La tête dans les NOUAGES

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À seulement 27 ans, Julie Meunier apprend qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Battante, elle prend sa féminité en main, crée une alternative à la perruque et partage ses astuces beauté sur son blog, à la Ligue contre le cancer et sur son site Internet Les Franjynes.

Propos recueillis par Linda Taormina

 

Un matin, alors que j’enfilais mon soutien-gorge, j’ai senti une petite boule sous mon sein. Un simple kyste bénin, d’après mon gynécologue. Trois semaines plus tard, la boule avait triplé de volume ! Malgré mon emploi du temps chargé de juriste dans l’immobilier, j’ai fini par retourner chez le médecin qui m’a prescrit une échographie et une mammographie. Rendez-vous au cabinet de radiologie où j’ai subi, en plus de ma prescription, une biopsie. Après cinq jours d’attente, un médecin m’a confirmé les résultats du laboratoire : j’avais un cancer du sein de grade III, dit « agressif » !

Il fallait donc agir vite. Je me suis effondrée. J’anticipais déjà les effets de la chimiothérapie en me demandant à quoi je ressemblerais sans mes longs cheveux, sans mes sourcils et sans mes cils…

 

Afin de me concentrer sur ma guérison, je me suis mise en arrêt maladie. Très rapidement, ma vie a été rythmée par les rendez-vous médicaux. Au centre Antoine Lacassagne, à Nice, j’ai accepté de participer à un essai clinique afin de tester un nouveau protocole de soins de vingt-trois séances de chimiothérapie et de quarante séances de radiothérapie. Un lourd traitement. Comme je n’avais que 27 ans et que les traitements présentaient un risque pour ma fertilité, j’ai également accepté de réaliser des prélèvements d’ovocytes et de tissu ovarien en amont.

 

Pendant un an et demi, j’ai été suivie par un oncologue, un psychologue et des infirmières qui ont été à mon écoute. Afin de me soutenir pendant les séances de chimiothérapie, j’ai pu compter sur ma mère et quelques amis proches.

Et pour garder une vie sociale, je me suis inscrite aux ateliers de soins de support du Comité des Alpes-Maritimes de la Ligue. Les personnes que j’y ai rencontrées m’ont transformée. Je me suis sentie portée dans mon combat contre la maladie.

 

Aujourd’hui en rémission, je suis toujours suivie par un oncologue une fois par semestre pour contrôler que tout va bien. Et une fois par an, je passe une IRM des seins pour surveiller une éventuelle récidive. J’ai eu la chance de ne pas subir d’ablation. Grâce aux traitements, la tumeur est passée de 3 centimètres à 6 millimètres de diamètre et a pu être retirée chirurgicalement.

 

Depuis l’annonce du diagnostic, je suis restée très féminine. Lorsque j’ai perdu mes cheveux, j’ai très vite adopté le turban, plus fun et plus agréable à porter que la perruque. En le « customisant » et en le nouant chaque jour différemment, j’ai appris à m’en faire un allié. J’ai même eu l’idée de fixer de fausses franges sur la tête, afin de donner l’illusion qu’il y avait des cheveux sous le turban. Ça m’a donné un « look » d’enfer ! J’ai fait breveter mon système et je me suis lancée dans une campagne de financement participatif sur Internet car, ayant un cancer, je ne suis plus « bancable » pendant dix ans. De là sont nées Les Franjynes, une alternative à la perruque, et Les Franjynettes, la gamme pour enfants. Toutes ces astuces, je les partage sur mon blog « Feminity and Jy » et sur le site Internet des Franjynes. Au programme : beauté, bien-être et bonne humeur. Les femmes souffrant d’un cancer peuvent y puiser l’inspiration pour reprendre en main leur féminité. Et ne plus avoir peur d’affronter le regard des autres.

 

LA TÊTE DANS LES NOUAGES

D’abord participante aux ateliers de soins de support proposés par le Comité des Alpes-Maritimes de la Ligue, Julie Meunier anime désormais son propre atelier bien-être baptisé « La tête dans les nouages ». Tous les derniers vendredis du mois, la jeune femme reçoit, pendant deux heures, jusqu’à quinze femmes atteintes d’un cancer. Le but ? Leur apprendre sept techniques (soit une coiffure différente chaque jour) pour nouer joliment leur foulard et réveiller leur féminité malgré les traitements. « L’idée, c’est de redonner aux personnes malades la sensation agréable de se coiffer ! » explique-t-elle. Pari réussi !

En savoir +

https://feminityandjy.tumblr.com/

www.lesfranjynes.com

 

Témoignages

«Avec le turban, je peux révéler ma vraie personnalité.»

AGNÈS CHAINTREUIL, en rémission d’un cancer du sein et participante à l’atelier

Grâce à Julie, j’ai appris différentes techniques pour nouer mon foulard à la manière gypsy, africaine, bohème… Au début, je n’étais pas très douée, mais, avec de l’entraînement et de la patience, j’ai fini par y arriver. Sa bonne humeur communicative, sa créativité et sa gentillesse m’ont permis de remettre un peu de couleur et de joie dans mon quotidien. J’ai pris conscience qu’avec le turban je pouvais révéler ma vraie personnalité. Cela m’a redonné confiance.

 

«Les femmes sont actives dans leur mise en beauté.»

GÉRALDINE MATHIEU, déléguée aux actions pour les malades au Comité des Alpes-Maritimes de la Ligue

Après avoir négocié avec une marque de mode un don de 250 turbans à la Ligue, Julie nous a proposé d’animer cet atelier original dans nos locaux. Ayant elle-même été victime d’un cancer, elle sait trouver les mots justes pour convaincre les participantes de l’importance de reconstruire leur image. Dans une logique de transmission, elle leur apprend des gestes techniques que peu de personnes connaissent. Les femmes sont actives dans leur mise en beauté. C’est comme si elles reprenaient leur vie en main.

Contacter le Comité des Alpes-Maritimes :

3 rue Alfred Mortier – 06000 Nice

Tél. : 04 93 62 13 02 – www.ligue-cancer.net/cd06

 

 

 

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