Un test sanguin pour prévenir les séquelles de la radiothérapie

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Une analyse de sang permet désormais de prédire le risque de séquelles des patientes traitées par radiothérapie pour un cancer du sein. Ce test mis au point par des chercheurs montpelliérains (Institut de recherche en cancérologie de Montpellier) constitue une avancée majeure, car il permet de proposer des stratégies de radiothérapie personnalisées en adaptant la dose de radiation et la technique mise en œuvre.

par Corinne Drault

 

La radiothérapie est l’une des principales composantes de l’arsenal thérapeutique dont on dispose pour traiter le cancer du sein. Elle constitue, par exemple, une étape incontournable du protocole de soins appliqué après une chirurgie conservatrice. Cette technique se fonde sur l’utilisation de rayonnements de haute énergie pour détruire les cellules cancéreuses. Malgré la précision des protocoles aujourd’hui mis en œuvre, les rayons peuvent blesser les tissus avoisinant la zone à traiter, entraînant parfois des séquelles après la radiothérapie. Chez les patientes soignées pour un cancer du sein, les séquelles de radiothérapie les plus fréquentes sont des atteintes cutanées de type fibrose qui peuvent provoquer une rétraction du sein au niveau de la zone traitée. Plus rarement, les rayons ionisants induisent une nécrose chez les patientes les plus radiosensibles.

Une simple prise de sang

Pour déterminer si une patiente est radiosensible et lui proposer, le cas échéant, une alternative, un test a été mis au point par le Pr David Azria, oncologue radiothérapeute et responsable du pôle de radiothérapie oncologique de l’Institut du cancer de Montpellier (ICM), en collaboration avec des collègues chercheurs de l’université de Montpellier. Une première mondiale  ! « Il suffit d’effectuer une simple prise de sang et d’envoyer le prélèvement à un laboratoire », rapporte le Pr Azria. « Le prélèvement sera soumis à un rayonnement ex vivo. On évaluera ensuite comment certaines cellules du sang – dites “ lymphocytes CD8 ” –, réagissent aux radiations. De fait, le taux de mortalité de ces cellules (ou taux d’apoptose radio-induite lymphocytaire) est un indicateur du risque de toxicité à long terme de l’irradiation », poursuit l’oncologue. Et de préciser : « Les femmes ayant un taux élevé d’apoptose gardent un taux de fibrose mammaire très faible, et ce, même des années après le traitement. Inversement, les femmes ayant un taux bas d’apoptose des lymphocytes peuvent présenter une fibrose élevée. » Le taux d’apoptose radio-induite (ARI) ne peut cependant être utilisé seul pour évaluer le risque de fibrose encouru par une patiente suite à la radiothérapie. Il doit être associé à d’autres facteurs de risque. Pour ce faire, les chercheurs ont développé un logiciel qui a fait l’objet d’un dépôt de brevet d’invention par l’université de Montpellier et l’ICM. Cet outil numérique intègre le résultat de l’analyse sanguine à l’ensemble des autres paramètres pertinents pour calculer un risque global de séquelles à long terme après radiothérapie. Le résultat est ensuite communiqué en moins de 36 heures au radiothérapeute et à sa patiente.

Personnalisation de la radiothérapie

Très concrètement, « nos travaux ont montré que 75 % des patientes dépistées présentent un taux d’apoptose radio-induite supérieur à 16 %, ce qui permet d’affirmer avec une exactitude de plus de 90 % qu’elles ne développeront pas de séquelles tardives. C’est un résultat fondamental, car, pour ces femmes, la radiothérapie pourra être réalisée sereinement, explique le Pr David Azria. De plus, on pourra envisager d’optimiser la prise en charge en augmentant de manière localisée la dose totale de radiation, afin de réduire les risques de récidive ». Les 15 % restants sont des patientes considérées à risque de séquelles à long terme. « Ces femmes pourront alors avoir une discussion personnalisée avec leur oncologue radiothérapeute sur l’attitude thérapeutique à adopter. En fonction du risque de récidive, une réduction du volume d’irradiation pourra être envisagée, ainsi que l’adoption d’une nouvelle technique, la radiothérapie conformationnelle avec modulation d’intensité, qui permet de réduire les doses délivrées sur le tissu sain », ajoute-t-il. Ainsi le test de radiosensibilité ouvre pour la première fois des perspectives de radiothérapie « à la carte ». Il permettra au praticien et à son patient de disposer d’éléments rationnels pour décider ensemble des options thérapeutiques les plus appropriées.

En pratique quotidienne…

Une étude multicentrique, démarrée en juin 2006 et comportant deux volets, a permis de confirmer l’intérêt clinique de ce test. « Les résultats de l’étude multicentrique que nous avons menée auprès de 500 patientes ont d’ores et déjà fourni un niveau de preuve scientifique suffisant pour un passage du test en routine clinique », explique le Pr David Azria. Opérationnel et proposé à titre expérimental par le centre de radiothérapie de Montpellier (centre du Val d’Aurelle, 34), le test est maintenant en phase de valorisation pour qu’un panel de patientes plus important puisse en profiter. « Nous essayons également de le faire entrer dans la nomenclature des actes de biologie médicale (NABM) pour son remboursement », poursuit-il.

… et pour d’autres cancers

Le potentiel de ce test n’est pas limité au cancer du sein. En effet, le second volet de l’étude multicentrique dirigée par le Pr David Azria a évalué l’intérêt de cet outil dans le cadre du traitement radiothérapeutique du cancer de la prostate. De plus, une étude de validation internationale, bénéficiant d’un financement de l’Union européenne, est aujourd’hui en cours. Dénommée « REQUITE », cette étude s’appuie sur une évaluation du test dans neuf centres, en France, Belgique, Italie, Allemagne, Angleterre, Espagne et aux États-Unis, auprès de 5  000 patients soignés pour des cancers du sein, mais également des cancers de la prostate et du poumon.

 

DES TRAVAUX DE RECHERCHE CLINIQUE RECOMPENSES

Le Pr David Azria a reçu en octobre 2015 le Translational Science Abstract Award. Ce prix, décerné par l’Association américaine de radiothérapie oncologique, récompense chaque année un médecin chercheur pour ses travaux dans le domaisne de la biologie appliquée aux rayonnements ionisants. Le Pr Azria voit ainsi primées ses recherches sur la mise au point du test de radiosensibilité, qui ont débuté il y a vingt ans avec les Prs Mahmut Ozsahin et Nigel Crompton de l’université de Lausanne, les premiers à l’époque à avoir lancé l’idée d’un test sanguin rapide pour déceler les personnes à risque de séquelles.

 

EFFETS SECONDAIRES, QUELS RISQUES ?

Si la précision des techniques de radiothérapie s’est considérablement accrue au cours des dernières décennies, les risques d’effets secondaires restent une réalité. Ils dépendent principalement de l’étendue et de la configuration de la zone à traiter, ainsi que de la dose totale de rayonnement et du mode d’administration. En France, environ 200 000 patients sont traités par radiothérapie pour soigner un cancer. On estime que 5 à 7 % d’entre eux présentent des séquelles.

 

 

 

 

 

 

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