L’éducation à la santé : être en forme, ça s’apprend !

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Corps enseignant, médecine scolaire et médecine de ville, associations, familles : l’éducation à la santé des enfants concerne tout le monde. Dans ce vaste projet, quel est le rôle de chacun ?

« Il faut tout un village pour élever un enfant. » En matière d’éducation à la santé, la réalité ne dément pas ce proverbe africain. Et c’est au plus jeune âge que tout se joue. « Les représentations que l’on se fait de la santé se formalisent dès l’enfance, assure Emmanuel Ricard, délégué au service prévention et promotion du dépistage à la Ligue contre le cancer. Au-delà d’une approche hygiéniste et purement curative, l’éducation à la santé doit parler de liberté, pour notamment donner à un jeune les moyens de refuser la première cigarette qui lui sera proposée. Ce travail doit être amorcé auprès des plus petits par tous les adultes, dans une logique de complémentarité des actions de prévention. » Si les familles jouent un rôle essentiel dans cette entreprise, c’est bien l’école, épaulée par les associations, qui peut contribuer à offrir aux enfants, quelle que soit leur origine sociale et culturelle, les outils pour prendre leur santé en main et de ne pas nuire à celle des autres. « En développant une prévention réellement efficace et adaptée à chaque contexte, à chaque public, nous pouvons contribuer à réduire les inégalités de santé, c’est d’ailleurs l’ambition du Plan cancer 3 », ajoute Emmanuel Ricard.

L’école en première ligne

« Dès sa création, l’école de Jules Ferry s’est donné pour mission d’apprendre à lire et à compter aux enfants de la République, mais elle avait aussi vocation à lutter contre des fléaux tels que les problèmes d’hygiène ou d’alcoolisme, raconte Didier Jourdan, directeur de l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) de Clermont-Auvergne. La santé a toujours été abordée à l’école. » Aujourd’hui, l’éducation à la santé est intégrée dans les programmes dès l’école primaire, et c’est à chaque école, collège et lycée de définir ses actions en termes d’éducation à la santé et à la citoyenneté. Un champ d’intervention qui comprend l’éducation nutritionnelle, l’éducation à la sexualité et la prévention des conduites addictives. « Cette démarche s’inscrit dans celle de l’éducation à la citoyenneté et nécessite une transmission adaptée à chaque âge, explique Didier Jourdan. Concrètement, on apprend au tout-petit à ne pas mettre les doigts dans la prise. Ensuite, nous travaillons avec l’enfant à la construction du schéma corporel pour mettre après des mots sur les risques. » Plus qu’une transmission des connaissances du maître à l’élève, l’éducation à la santé passe aujourd’hui par l’écoute, le dialogue, mais aussi la mise en place d’actions favorisant le bien-être à l’école. « Sur la thématique de la santé, le cours théorique ne fonctionne pas auprès des plus jeunes, analyse Anaïs Hua, institutrice en CM2 à l’école Sainte-Marie, à Paris. Dans ma classe, je préfère appréhender la santé par la pratique, en imposant notamment des règles de vie : ne pas laisser de papier par terre, rincer l’évier, se changer après le sport… Mais la santé ne se résume pas à l’hygiène. C’est pourquoi j’encourage quotidiennement mes élèves à avoir confiance en eux, ce qui est, à mon avis, ma mission première. »

L’infirmerie scolaire, un lieu d’écoute privilégié

Aux côtés de l’équipe enseignante, la médecine scolaire, outre les soins qu’elle prodigue aux élèves, peut également jouer un très grand rôle dans l’éducation à la santé pendant ses heures de présence dans l’établissement. Au lycée Galilée, à Cergy-Pontoise (95), la porte de l’infirmerie, tenue par Martine Savary, est toujours ouverte. « Les élèves viennent me voir parce qu’ils n’ont pas mangé le matin, parce qu’ils sont fatigués ou pour un petit bobo. C’est toujours une occasion de discuter, de leur glisser quelques conseils pour mieux dormir, de parler contraception, ou, pour les filles, de délivrer la pilule du lendemain. J’essaie de nouer un lien avec eux, mais aussi avec les parents, à qui je parle sous le contrôle des jeunes », raconte l’infirmière. Après quelques années de présence dans l’établissement nourries par un dialogue constant avec les lycéens, Martine Savary est plutôt satisfaite des avancées obtenues. « Je n’enregistre plus aucune demande d’interruption volontaire de grossesse (IVG), alors qu’il pouvait y en avoir cinq ou six par an quand je suis arrivée », se félicite-t-elle. Et si la médecine scolaire justifie chaque jour la nécessité de sa présence, elle est toujours renforcée par l’action coordonnée avec les professeurs. « La santé doit être considérée dans sa globalité et je rencontre parfois quelques difficultés à faire comprendre aux enseignants que le climat scolaire et le regard porté sur les élèves jouent sur la santé de ces derniers, explique Martine Savary. Nous devons essayer de travailler en symbiose avec les professeurs, notamment pour que je puisse intervenir dans leur classe et me faire connaître des élèves, parler d’éducation sexuelle, etc. Les associations, comme les compagnies de théâtre qui œuvrent pour la prévention des conduites à risque, peuvent également nous apporter une aide précieuse, mais il est difficile de débloquer des financements pour les faire venir. »

