La musicothérapie adoucit les maux

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La musicothérapie fait des émules auprès des personnes atteintes d’un cancer. La pratique se professionnalise et commence à faire ses preuves. Des ateliers sont offerts au Comité du Vaucluse de la Ligue contre le cancer.

PAR LINDA TAORMINA – PHOTO BRUNO LÉVY

 

La musique adoucit les mœurs, mais aussi les maux. Particulièrement lorsqu’elle accompagne les personnes malades, qu’elles soient en traitement ou en rémission. Depuis une dizaine d’années, des professionnels de santé d’un genre nouveau ont fait leur apparition : les musicothérapeutes. Leur rôle ? Utiliser la musique et les sons à des fins thérapeutiques.

La musicothérapie, quèsaco ?

« C’est une pratique de soins, d’aide, de soutien et de rééducation qui s’appuie sur les liens étroits existant entre l’histoire personnelle du patient et son rapport à la musique, résume Anne Garnerie, musicienne et musicothérapeute au Comité du Vaucluse de la Ligue. Trois approches sont possibles : la musicothérapie “active”, qui consiste à pro­poser un dialogue musical avec le patient au moyen d’instruments ludiques ou d’improvisations vocales. La musicothérapie dite “réceptive”, qui repose sur une écoute d’extraits musicaux personnalisés. Enfin, la détente psychomusicale, qui est une relaxation effectuée à partir d’un montage en U, utilisée dans les hôpitaux. »

Si cette discipline n’est pas encore très répandue dans le milieu médical, elle commence à se professionnaliser. Aujourd’hui, cinq centres de formation, agréés par la Fédération française de musicothérapie (FFM), délivrent un diplôme universitaire ou une certification en trois ans. Anne Garnerie en est elle-même titulaire : « En 2007, j’ai suivi une formation reconnue, dispensée à l’Université Paul-Valéry de Montpellier. Après un stage en hôpital dans une unité de soins palliatifs, j’ai pu travailler en clinique au contact de personnes atteintes d’un cancer. Cela m’a permis de progresser vers une démarche pluridisciplinaire avec des psychologues, des psychomotriciens, des psychiatres… et de constater les effets positifs de la discipline sur cette population de patients. »

En effet, si la musicothérapie ne se soustrait pas aux traitements conventionnels en oncologie (chimiothérapie…), elle constitue un formidable soin de support. « Après une séance, mes patients se sentent stimulés et retrouvent la joie de vivre. Ils ressentent de nouveau l’envie d’avancer et apprécient particulièrement le partage et la cohésion de groupe qui se créent grâce à la musique », témoigne la musicothérapeute.

Proposées depuis 2009 au Comité du Vaucluse, à Avignon, les séances d’une heure et demie sont entièrement gratuites et se pratiquent plutôt en groupe de six à huit personnes. « Je fais passer un entretien et un bilan psychomusical aux nouveaux venus afin de comprendre leur histoire musicale, raconte Anne Garnerie. Pendant les ateliers, les choix musicaux varient en fonction du dynamisme ou de l’état de fatigue des participants. On peut travailler avec un thème ou en improvisation libre avec des percussions en séance active. Ou bien, en séance réceptive, on passe à l’écoute d’extraits pour réveiller les souvenirs enfouis. Enfin, vient la phase de verbalisation des émotions ressenties, des souvenirs réveillés ou des ressentis corporels. » C’est un métier donc, qui suppose une vraie culture, un certain éclectisme, même si les goûts personnels du thérapeute n’interfèrent jamais. Mais aussi une préparation personnelle avant chaque séance, « un travail sur soi », précise Anne Garnerie, qui permet de mettre ses petits tracas de côté.

Des effets bénéfiques prouvés

Les malades, eux, se donnent un objectif à atteindre. « Certains viennent travailler leur manque de confiance, d’autres la douleur, le fait de renouer avec le lien social ou encore la dépression. C’est variable. Mais tous ont en commun d’aimer la musique et de vouloir se sentir mieux », explique la musicothérapeute.

