Pour plus de transparence en rayon

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Simple et efficace, le nouveau système d’étiquetage nutritionnel mis en place à l’avant des emballages permet aux consommateurs d’être informés en un clin d’œil. Mais tous les industriels ne jouent pas le jeu.

par Linda Taormina

 

En mars dernier, au terme d’une étude réalisée durant dix semaines dans soixante supermarchés, puis d’une expérience menée en laboratoire auprès de 809 participants, l’ex-ministre de la Santé, Marisol Touraine, a opté pour le Nutri-Score, le logo à cinq couleurs (ou 5C) développé par l’Inserm, en compétition avec le Nutri-Repère de l’industrie agroalimentaire, le SENS de la grande distribution et le Nutri-Couleurs (les « feux tricolores ») britannique. « Évalué par un comité scientifique indépendant, le Nutri-Score apparaît comme le système le plus lisible et le plus efficace en conditions réelles d’achat », constate le professeur Serge Hercberg, directeur de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN) qui a participé à l’élaboration du logo. Face aux grands enjeux de santé publique liés à la nutrition – notamment son rôle majeur dans le développement de l’obésité, de nombreux cancers, de maladies cardio-vasculaires ou encore du diabète –, ce nouvel étiquetage nutritionnel simplifié, apposé à l’avant des emballages, permet désormais de comparer facilement la qualité nutritionnelle des aliments. L’occasion pour les consommateurs d’opérer des choix éclairés pour manger plus sainement. Et pour les industriels d’améliorer la qualité de leurs produits !

 

Un logo intuitif

Depuis plusieurs années, la recherche a permis de montrer l’impact des logos nutritionnels sur les comportements alimentaires des consommateurs. Les études disponibles confirment l’importance de l’utilisation de systèmes graphiques simples et synthétiques (plutôt que par nutriment), de couleurs à sémantique forte (comprenant le vert et le rouge) et le fait d’apposer le logo sur l’ensemble des produits alimentaires (par opposition aux logos présentés uniquement sur les meilleurs produits). De plus, il a été avancé que les modes de calcul les plus efficaces sont des systèmes classant les aliments selon des critères identiques, quelle que soit la catégorie de produits concernée. C’est sur ces bases qu’a été conçu le Nutri-Score, un logo coloriel, couplé à des lettres, et s’appuyant sur un calcul défini sur des bases de santé publique et validé scientifiquement. Sur une échelle de cinq couleurs allant du vert, le plus favorable (associé à la lettre A), au rouge, le plus défavorable (associé à la lettre E), le Nutri-Score évalue en valeur relative les produits en fonction de l’apport calorique pour 100 grammes et de la teneur en sucre, en graisses saturées et en sel. Ces paramètres sont pondérés en fonction du pourcentage de fruits, de légumes, de légumineuses, d’oléagineux et de protéines. Ainsi, au rayon chips, la version classique va être en orange, celle au fromage en rouge, mais les tortillas au maïs pourront être en vert. Même chose pour les trente-cinq marques de muesli aux pépites de chocolat, ou les vingt marques de pizza au fromage dans le commerce, dont les Nutri-Score vont du vert au rouge. « L’idée, c’est de pouvoir comparer en un clin d’œil la qualité nutritionnelle d’un même produit développé par des marques différentes, sans avoir à traduire les chiffres et les termes, illisibles et incompréhensibles des tableaux situés au dos des emballages », explique le professeur Hercberg. Bien sûr, ce logo vient en complément de l’étiquetage nutritionnel, qui peut être utile aux personnes ayant un régime particulier. Pour simplifier encore plus la vie des consommateurs, le site Open Food Facts(1) a développé une application gratuite, disponible sur smartphone, pour retrouver le Nutri-Score des produits de toutes les marques qui l’ont apposé.

 

Certains jouent le jeu…

Depuis le mois d’avril, plusieurs industriels de l’agroalimentaire et de grands groupes de distribution ont décidé d’afficher, sans attendre, le logo sur leurs produits. Intermarché, Leclerc, Auchan et Fleury-Michon ont même signé une charte d’engagement avec le gouvernement pour la mise en place de ce système. D’autres entreprises devraient suivre, notamment Danone qui s’est dit prêt à mettre en œuvre progressivement le Nutri-Score. De son côté, le gouvernement s’est engagé à fournir l’ensemble des éléments permettant l’usage du logo et à le promouvoir, notamment au niveau européen, afin qu’il devienne le système nutritionnel unique. Car pour le moment, son application est facultative, comme l’impose la réglementation européenne, et repose sur le volontariat des entreprises de l’agroalimentaire et des distributeurs.

