Sébastien, psychosexologue, accompagne les malades, seuls ou en couple.

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Sébastien Landry est psychosexologue, spécialisé en oncosexologie. Il propose notamment des consultations au sein des Comités de la Ligue contre le cancer de la Sarthe (Le Mans) et du Maine-et-Loire (Angers). Il accompagne des malades et anciens malades, seuls ou en couple.

Propos recueillis par CHLOÉ DUSSÈRE – PHOTO BRUNO LEVY

Après un cancer, les malades et leurs conjoints souhaitent que tout redevienne rapidement comme avant, y compris sur le plan de la sexualité. Or, le cancer et ses traitements entraînent très souvent des dysfonctionnements sexuels qui peuvent perdurer plusieurs mois après la fin des soins. On sait maintenant que 40 % des effets secondaires du cancer, toutes localisations confondues, concernent la sexualité. Aucun malade, même atteint d’un cancer gynécologique ou prostatique, n’est préparé à cela, car, en France, les médecins ne sont pas spécialement formés pour parler de sexualité et peuvent être mal à l’aise pour le faire. Un véritable tabou persiste et, si le patient n’évoque pas lui-même les difficultés qu’il rencontre à retrouver une sexualité satisfaisante, son médecin ne lui en parlera pas spontanément. Certains spécialistes ont aussi le sentiment de parler de sexualité, alors qu’ils évoquent simplement des questions de procréation, ce qui est très différent. Dans ma région, les médecins commencent à avoir le réflexe de m’adresser les patients qui prennent la parole sur ce sujet. C’est déjà un premier pas !

 

À la Ligue, je reçois des malades et anciens malades.
Ils peuvent choisir de venir seuls ou accompagnés. La plupart du temps, les femmes consultent pour une baisse de libido ou une sécheresse vaginale liée aux traitements. Les hommes, eux, souffrent le plus souvent de troubles érectiles. Je prends le temps de les écouter et nos échanges durent généralement près d’une heure. Je les rassure immédiatement : ce qui leur arrive est une conséquence normale du cancer et des traitements. Je leur précise aussi qu’il existe des solutions en dehors des recours médicamenteux. Si le couple avait une sexualité satisfaisante avant la maladie, mon rôle consiste principalement à les informer des moyens existants pour en retrouver une satisfaisante. Il s’agit souvent de commencer par prendre conscience qu’une sexualité peut exister sans pénétration.

 

Mais parfois, le cancer n’est pas la cause des dysfonctionnements et la maladie ne fait que révéler une sexualité qui n’était déjà pas épanouie avant. Dans ce cas, nous entreprenons un travail de plusieurs mois, fondé sur une thérapie comportementale, avec des exercices que le patient réalise chez lui. C’est important, car les freins sont le plus souvent psychologiques, et très rarement physiques. Il faut alors se pencher sur l’imaginaire et identifier ce qui donne du plaisir, ou pas.

 

«En retrouvant ma libido, je me sens plus fort pour affronter les traitements.»

JACQUES, 69 ans

Après un cancer de la prostate et une prostatectomie, mon oncologue m’a simplement fait comprendre que je devais oublier ma libido. Sur le coup, cela m’a atterré. J’ai mis le sujet de côté, et puis, quand mon cancer a récidivé, on m’a conseillé de rencontrer les équipes de la Ligue. Là-bas, j’ai pu échanger avec un psychologue, un sophrologue et… un sexologue. J’ai accepté, car je ne voulais pas continuer à faire endurer cette situation à ma femme. J’ai alors rencontré le psychosexologue Sébastien Landry et j’ai ressenti un bien-être immédiat. Il m’a tout de suite mis à l’aise et rassuré ; pour lui, il n’y avait pas de fatalité et il allait m’aider à retrouver ma libido. Lors de nos entrevues, j’ai toujours pu parler librement et, il y a quelques jours, ma libido est revenue. Je me retrouve enfin et, même si je sais que mes traitements à venir – tant la chimiothérapie que l’hormonothérapie – risquent de m’affaiblir, j’ai envie de me battre contre la maladie et pour mon couple.

 

«Les consultations avec un sexologue redonnent une vraie lueur despoir dans ce très difficile parcours.»

MARIE, la femme de Jacques

Avec la chimiothérapie, Jacques, mon mari n’avait plus de désir et je m’en rendais bien compte. Mais comme j’étais très préoccupée par sa maladie et que, malgré tout, la tendresse était toujours là entre nous, notre vie sexuelle n’était pas ma priorité.
L’oncologue nous avait d’ailleurs fait comprendre, sans ménagement, que nous pouvions faire une croix sur la libido. Et puis Jacques a ren­contré Sébastien Landry, sexologue, qui a su, en toute bienveillance, lui redonner du courage et lui remonter le moral. Après quelques consultations, nous avons pu reprendre une activité sexuelle et j’en suis heureuse, car je n’osais l’envisager dans cette phase de maladie alors qu’il était en grand déficit d’énergie. Pour moi, ces consultations nous redonnent une vraie lueur d’espoir dans ce très difficile parcours.

 

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