Cancer du col de l’utérus : vers un dépistage généralisé

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C’est le dixième cancer le plus meurtrier chaque année, alors que les traitements sont efficaces lorsqu’il est détecté à temps. Le cancer du col de l’utérus fait l’objet d’un programme national de dépistage organisé d’ici à 2018. Explications.

par Linda Taormina

Les tumeurs du col de l’utérus entraînent chaque année un millier de décès ! Un chiffre d’autant plus accablant, lorsque l’on sait que neuf cas sur dix pourraient être évités grâce au frottis cervico-utérin et au vaccin HPV. Le premier permet de déceler, et donc de traiter, des lésions précancéreuses et des cancers à un stade précoce. L’autre prévient les infections sexuellement transmissibles liées aux papillomavirus humains, qui représentent le principal facteur de risque. «C’est la raison pour laquelle un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus se met en place en France et devrait être généralisé en 2018», explique Frédéric de Bels, responsable du département dépistage de l’Institut national du cancer (INCa). Une évaluation médico-économique est même venue confirmer son intérêt sur la réduction de l’incidence des cancers du col utérin de 13 à 26 %, avec des gains d’espérance de vie. Une stratégie inscrite dans le Plan cancer 2014-2019.

 

Des pratiques médicales régulées

Réalisé depuis les années 80 dans un cadre individuel, le frottis a permis de réduire sensiblement la fréquence des tumeurs du col et la mortalité qu’elles induisent. Mais les pratiques sont loin d’être optimales. «Alors que l’examen est recommandé tous les trois ans chez les 25 à 65 ans, 40% des femmes concernées n’en font pas régulièrement», souligne Frédéric de Bels. Et cette proportion est d’autant plus élevée que ces femmes ont plus de 50 ans, sont éloignées du système de santé et appartiennent à une catégorie socioprofessionnelle défavorisée. En outre, nombreuses sont les patientes qui renoncent au frottis, car elles pensent que seuls les gynécologues peuvent le réaliser. Sans compter que le temps d’attente pour obtenir un rendez-vous médical peut être très long, si l’on réside dans une région à faible densité médicale. Ce sont ces femmes, en particulier, qui sont visées par le dépistage organisé.

«À l’inverse, d’autres femmes font pratiquer encore trop souvent cet examen, ce qui augmente le surdiagnostic, notamment chez les moins de 25 ans, alors que le frottis n’est même pas recommandé à cet âge où la positivité au papillomavirus humain est possible sans qu’il y ait forcément de risque de développer un jour un cancer», constate Stéphanie Mignot, médecin généraliste au CHU de Poitiers. En effet, la régression spontanée fréquente des lésions consécutives à l’infection par le HPV chez les femmes plus jeunes diminue l’intérêt de ce dépistage, qui peut être à l’origine d’actes chirurgicaux sans bénéfices, et potentiellement délétères. L’ablation partielle du col de l’utérus par intervention chirurgicale en fait partie, «un geste qui n’a rien d’anodin puisqu’il peut être responsable d’accouchements prématurés ou de fausses couches», rappelle Emmanuel Ricard, délégué au service prévention et promotion du dépistage à la Ligue contre le cancer. Le dépistage organisé viendrait donc réguler les pratiques médicales.

 

Une inégalité d’accès aux soins réduite

Alors que le frottis cervico-utérin est aujourd’hui réalisé à 90 % par les gynécologues, le dépistage organisé devrait permettre d’inclure les médecins généralistes, les sages-femmes et les laboratoires d’analyses dans le réseau de praticiens certifiés. Un système d’autoprélèvement de cellules serait même expérimenté par l’envoi d’un kit à domicile. Une façon de réduire l’inégalité d’accès aux soins.

Si le dépistage organisé concerne toutes les femmes de 25 à 65 ans, celles qui n’ont pas fait réaliser un frottis dans les trois ans (d’après les données de l’assurance maladie) recevront par courrier une invitation à participer au programme, «exactement comme pour le dépistage du cancer du sein ou du cancer colorectal», rappelle Emmanuel Ricard.

 

Un système de suivi cadré

Pour l’heure, le cahier des charges national du programme de dépistage organisé sera publié fin 2017 pour une généralisation effective en 2018. Comparativement au dépistage individuel, un système de suivi permettra de connaître le nombre de lésions détectées dans le cadre du dépistage organisé. Reste à savoir s’il parviendra à toucher réellement les femmes qui ne faisaient pas de dépistage individuel auparavant.

