permis d’instaurer une meilleure représentation des usagers. C’est cette loi qui a consacré la notion de droit des malades. J’ai souhaité renforcer ces droits en associant davantage les usagers à l’élaboration de la politique de santé. Le rôle des commissions des usagers sera élargi dans les établissements de santé pour donner un nouvel élan à la démocratie en santé dans les hôpitaux. L’implication des usagers a été renforcée dans les structures dédiées à la lutte contre le cancer, dans le champ des soins comme dans celui de la recherche. Des représentants des usagers sont membres des principales instances de l’Institut national du cancer (INCa). Les réseaux régionaux de cancérologie, qui coordonnent les prises en charge sur le terrain, et les cancéropôles, qui animent la recherche en région, sont également engagés dans cette démarche.

 

LA RECHERCHE CONTRE LE CANCER A BEAUCOUP AVANCÉ DEPUIS DIX ANS. C’EST L’UN DES PRINCIPAUX ACQUIS DES PLANS PRÉCÉDENTS. QUELLE PLACE ACCORDEZ-VOUS À LA RECHERCHE DANS VOTRE POLITIQUE DE SANTÉ ?
La politique que je mène vise à renforcer la contribution de la France aux progrès médicaux. Car il ne faut pas oublier que la recherche d’aujourd’hui donnera naissance aux soins de demain ! La France est un pays leader en matière de recherche médicale, comme en témoignent les nombreuses récompenses internationales décernées à des médecins français. J’ai mis en place des outils de simplification des procédures administratives, telles que la convention unique pour les recherches à promotion industrielle, pour réduire les délais nécessaires au démarrage d’un essai clinique. J’ai donné mon feu vert à la création de fondations hospitalières. Enfin, je mets en place des mesures visant à raccourcir les délais d’accès aux innovations pour les patients. Aujourd’hui, nous sommes extrêmement bien placés au niveau européen en matière d’essais précoces en cancérologie. Cette forte attractivité de la France permet à nos concitoyens d’être parmi les premiers au monde à bénéficier de nouveaux traitements. Demain, la médecine personnalisée sera la référence du traitement du cancer. Le gouvernement va donc lancer le séquençage à haut débit de l’ensemble des cancers. Cela permettra une vision complète du génome de chaque tumeur, pour offrir au patient des soins personnalisés ; de 10 000 tumeurs analysées en 2015, l’objectif est d’atteindre 60 000 en 2018.

 

DEPUIS TRÈS LONGTEMPS, IL EST QUESTION QUE LE MÉDECIN TRAITANT, LE MÉDECIN GÉNÉRALISTE JOUE UN RÔLE MAJEUR, VOIRE CENTRAL, DANS LA PRISE EN CHARGE DES MALADES ATTEINTS DE CANCER. QU’EN SERA-T-IL DEMAIN TRÈS CONCRÈTEMENT ?
L’évolution des traitements en cancérologie déporte de plus en plus la prise en charge des patients de l’hôpital vers la ville. On le voit avec le développement de la chirurgie ambulatoire, ou encore les chimiothérapies prises par voie orale à domicile. Il est prévu dans la loi de santé de structurer les soins de proximité avec des équipes pluriprofessionnelles. Elles interviendront en appui du médecin généraliste pour améliorer la prise en charge des pathologies graves et/ou chroniques. Nous allons aussi développer des outils de coordination et d’information partagés entre les patients, les professionnels hospitaliers et les professionnels de ville : le dossier communicant en cancérologie, le programme personnalisé de soins et le programme personnalisé de l’après-cancer. Enfin, nous devons permettre aux médecins généralistes de joindre facilement des référents hospitaliers en cas d’urgence grâce à une plateforme téléphonique.

 

QUELLE PLACE, DANS TOUTES VOS LOIS OU ACTIONS, ACCORDEZ-VOUS AUX PROCHES DES MALADES ?
Les proches des malades occupent une place importante dans nos actions, puisqu’ils doivent également vivre avec les conséquences de la maladie. Que les patients soient jeunes ou âgés, qu’ils soient atteints d’un cancer ou de la maladie d’Alzheimer, ils ont besoin d’être accompagnés. Des dispositifs ont été mis en place pour accompagner les proches aidants, dont font partie les aidants familiaux, notamment dans le cadre de l’éducation thérapeutique du patient. Des formations et des actions de soutien des aidants leur permettent d’acquérir les bonnes pratiques et les gestes de soins essentiels, afin d’être plus efficaces au quotidien. Des plateformes de répit existent pour proposer une pause aux aidants, également touchés physiquement et moralement par l’accompagnement de leurs proches.

 

L’ACCÈS AUX THÉRAPIES INNOVANTES A UN COÛT. C’EST LE CAS DU TRAITEMENT CONTRE L’HÉPATITE C (41 000 EUROS PAR PATIENT). EST-CE QUE VOUS POUVEZ GARANTIR L’ACCÈS À TOUS CES TRAITEMENTS ?
Ma volonté est de garantir l’accès à l’innovation à tous ceux qui en ont besoin. En matière de cancer, les traitements peuvent très vite atteindre des prix élevés. C’est pour cela que j’ai fait preuve de fermeté dans la discussion avec l’industrie pharmaceutique sur le traitement de l’hépatite C, parce que, au-delà de ce traitement, il y a la question des traitements à venir. Le prix du médicament Sovaldi, qui traite l’hépatite C, a été réduit. Il est, en France, le plus bas d’Europe. Nous devons rémunérer l’innovation au prix juste et, en même temps, garantir que le coût du traitement restera « supportable » par la Sécurité sociale. Nous devons faire en sorte que les espoirs formidables qui naissent de la recherche, de la science se traduisent concrètement dans des batailles gagnées contre la maladie.

