« Vite fait, bienfaits », pour que manger redevienne un plaisir

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Avec les effets secondaires des traitements, difficile de conserver le plaisir de passer à table lorsque l’on est atteint d’un cancer. Heureusement, des patients et des chercheurs ont trouvé des solutions culinaires adaptées. Explications.

par Linda Taormina

 

Perte des saveurs, manque d’appétit, sensibilité exacerbée aux odeurs, nausées, vomissements, aphtes, inflammations, ankylose des mains… Bien souvent, après une chimiothérapie, les malades atteints de cancer n’ont plus le goût ni à cuisiner ni à s’alimenter. « Mais quand ils sont atteints de dénutrition, il devient encore plus difficile de les guérir », prévient Philippe Pouillart, docteur en immunopharmacologie et enseignant chercheur en pratiques culinaires et santé à l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais. Continuer de bien manger pour optimiser le bénéfice des traitements médicaux devient alors une nécessité. C’est dans cette optique qu’est né « Vite fait, bienfaits » – un site Web et une application mobile –, pour venir en aide à tous ceux qui ont besoin de gérer leur quotidien alimentaire à domicile. Le but ? Leur offrir des solutions pratiques pour atténuer les effets secondaires des traitements, optimiser leurs apports nutritionnels quotidiens et leur redonner l’envie de cuisiner.

 

Les malades parlent aux malades

En janvier 2010, les chercheurs de l’Institut polytechnique UniLaSalle ont lancé NEODIA, un programme de « recherche translationnelle » qui met au cœur de son dispositif les malades eux-mêmes. « Son originalité tient au fait que les patients ont transféré leur savoir à des chercheurs afin d’interpréter, de valider, puis de valoriser les solutions à transmettre au plus grand nombre, explique le docteur Pouillart. Au total, deux cents patients du Centre hospitalier de Beauvais ont été sondés pour mieux comprendre la déviation du goût et leurs nouvelles préférences gustatives. « Les différents traitements déclenchent des effets secondaires qui chassent le patient de la cuisine, ce qui contribue à une sensation de désocialisation et de perte de responsabilité », remarque-t-il.

Depuis 2012, les chercheurs travaillent avec un « club » de dix personnes ayant connu ou subissant encore les effets secondaires incriminés, lors d’ateliers culinaires éducatifs. Ces derniers ont permis de lister les trucs et astuces pour continuer de s’alimenter avec plaisir, mais aussi de valider le bien-fondé d’une centaine de recettes. Terrine de cabillaud au fenouil, poulet au gingembre et à la sauge, émincé de pommes de terre aux herbes, crème de carottes aux échalotes… Il y en a pour tous les goûts. Aujourd’hui, ces ateliers culinaires éducatifs sont complètement intégrés au parcours de soins des patients dans certains hôpitaux, cliniques ou encore pôles de prévention.

Un site et une application pour tous

Dès 2015, les membres du « club » ont souhaité déployer un site Internet et une application mobile pour accompagner à la fois les malades, les proches, les auxiliaires de vie et les professionnels de la restauration. « Ce sont les malades qui ont participé au formatage du contenu d’information, du verbatim, de l’ergonomie et de la navigation du site, qu’ils ont voulu facile d’utilisation (arborescence, boutons d’action, icônes, vidéos). Et ils l’ont baptisé “Vite fait, bienfaits” », souligne le docteur Pouillart. On y trouve des techniques pour enrichir les plats, choisir les aliments en fonction des effets secondaires, s’approprier les modes de cuisson adaptés (basse température, four à micro-ondes et systèmes générateurs de vapeur), utiliser des ustensiles culinaires peu chers et astucieux pour cuisiner vite et bien, recourir aux plantes aromatiques et aux épices pour leurs vertus médicinales reconnues par la pharmacopée… Bref, « Vite fait, bienfaits », c’est le prolongement des ateliers culinaires éducatifs, mais à portée de clics.

 

En savoir +

www.vite-fait-bienfaits.fr

L’application mobile est disponible gratuitement sur iOS et Androïd.

 

Témoignage

ISABELLE BEIRENS, présidente du Comité de l’Oise de la Ligue contre le cancer

«Nous soutenons financièrement le programme NEODIA.»

 

Au Comité de l’Oise, nous sommes convaincus qu’adopter de bons réflexes alimentaires, c’est la base pour prévenir le cancer ou, le cas échéant, soulager les maux dus aux traitements. C’est pourquoi nous soutenons financièrement le programme de recherche NEODIA développé par l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais. Depuis le début, nous sommes très impliqués dans ce projet, notamment dans le fait d’associer nos malades dans les ateliers culinaires. Un membre du comité d’administration a participé à l’enquête préliminaire qui a servi d’appui au dispositif. Aujourd’hui, une éducatrice alimentaire de la Ligue intervient dans les quartiers et dans les établissements scolaires du département pour faire de la prévention. C’est dire si le sujet nous tient  à cœur ! 

 

 

 

 

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