Le monde associatif, lien entre l’école et la maison

Fidèle à sa mission de prévention et d’éducation à la santé, une association comme la Ligue contre le cancer intervient gratuitement dans les écoles, collèges et lycées de France. Ses bénévoles, solidement formés, bénéficient d’un parcours complet qui les amène progressivement, par le biais du tutorat, à prendre en charge une classe pour parler avec les élèves du tabac, de l’alimentation, de l’estime de soi, via un discours et des outils adaptés à chaque âge. Pour tous, la Ligue fait le choix d’une prévention bienveillante, à visée citoyenne. Au-delà de ces interventions, l’association soutient le personnel de l’Éducation nationale. « Nous formons notamment des infirmières scolaires pour les aider à encourager les élèves à arrêter de fumer, précise Lydie Carduner, coordinatrice du Comité de la Ligue contre le cancer des Côtes-d’Armor (22). Nous tissons également des liens avec les enseignants dans le cadre d’un travail sur plusieurs séances. Nous leur donnons les moyens de travailler avec les élèves entre deux interventions, afin de réaliser un travail de prévention sur le long terme. »

En ville, le médecin de famille soigne toujours, prévient parfois

« Si elle reste imparfaite, l’éducation à la santé a réussi à s’organiser, se structurer et devenir lisible pour ses principaux acteurs, mais rien ne se fera, en matière de prévention, sans les parents », prévient Didier Jourdan. Pour toucher les familles et aller au-delà des savoirs que l’école et les associations parviennent à faire entrer à la maison par l’intermédiaire des enfants, le médecin de ville joue un rôle crucial, mais parfois difficile à assumer. « Comme nous disposons d’un temps de plus en plus réduit pour mener nos consultations, surtout dans les régions désertées par les médecins, il est compliqué d’assurer une prévention de qualité, analyse le docteur Tartarat-Chapitre, médecin généraliste à Oyonnax (01). Mais la proximité avec les familles nous permet de connaître les antécédents des patients et de les sensibiliser aux risques auxquels ils sont le plus exposés. Aussi, je m’adresse souvent aux enfants pour faire passer des messages à leurs parents, notamment en matière d’alimentation, car ils me prennent au sérieux. » Annoncée comme une priorité par le ministère des Affaires sociales et de la Santé et par celui de l’Éducation nationale, la lutte contre les inégalités sociales dans ce domaine devrait prochainement faire l’objet de nouvelles mesures, comportant notamment un parcours éducatif de santé. Espérons que cette démarche favorise la coordination des acteurs, levier indispensable pour une éducation à la santé égalitaire et qualitative. 

 

ÉCLAIRAGES

MARIANNE LENOIR, médecin scolaire à Mâcon (71)

« Pour éduquer à la santé, il faut s’adapter à l’enfant et à son environnement. » 

 

À l’école, l’éducation à la santé relève d’un travail pluridisciplinaire, mêlant le service de santé avec le personnel de l’établissement et les enseignants. Cela permet de réaliser un état des lieux des besoins de chaque site, ce qui est l’une des missions du médecin scolaire. D’autre part, la prévention doit être réalisée en direction des enfants, mais aussi de leurs parents, dans une démarche éthique qui ne disqualifie pas l’éducation ou les habitudes des familles. Il faut aussi s’adapter à l’enfant lui-même. C’est pourquoi je demande toujours à un jeune en surpoids s’il se sent bien dans son corps. En cas de réponse positive de sa part, je passe à autre chose. Face à des jeunes qui fument, pas question de les culpabiliser ou de leur faire peur avec les dangers du tabac, j’interviens uniquement s’ils expriment le projet d’arrêter. 