 

 

Questions

Réponses

Aurais-je la possibilité de ne pas participer à ce dépistage, même si je fais partie de la population concernée ?

Le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus ne sera pas obligatoire, mais évidemment fortement recommandé, compte tenu des bénéfices attendus : une incidence réduite et des gains d’espérance de vie.

Ce dépistage sera-t-il entièrement pris en charge par la Sécurité sociale ?

Consultation chez le praticien, réalisation du test de dépistage, transport au laboratoire d’analyses, lecture du résultat…, la question de la prise en charge à 100 % est en cours au sein des instances de l’assurance maladie. D’ores et déjà, un amendement du gouvernement, en date du 23 octobre 2017, prévoit la prise en charge à 100 % de la consultation unique de prévention du cancer du sein et du cancer du col de l’utérus pour les assurées âgées de 25 ans.

Dois-je encore effectuer des frottis si j’ai déjà fait le vaccin HPV ?

Cette vaccination, mise en place il y a quelques années pour les adolescentes, ne couvre pas toute la palette des HPV oncogènes. Il est donc indispensable de continuer à effectuer des frottis tous les trois ans entre 25 et 65 ans.

 

Chiffres clés

Les tumeurs du col de l’utérus touchent environ 3 000 femmes par an sur le territoire et entraînent plus d’un millier de décès.

Le dépistage organisé permettrait d’éviter 9 cancers du col de l’utérus sur 10.

40 % des femmes de 25 à 65 ans ne font pas de dépistage régulier.

 

POINTS DE VUE

 

DR STÉPHANIE MIGNOT, médecin généraliste au CHU de Poitiers

« Informer les patientes, un premier pas vers le dépistage. »

Le rôle des généralistes dans la mise en œuvre du programme de dépistage organisé du cancer du col de l’utérus sera d’engager la conversation avec les patientes de manière plus systématique, notamment sur la nécessité de faire réaliser un frottis cervico-utérin à partir de 25 ans (pas avant) et tous les trois ans (pas moins), même après 50 ans. L’idée est de diffuser au maximum les bonnes pratiques pour éviter les risques de sous- et surdiagnostic.

 

DR JÉRÔME VIGUIER, directeur du pôle santé publique et soins à l’Institut national du cancer (l’INCa)

« De premiers résultats encourageants. »

Une expérimentation de dépistage organisé dans treize départements a été soutenue entre 2010 et 2013 par l’Institut national du cancer, le ministère des Solidarités et de la Santé et l’assurance maladie. Les résultats ont montré qu’il était possible d’augmenter la participation de 51,4 % à plus de 70 %. Ainsi, ce sont environ 6 000 lésions et plus de 320 cancers qui ont été dépistés pendant cette expérimentation, certains départements poursuivant depuis ce programme de dépistage du cancer du col. L’évaluation réalisée a permis de préciser les conditions permettant de garantir la qualité du dépistage à toutes ses étapes, mais aussi d’identifier les difficultés organisationnelles. Celles-ci concernent notamment la mobilisation des acteurs, la transmission des données permettant de concentrer les efforts sur les femmes qui ne réalisent pas de dépistage et la récupération des informations qui font suite au dépistage pour en vérifier l’efficacité. Les enseignements tirés de ces évaluations permettront d’assurer, dans les meilleures conditions, la généralisation de ce dépistage en 2018.

 

EMMANUEL RICARD, délégué au service prévention et promotion du dépistage à la Ligue contre le cancer

« Suivre les recommandations est primordial. »

Combien de femmes ne se font pas dépister, alors que ce cancer se soigne bien quand il est diagnostiqué à temps ? Combien de dépistages répétés sont pratiqués, alors que ce n’est pas nécessaire ? Et combien de frottis sont mal réalisés et impliquent des interventions chirurgicales abusives du fait de la mauvaise qualité des interprétations ? C’est pour améliorer l’accès aux soins, la qualité du dépistage et l’utilisation des ressources que le dépistage organisé du cancer du col de l’utérus va être mis en place d’ici à 2018. Le bon message à délivrer auprès des praticiens : suivre strictement les recommandations du Haut Conseil de la santé publique, qui sont de réaliser deux dépistages à un an d’intervalle à partir de 25 ans, puis un dépistage tous les trois ans jusqu’à l’âge de 65 ans.

 

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