Cancer de la prostate, pourquoi est-il plus agressif chez les obèses ?

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Des chercheurs toulousains ont décrypté le mécanisme biologique expliquant pourquoi le cancer de la prostate est plus agressif chez les personnes obèses. En cas d’obésité, le tissu graisseux qui entoure la prostate facilite la dissémination des cellules cancéreuses vers le reste du corps. L’équipe responsable de ces résultats(1), qui ouvrent des perspectives thérapeutiques prometteuses, a bénéficié d’une subvention de recherche attribuée par les Comités départementaux de la Ligue contre le cancer de la région Midi-Pyrénées.

 

par CORINNE DRAULT

 

Dès le début des années 2000, plusieurs études épidémiologiques ont montré que l’obésité augmente les risques de survenue de différents cancers : cancer du sein (post-ménopausique), du côlon, de l’œsophage et de l’utérus. Selon une vaste étude américaine datant de 2003, 15 % des cancers chez l’homme et 20 % des cancers chez la femme pourraient être attribués à l’obésité. Plus récemment, d’autres études ont révélé que l’obésité peut aggraver le pronostic de certains cancers(2). Un phénomène observé dans les cancers du sein et de la prostate, mais dont les mécanismes biologiques sous-jacents restaient inexpliqués. Des chercheurs de l’Institut de pharmacologie et de biologie structurale de Toulouse (CNRS/Université Paul Sabatier) ont récemment obtenu des résultats qui lèvent le voile sur ces mécanismes.

 

Décryptage

La prostate est entourée d’un dépôt graisseux – tissu adipeux périprostatique –, constitué de cellules appelées « adipocytes ». Lorsque la maladie progresse, les cellules cancéreuses infiltrent ce tissu adipeux. C’est une étape cruciale dans l’évolution de la maladie, car les cellules cancéreuses peuvent dès lors se disséminer vers les organes voisins.

Chez les personnes obèses, la taille et le nombre des adipocytes sont augmentés. De plus, leur capacité de sécrétion est modifiée : ils sont capables de produire de nombreuses molécules bioactives comme les « chimiokines », des sub­stances qui ont la propriété d’attirer d’autres cellules. Cette modification du tissu adipeux prostatique serait-elle en cause dans l’agressivité du cancer de la prostate chez les patients obèses ?

L’équipe toulousaine a développé ses recherches afin de répondre à cette question. Dans une première étape, les chercheurs ont montré in vitro que les sécrétions des adipocytes sont capables d’attirer des cellules de lignées tumorales prostatiques. « Nous avons observé que cette capacité est liée à la présence d’un récepteur particulier, appelé “récepteur CCR3”, présent à la surface des cellules tumorales », rapporte Catherine Muller, coordinatrice de l’étude. Après ce premier résultat, les scientifiques ont cherché à identifier la (ou les) molécule(s) sécrétée(s) par les adipocytes et susceptible(s) d’interagir avec le récepteur CCR3. Ces investigations ont révélé le rôle clé joué par la chimiokine CCL7. « Nous avons mis en évidence que cette molécule est diffusée du tissu graisseux vers la glande prostatique et qu’elle attire les cellules tumorales exprimant CCR3 vers le tissu graisseux. Notre hypothèse est qu’ensuite les cellules graisseuses sécrètent des substances pro-inflammatoires, qui rendent les cellules cancéreuses plus invasives et favorisent ainsi leur dissémination dans le reste de l’organisme », ajoute Catherine Muller.

 

Les pistes de traitement

Ultime étape, les chercheurs ont étudié ce mécanisme chez l’homme. À partir de 200 échantillons de tumeurs prostatiques humaines, les biologistes ont observé que la sécrétion de CCL7 est bien augmentée en cas d’obésité et que les tumeurs exprimant un haut niveau de CCR3 sont plus agressives.

Au final, l’ensemble de ces résultats permet de considérer le récepteur CCR3 comme une cible thérapeutique d’intérêt. Et, de fait, des substances « anti CCR3 » administrables chez l’homme – efficaces et non toxiques – ont déjà été développées par l’industrie pharmaceutique pour le traitement de différentes maladies allergiques. « On peut imaginer les utiliser en association avec d’autres médicaments ciblant les cellules tumorales pour diminuer leur nombre et leur agressivité. Nous avons établi des contacts avec l’industrie pour explorer cette nouvelle piste, conclut Catherine Muller. Une piste que nous considérons comme très prometteuse ! »

 

(1) Laurent V., et al., Nature Communications, 12 janvier 2016.

(2) Dirat B., et al., Cancer Research, 71: 2455-2465.

(3) Lazar I., et al., Cancer Research, 23 mai 2016.

 

 

Comment les cellules graisseuses rendent-elles le mélanome plus agressif ?

L’obésité peut constituer un facteur aggravant dans le cancer de la prostate, ainsi que dans d’autres cancers où les tissus affectés sont environnés par des cellules graisseuses. L’équipe toulousaine dirigée par Catherine Muller s’est intéressée récemment au mélanome. Les chercheurs ont montré(3) que les cellules graisseuses qui entourent les tumeurs fabriquent de petites vésicules (exosomes) qui sont captées par les cellules cancéreuses. Or, cette captation permet aux cellules cancéreuses de disposer de plus d’énergie et d’être in fine plus agressives.

« Dans le cas du mélanome, les molécules CCR3/CCL7 n’interviennent pas, c’est un autre mécanisme qui est mis en œuvre. Notre hypothèse est que, selon des mécanismes différents en fonction du type de cancer, les adipocytes peuvent rendre les cellules cancéreuses plus agressives, mais que les acteurs moléculaires peuvent varier en fonction des types de cancer et des tissus adipeux. »

 

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