 

ANAÏS HUA, institutrice en CM2 à l’école Sainte-Marie (Paris, 18e)

« L’éducation à la santé commence par le respect de l’enfant. »

 

Dans ma classe, j’essaie de travailler sur les intelligences multiples. Il s’agit d’intégrer le fait que chaque enfant acquiert des connaissances par différents biais. Certains développent une intelligence visuelle, d’autres une intelligence émotionnelle, d’autres encore sont à l’aise avec l’oral. J’essaie donc de faire passer les apprentissages de diverses façons pour permettre à chaque enfant de s’y retrouver. C’est ainsi que j’enseigne la géométrie par la danse ou encore l’écriture par l’improvisation. Je suis convaincue que les élèves se sentent alors mieux reconnus dans leur identité et que cela contribue à leur donner confiance en eux. 

 

 

Interview

LYDIE CARDUNER, coordinatrice du Comité de la Ligue contre le cancer des Côtes-d’Armor (22)

« En classe, notre objectif est de faire réfléchir et d’apporter des connaissances par l’échange et le jeu. »

 

Quels sujets abordez-vous dans les écoles ?

Nous proposons deux programmes à destination des écoles et collèges. Le premier porte sur la prévention des conduites addictives : le tabac, le cannabis et l’alcool. Le second aborde la santé en général et s’intitule « Bien dans sa tête, bien dans son corps ». Il s’agit d’évoquer tout ce qui touche à la bonne santé physique – le sommeil, l’alimentation, l’activité physique, l’hygiène… –, mais aussi mentale. Nous parlons alors de l’estime de soi et des compétences psychosociales.

Comment prenez-vous en compte l’âge des enfants ?

À tous les âges, l’écoute et le dialogue priment, et nous évitons toute stigmatisation ou prévention par la peur. Des outils adaptés nous permettent d’ajuster nos méthodes en fonction de l’âge des enfants. Par exemple, nous utilisons beaucoup les contes avec les élèves de maternelle pour créer une distanciation par rapport à leur histoire. C’est important, car l’utilisation du « je » n’est pas évidente à ces âges-là. Nous partons d’un personnage pour aboutir à des questions du type « Que fait-on quand ça va mal ? ». En primaire et au collège, nous pouvons travailler sur la représentation qu’ont les jeunes du tabac, puis leur apporter des connaissances sur le sujet via des outils ludiques (quiz, images…). Au lycée, de nombreux élèves fument déjà et nous leur donnons des outils pour arrêter : anticiper les situations à risque, se faire aider…

Comment se déroule une séance ?

Chaque atelier dure une à deux heures et l’ambiance est souvent très bonne. Tout commence par l’énoncé et l’approbation par un vote à main levée des règles du dialogue : dire « je », ne pas se moquer… Ensuite, nous ouvrons la parole, nous formalisons les points de vue de chacun, nous rétablissons les idées fausses et confortons les idées vraies. La plupart du temps, les échanges sont très vivants, les enfants posent des questions sur l’alimentation, le prix du tabac, l’environnement… Certains évoquent parfois l’histoire d’un proche touché par le cancer. À la fin, ils peuvent conserver les fiches sur lesquelles nous avons travaillé.  

 

Clap’santé, le magazine des 9-13 ans

Tous les trois mois, Clap’santé traite une thématique liée à la santé : le sommeil, l’activité physique, le vivre ensemble… « Nous abordons ces questions de façon ludique, avec l’ambition d’encourager le lecteur à mener une réflexion globale sur le mieux-être dans notre société, explique Chloé Lebeau, rédactrice en chef. L’idée est d’aider les jeunes à mesurer l’incidence de leur comportement sur leur santé et celles des autres. » Dessins humoristiques, reportages, tests… : Clap’santé est un journal sérieux qui ne se prend pas au sérieux. Téléchargeable sur le site de la Ligue contre le cancer : www.ligue-cancer.net, il est disponible gratuitement par abonnement auprès des Comités départementaux de la Ligue.

 

Profedus : un outil de formation pour le corps enseignant

Créé au sein de l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ESPE) de Clermont-Auvergne, Profedus donne les clés d’une bonne éducation à la santé, adaptées à chaque âge. Composé d’un livre et de fiches pratiques, cet outil est le fruit du travail de 184 intervenants – enseignants, mais aussi associations. Si l’objectif premier consiste à « former les formateurs des enseignants », ce dispositif complet et pratique s’adresse tout autant aux enseignants – actuels et futurs –, aux inspecteurs, médecins scolaires… 

 

 

Photo A. Hua : © Studio Jean Pipol

Illustrations Ilya Green 

 

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