L’Université de Strasbourg ouvre ses portes aux malades

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Renouvelé en juin dernier, un partenariat entre l’Université de Strasbourg et le Comité du Bas-Rhin de la Ligue contre le cancer permet à des personnes touchées par le cancer d’être intégrées à l’unité d’enseignement Projet professionnel. Une initiative pleine d’avenir.
 

Parce que le cancer peut couper du monde professionnel, imposer un changement de trajectoire ou réveiller de nouvelles envies, le Comité du Bas-Rhin de la Ligue contre le cancer a eu l’idée, dès 2009, d’aider les malades à réfléchir à leur avenir professionnel. C’est ainsi qu’une convention avec l’Université de Strasbourg a pu voir le jour. L’objectif : encadrer l’accueil de personnes touchées par la maladie – encore en traitement ou non – au sein de l’unité d’enseignement (UE) Projet professionnel. « Avoir un cancer n’empêche pas d’avoir des rêves, explique Josette Saulnier-Cazals, psychologue, créatrice et coordinatrice de cette initiative pour le Comité du Bas-Rhin. L’idée est d’ouvrir des portes aux malades, de leur donner une méthode pour réfléchir et se confronter à leur projet professionnel afin qu’ils puissent, en quelque sorte, réintégrer la vie active. » Des étudiants (presque) comme les autres Recrutées par la Ligue, les personnes qui intègrent ce dispositif sont mêlées aux autres étudiants de première année de licence. Elles bénéficient d’un statut d’auditeur particulier, qui les autorise à intégrer l’UE sans suivre un cursus complet. « Nous avons fait le choix d’ouvrir nos critères de recrutement à des candidats de tous âges et qui ne sont pas forcément titulaires du baccalauréat », précise Isabelle Fornasieri, maître de conférences et pilote de l’UE Projet professionnel à l’Université de Strasbourg. Au programme : cinq séances de deux heures, encadrées par des enseignants, guident les étudiants dans un travail de recherche autour du projet de leur choix. Un temps hors de la maladie Parenthèse pour réfléchir à soi et retrouver une vie sociale souvent mise de côté pendant la maladie, le retour à l’université est aussi l’occasion de renouer avec un cadre, des horaires. « Les personnes recrutées via ce dispositif témoignent d’une forme d’énergie, de courage, qui profite à tous les autres étudiants et les motive », se félicite Nathalie Hillenweck, vice-présidente de l’Université de Strasbourg, déléguée à l’insertion professionnelle. Bénéfique pour les malades, cette initiative profite à tous.  
 

« Quand on est étudiant, on n’a pas vraiment le temps d’affiner son projet professionnel. »
CHARLOTTE BRUCK, a suivi l’UE Projet professionnel en 2013, aujourd’hui assistante de direction dans l’audiovisuel
C’est ma mère qui m’a parlé de l’UE Projet professionnel. Elle avait lu un article sur ce sujet dans la presse locale. Après un traitement lourd et une double mastectomie, j’avais besoin de sortir de la maladie et de rencontrer des gens. Le parcours proposé par l’Université de Strasbourg est bien tombé. J’ai un diplôme en management international, mais mon rêve a toujours été d’ouvrir une boutique dans l’univers de la mode et de la décoration. Grâce à cette unité d’enseignement, j’ai pu confronter ce désir à la réalité, interviewer des acteurs du milieu et enquêter en bibliothèque. J’ai choisi de ne pas être notée pour avancer à mon rythme, et ce travail m’a permis de me rendre compte qu’une boutique demande beaucoup d’énergie et présente de nombreuses contraintes. Si je suis encore fatiguée par la maladie, je garde ce projet en tête pour plus tard.  
 

« Mêlée à d’autres étudiants, je me suis sentie vraiment du côté de la vie. »
ARMELLE FOUDA, a suivi l’UE Projet professionnel en 2010, aujourd’hui aide-soignante
Quand la Ligue contre le cancer m’a proposé de tester l’UE Projet professionnel, je passais mon bac, un an après ma rémission. J’étais intéressée par des études de théologie dans l’objectif de devenir professeur de religion. J’ai donc travaillé sur ce projet à l’Université de Strasbourg, où j’ai notamment pu rencontrer plusieurs personnes exerçant dans ce domaine. L’UE Projet professionnel m’a ouvert des portes et m’a donné envie de faire des recherches plus approfondies. Ce travail m’a finalement permis de comprendre ce que je souhaitais avant tout transmettre et recevoir des autres. Je me suis sentie attirée par la proximité, l’aide aux personnes. C’est ainsi que j’ai finalement choisi de me diriger vers les métiers de la santé. Après mon bac, j’ai réussi le concours d’aide-soignante. Et mon projet ne s’arrête pas là, je voudrais maintenant devenir infirmière…  
 