 

EN FRANCE ET EN OUTRE-MER, IL EXISTE DES INÉGALITÉS TERRITORIALES TANT EN TERMES DE DÉMOGRAPHIE MÉDICALE QUE D’ACCÈS AUX DÉPISTAGES. VOUS AVIEZ ANNONCÉ DES MESURES DANS LES DÉPARTEMENTS D’OUTRE-MER. QU’EN EST-IL ?
L’égalité face à l’accès aux soins est pour moi une exigence. Nous devons renforcer et adapter les actions de prévention et de dépistage qui s’adressent à la population d’outre-mer ; je compte aussi sur la Ligue pour cela. Par exemple, il faut réduire les délais d’accès aux IRM, l’une des mesures phares du troisième Plan cancer. Lors de mon déplacement en Martinique et en Guadeloupe, j’ai dit mon attachement à améliorer les conditions d’accessibilité à des examens de TEP scan. Une mission IGAS sera engagée à cet effet dans les prochains jours.

 

TOUS LES ACTEURS DE LA LUTTE CONTRE LE CANCER, Y COMPRIS LA LIGUE, CONNAISSENT ENCORE DES DIFFICULTÉS POUR SENSIBILISER LES ENTREPRISES DANS LA LUTTE CONTRE LE CANCER. PARTAGEZVOUS CETTE ANALYSE ET AVEZ-VOUS QUELQUES IDÉES POUR Y REMÉDIER ?
Il y a deux enjeux différents. Le premier est celui du dépistage, des conditions de travail et de l’environnement professionnel. Les espaces de travail ne sont pas des lieux à part. Toutes les priorités de santé publique que je porte doivent pouvoir trouver un écho, sous une forme ou sous une autre, dans les milieux professionnels. Le second enjeu est celui de l’accompagnement des malades. Il y a une réalité qui demeure dans notre pays : on parle plus souvent du cancer dans la société en général, y compris dans les médias, mais, en même temps, être un malade ou un ancien malade en milieu professionnel reste difficile. Il faut marteler qu’on peut être malade, en traitement, et continuer à travailler lorsque la situation le permet. De même, une personne qui a interrompu sa « vie active » du fait de son cancer et du traitement doit pouvoir la réintégrer. Il y a de grandes différences entre les entreprises. Certaines sont mobilisées, d’autres moins, car elles ne savent pas comment traiter ce sujet, voire même comment l’évoquer avec le salarié. L’accompagnement des entreprises est l’un des enjeux majeurs du Plan cancer 3.

 

LA LIGUE, C’EST PRÈS DE 14 000 LIGUEURS ET 700 000 DONATEURS ET ADHÉRENTS. AVEZ-VOUS UN MESSAGE À LEUR FAIRE PASSER ?
La Ligue est un acteur du système de santé, un partenaire essentiel et privilégié pour le ministère. Nous avons besoin de son expérience, de sa connaissance de la maladie, de sa capacité à relayer les messages, comme par exemple attirer l’attention et alerter sur les facteurs de risque. 14 000 ligueurs, ce sont 14 000 relais et messagers d’espoirs du traitement, des taux de guérison qui s’améliorent, du maintien d’une vie sociale… Ce sont 14 000 lanceurs d’alertes et porteurs d’exigence.

 

LES LECTEURS DE VIVRE SONT SENSIBLES À L’EXPÉRIENCE PERSONNELLE. VOUS-MÊME, QUAND VOUS PENSEZ AU CANCER, CELA VOUS INSPIRE-T-IL DE LA PEUR ?
Ce n’est plus la ministre qui parle. Je suis une femme et, comme tous les Français, j’ai des proches qui ont été concernés. Mais c’est aussi l’espoir. Je suis tiraillée entre des sentiments contradictoires : l’inquiétude, la douleur et la reconnaissance pour le travail incroyable mené dans les services de lutte contre le cancer avec une expertise et un engagement exceptionnel. Il y aussi, au fond, en moi, la confiance dans la recherche et l’espoir qu’elle permette d’avancer toujours plus loin. C’est le message que je veux faire passer à ceux qui sont malades et à ceux qui les accompagnent. La mobilisation des pouvoirs publics – et c’est la ministre qui parle –, des équipes soignantes, des équipes de recherche, des associations de patients, constitue toujours une petite lumière dans ces situations difficiles.

 

POUR FINIR, QUELLE EST LA PENSÉE OU LA PHRASE QUE VOUS VOUS RÉPÉTEZ POUR RESTER OPTIMISTE ?
Je suis une optimiste. Je crois à la force de la volonté. J’oscille toujours entre le « be happy » et « demain sera un autre jour ». Ça permet d’avancer.

 

PHOTOS BRUNO LEVY
 

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