Et ça marche ! Non seulement les retours des participants sont excellents, mais de récentes études cliniques(1) prouvent les bénéfices de la musicothérapie sur les personnes atteintes d’un cancer. Ainsi, cette pratique ferait baisser le niveau de dépression, d’anxiété, de douleur et de détresse émotionnelle. Elle réduirait de manière significative la fréquence cardiaque, le rythme respiratoire, la pression artérielle et la fatigue. Elle diminuerait le besoin d’analgésiques et d’anesthésiques, et permettrait d’écourter la durée d’hospitalisation. Donc, une discipline excellente pour la santé ! …

(1) Source : MEDLINE.

 

 

«La musicothérapie, c’est une rencontre avec soi-même.»

GÉRARD, 69 ANS, participant aux ateliers du Comité du Vaucluse

 

Gandhi disait : « Le plus grand voyageur n’est pas celui qui a fait dix fois le tour du monde, mais celui qui a fait une seule fois le tour de lui-même. » C’est cela que permet la musicothérapie. Une rencontre avec soi-même. C’est la Ligue qui m’a proposé de participer à un atelier. Je ne connaissais pas du tout l’existence de cette discipline. J’ai été attiré par son approche originale de soins par la musique. Une fois par semaine, je rejoins un groupe de six à huit personnes, ma seconde famille, comme j’aime l’appeler. Ensemble, on exprime notre musicalité à l’aide de percussions et de musiques qui nous correspon­dent. Puis on termine en verbalisant nos sensations. C’est très ludique et accessible. On en ressort plus léger, serein et résolument tourné vers l’humain.

 

«L’atelier de musicothérapie connaît son petit succès.»

ANNE-MARIE JOUFFROY-BOLOGNA, présidente du Comité du Vaucluse de la Ligue contre le cancer

 

Lancer des ateliers de musicothérapie à la Ligue n’a pas été une mince affaire ! En 2009, cette discipline n’étant pas encore très connue, il a fallu convaincre. Je me suis appuyée sur mon expérience antérieure, ayant déjà introduit la musicothérapie dans un secteur de long séjour. J’avais alors découvert tous les bienfaits de cette pratique. Les bénéficiaires avaient retrouvé le goût à la vie, le plaisir de partager et l’impatience du lendemain. À n’en pas douter, cette alchimie apporterait ces bienfaits aux personnes atteintes de cancer. La réalité a dépassé nos prévisions et l’atelier connaît aujourd’hui un véritable succès. Anne Garnerie, notre musico­thérapeute, propose des séances tous les lundis, de 14 h à 15 h 30, dans les locaux du Comité. Elles sont gratuites et ouvertes à tous les malades. Pour s’inscrire, il suffit de nous le faire savoir !

Contactez le Comité du Vaucluse : 285 rue Raoul Follereau – 84000 Avignon – Tél. : 04 90 87 63 56 – www.ligue-cancer.net/cd84

 

LES ATELIERS DE CHANT ONT DU « CHŒUR » À PARIS

Retrouver la notion de plaisir et de partage dans un quotidien bouleversé par la maladie, tel est l’objectif des ateliers de chant choral proposés par le Comité de Paris de la Ligue depuis début 2016. Gratuits, ils sont animés par Anaël Ben Soussan, chef de chœur et chanteuse lyrique, et rassemblent chaque semaine près de quarante-cinq malades divisés en deux groupes. Étirements, respirations, vocalises… Pendant une heure trois quarts, chacun profite des bienfaits du chant pour se détendre et se réapproprier son corps. Ces ateliers sont aussi l’occasion pour les malades de se dépasser : en juin et en décembre derniers, certains ont eu le courage de prendre le micro afin de se produire en solo devant un vrai public. Un succès ! « Les demandes d’inscription affluent et nous espérons être en capacité d’accueillir un plus grand nombre de malades prochainement », s’enthousiasme la chef de chœur. Inscrivez-vous !

Contactez le Comité de Paris : 89 boulevard Auguste Blanqui – 75013 Paris – Tél. : 01 45 00 00 17 – www.ligue-cancer.net/cd75

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