« Je me suis rendu compte qu’il était difficile de changer de parcours professionnel. »
MICKAEL CHARPENTIER, a suivi l’UE Projet professionnel en 2014, aujourd’hui ingénieur
Quand j’ai eu mon cancer, à 27 ans, j’étais ingénieur dans une entreprise depuis cinq ans. Tout en prévoyant de réintégrer ce poste après mon traitement, je me posais beaucoup de questions sur mes véritables envies professionnelles. Alors, quand la Ligue m’a parlé de l’UE Projet professionnel, j’ai tout de suite été intéressé. Au fil des sessions de travail, j’ai adoré me retrouver dans la peau d’un étudiant, disposé à s’interroger sur son avenir, sans pression. J’ai choisi de creuser la thématique « environnement », le domaine dans lequel je m’étais initialement formé. Même si je suis finalement retourné dans mon entreprise après avoir suivi le cursus, cette expérience m’a permis de rompre l’isolement et la peur du regard extérieur que la maladie avait installée en moi. Je me suis également rendu compte que je pouvais apporter des choses aux jeunes étudiants de mon groupe.
 

Après les avoir recrutés, la Ligue, tenant compte, chemin faisant, des suggestions des participants, les reçoit à mi-parcours. « Même s’ils sont enthousiastes, ils se sentent parfois différents des autres étudiants, explique Josette Saulnier-Cazals, psychologue à la Ligue. C’est pourquoi le service actions pour les malades du Comité du Bas-Rhin les encourage dans leur démarche et les suit jusqu’au bout. » De gauche à droite sur la photo : Sandrine Haettel, conseillère, Josette Saulnier-Cazals, psychologue, et Hélène Steiner, assistante sociale et coordinatrice du service.
 

Après une première séance de présentation, les étudiants suivent quatre séances de travaux dirigés. Rassemblés par petits groupes, ils préparent et réalisent également des entretiens avec des professionnels du secteur qui les intéresse. Vient enfin le temps d’une restitution écrite, puis orale de leur travail.

 

 

Les enseignants les accompagnent et leur donnent une méthodologie pour trouver leur projet professionnel, qu’ils choisissent chacun librement. De gauche à droite : Isabelle Fornasieri, pilote de l’UE Projet pro, Yvette Duret, responsable Projet pro en psychologie, Josette Saulnier-Cazals, psychologue à la Ligue 67, et Marc de Tapia, responsable Projet pro en sciences de la vie.  

 

 

« Accueillir un public ayant fait l’expérience de la maladie relève parfaitement des responsabilités de l’université et de sa vocation humaniste en lien avec la société civile », explique Michel Deneken, premier viceprésident, président formation continue et initiale de l’Université de Strasbourg.

 

 

Comme Armelle et Charlotte, une dizaine de personnes ayant subi un cancer ont pu intégrer l’UE Projet professionnel. D’âges et de parcours différents, ils n’ont pas forcément changé de métier ou de secteur à l’issue de leur parcours. Néanmoins, tous ont pu finaliser une réflexion sur leur choix de vie professionnelle en confrontant leurs idées à la réalité.  

 

 

COMMENT S’INSCRIRE ?
Contactez le Comité du Bas-Rhin de la Ligue contre le cancer basé à Strasbourg : Sandrine Haettel, service aide aux malades, sandrine.haettel@ligue-cancer.net, 03 88 24 71 86. Josette Saulnier-Cazals vous recevra pour faire le point sur vos motivations.
Ensuite, vous rencontrerez Isabelle Fornasieri, à l’Université de Strasbourg, qui vous présentera l’unité d’enseignement Projet professionnel et vérifiera qu’elle répond bien à vos attentes.
Vous n’aurez plus qu’à remplir un formulaire d’inscription, fournir une photo et la Ligue contre le cancer prendra en charge vos frais d’inscription. Deux sessions par an sont organisées : de mi-septembre à mi-décembre et de février à avril. En fonction de votre date d’inscription, vous suivrez l’une ou l’autre.  

 

PHOTOS BRUNO LEVY

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