 

… et d’autres sont hostiles

Si le Nutri-Score a été fortement soutenu par les sociétés savantes, les associations de consommateurs (qui ont même publié des tests grandeur nature dans leurs revues et développé des applications pour son utilisation), les citoyens (qui ont lancé des pétitions de soutien de grande envergure sur Internet) et même l’Organisation mondiale de la santé (OMS), nombreux sont les industriels à n’avoir jamais caché leur hostilité à l’égard de ce logo. Leur crainte ? Stigmatiser certains de leurs produits en rouge, au risque d’en détourner les consommateurs. Et ils comp-tent bien contre-attaquer. Six multinationales (Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, Pepsi et Unilever) ont annoncé, en mars dernier, qu’elles allaient lancer leur propre logo pour étiqueter leurs boissons et leurs aliments, en modifiant à leur sauce le logo « feux tricolores » britannique et en le ramenant à la portion qu’ils fixent eux-mêmes. « Une façon de brouiller les pistes pour les consommateurs, qui ne sauront plus à quelle étiquette se vouer », s’inquiète le professeur Hercberg. C’est la raison pour laquelle le Nutri-Score doit devenir, dans l’esprit du grand public, le logo officiel recommandé par les grandes instances de santé publique. « Pour inverser la tendance, les consommateurs ont un vrai rôle à jouer en n’achetant que les produits qui afficheront la couleur », remarque-t-il. Une pétition(2) a déjà réuni plus de 47 000 signatures pour exiger que le Nutri-Score soit apposé sur leurs produits. Car gageons que ceux qui n’oseront pas afficherd’étiquetage seront tout, sauf vertueux.

 

 

Pr Pierre Dechelotte, chef du service nutrition du CHU de Rouen

« Le Nutri-Score peut contribuer à résoudre le problème de l’obésité. »

De plus en plus éclairés, les consommateurs ont pris conscience de l’incidence de leurs comportements alimentaires sur leur santé, notamment dans le développement de l’obésité, qui touche 17 % de la population française ! En magasin, le Nutri-Score va leur permettre de s’y retrouver dans l’offre alimentaire toute prête.
Ce système peut tout à fait contribuer à résoudre le problème de l’obésité, à condition de le coupler avec d’autres mesures de prévention. Aujourd’hui, la sensibilisation commence dès la grossesse, mais aussi auprès des enfants et des adolescents.

 

Le Nutri-Score, mode d’emploi

Le logo va du vert foncé (associé à la lettre A) au rouge (associé à la lettre E), en passant par le jaune (associé à la lettre C). Il indique quels sont les aliments que l’on devrait manger souvent ou occasionnellement, et en petite quantité. Si le résultat est simple, le calcul qui y aboutit est un peu plus complexe. Chaque aliment se voit attribuer des points négatifs en fonction de sa teneur en gras, en sucre, en sel et de son niveau calorique. Ce score est ensuite minimisé par la teneur en fruits et légumes, en légumineuses, en oléagineux et en protéines. Le but est autant d’informer les consommateurs sur leur alimentation que de les orienter vers des choix plus sains. Dans une même catégorie de produits, le Nutri-Score est conçu pour distinguer les bons des mauvais élèves.

 

Bon ou mauvais ?

 

Les produits sont répartis en cinq catégories. Des points sont attribués aux produits en fonction de la quantité de nutriments qu’ils contiennent pour 100 g, d’après un calcul entre les bons nutriments et les nutriments négatifs.

 

BON :

Fruits

Légumes

Noix

Fibres

Protéines, comme le soja

 

MAUVAIS :

Sodium

Graisses saturées, comme le beurre

Sucre

Energie (alcool, glucides, lipides et protides)

 

 

Interview

« Les lobbys ont perdu une bataille. »

PR SERGE HERCBERG, directeur de l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN)

 

Quels obstacles avez-vous rencontrés dans la mise en place du logo Nutri-Score ?

Les lobbys de l’industrie agroalimentaire et de la grande distribution ont tout fait pour que le projet ne voie jamais le jour ! Ils ont fait pression sur les ministères, les parlementaires et sur les industriels prêts à s’engager, pour bloquer ou au moins retarder l’application du Nutri-Score. Ils ont même réussi, pendant quelque temps, à marginaliser les chercheurs indépendants et les recherches qui démontraient l’efficacité et l’intérêt du Nutri-Score, pourtant publiées dans des revues scientifiques internationales. Ce qui est rassurant, c’est que, malgré toutes ces tentatives pour faire échouer le Nutri-Score, ils ont perdu une première bataille ! Mais ils continuent à agir au niveau européen. Ce n’est pas définitivement gagné.

 

Pourquoi l’Etat ne parvient-il pas à rendre ce logo obligatoire ?

Les lobbys industriels ont obtenu dans le passé que la réglementation européenne ne permette pas de rendre obligatoire ce genre de dispositif. Cependant, même si le Nutri-Score reste facultatif, on peut espérer que les consommateurs se détourneront des marques qui ne l’adoptent pas, les forçant ainsi à plus de transparence. D’autant que lorsque les fabricants verront les ventes de leurs concurrents grimper en flèche, ils n’hésiteront plus à adopter le logo, voire à reformuler leurs produits pour être mieux classés sur l’échelle des couleurs
du Nutri-Score !

 

Quelle est la prochaine étape ?

Nous attendons avec impatience la réouverture des discussions au niveau européen pour que, sur la base de nombreux travaux scientifiques qui valident son intérêt, Nutri-Score devienne universel en Europe et obligatoire pour le bien de la santé des consommateurs.

 

(1) https://fr.openfoodfacts.org/score-nutritionnel-france/

(2) https://www.change.org/p/nutriscore-les-consommateurs-francais-demandent...

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