Prostate : la thérapie photodynamique à l’assaut du cancer

12/03/2018

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Un traitement innovant du cancer de la prostate vient d’obtenir une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe. Sa particularité ? Une fois activé par la lumière, un médicament issu des fonds marins permet de tuer les cellules malades fixées sur un tissu ciblé, laissant la moitié des patients en rémission.

Premier cancer chez les hommes en Occident, le cancer de la prostate n’en est pas pour autant le plus mortel. Si l’on comptabilise 8 000 décès par an en France, nombreux sont les patients porteurs d’une forme peu évolutive et qui vivent très bien avec. Avec les progrès de la médecine, les modalités de prise en charge ont évolué : « Pendant longtemps, nous ne savions pas diagnostiquer le cancer de la prostate avant qu’il ne soit métastatique, donc létal, observe le docteur Sébastien Vincendeau, urologue au CHU de Rennes. Avec l’avènement du dosage du PSA (l’antigène spécifique prostatique), nous avons pu développer le dépistage, mais cela nous a conduits à proposer des traitements trop lourds – comme la chirurgie – par rapport à la gravité de la tumeur. Aujourd’hui, grâce au scanner et à l’IRM, nous sommes capables d’affiner les possibilités de traitement pour chacun et, donc, de graduer la réponse.» Ainsi, pour les patients plutôt âgés, aucun traitement n’est requis. Concernant les patients plus jeunes, dont on estime qu’ils ont plus de dix ans d’espérance de vie, et qui ont par ailleurs un cancer présentant un faible risque d’évolution, une surveillance active est proposée (avec dosage du PSA, biopsies, IRM, touchers rectaux réguliers). Et pour les porteurs d’une forme dangereuse de la maladie, un traitement lourd est indispensable : chirurgie, radiothérapie, thérapie médicamenteuse.

Un traitement innovant

Depuis novembre 2017, un nouveau traitement du cancer de la prostate a reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) en Europe. Il s’agit de la « thérapie photodynamique vasculaire ciblée », une technique qui associe la chimie d’un médicament dérivé d’une bactérie issue des fonds marins à l’action physique de la lumière via un laser. Concrètement, une réaction photochimique active le produit et libère des radicaux libres qui vont capturer l’oxygène. De cette façon, les vaisseaux sanguins du tissu traité vont se scléroser et faire disparaître la tumeur. «La nouveauté, c’est que les tissus sont traités pour la première fois par un mécanisme d’action vasculaire, et non par la chirurgie, les rayons ou des techniques thermiques», explique le docteur Sébastien Vincendeau.

Les indications et les résultats

Qui peut bénéficier de ce traitement ? Des critères très stricts ont été établis : « Les patients traités sont ceux dont la tumeur moyenne s’étend sur 5 millimètres maximum sur un seul côté de la prostate après trois biopsies, ainsi que ceux dont la tumeur moyenne a envahi plus de la moitié de la prostate après une biopsie», indique le docteur Sébastien Vincendeau.
Entre mars 2011 et avril 2013, un essai clinique a été réalisé sur 413 patients atteints d’un cancer de la prostate à faible risque dans quarante-sept sites hospitaliers en Europe. Concrètement, 206 patients ont été traités par thérapie photodynamique vasculaire ciblée et les 207 patients restants ont été placés sous surveillance active. Publiés dans The Lancet Oncology en février 2017, les résultats montrent que près de la moitié des patients traités sont en rémission complète à deux ans, contre 13,5 % seulement dans le groupe non traité. Et lors du suivi, seulement 6 % des patients traités ont eu besoin d’une prostatectomie (ablation de la prostate), contre 30 % dans le groupe non traité. «On observe une absence de morbidité significative, avec une amélioration du confort mictionnel et une absence de troubles de la sexualité, résume le docteur Sébastien Vincendeau. Et la probabilité d’avoir besoin d’un traitement lourd dans les deux ans qui suivent le traitement est réduite de moitié.»

 

Et demain ?

Si le risque de développer un jour une nouvelle tumeur sur la partie de la prostate non traitée est toujours possible au fur et à mesure que la personne vieillit, les chercheurs espèrent qu’une bonne partie des patients traités par ce traitement focal seront définitivement guéris du cancer de la prostate.

 

Chiffres clés

1er type de cancer en termes de fréquences chez les hommes

4e en France, c’est la 4e cause de mortalité par cancer avec environ 8 000 décès par an.

Ses principales modalités de prise en charge : entre autres, la chirurgie, la radiothérapie et la surveillance active
(qui permet de différer la mise en route d’un traitement)

 

Comment ça marche ?

La thérapie photodynamique est une technique innovante qui détruit le tissu contenant la tumeur en associant un sclérosant vasculaire d’origine biologique (précisément un médicament dérivé des algues) à la lumière d’un laser. Ainsi, seul le tissu ciblé est détruit et non l’intégralité de l’organe. Très prometteur pour lutter contre le cancer de la prostate, ce traitement a fait ses preuves pour éradiquer les lésions cutanées précancéreuses, comme les kératoses actiniques.

1/ Le médicament inactif est injecté par voie intraveineuse.
2/ Les lasers sont insérés à l’aide d’aiguilles transparentes dans la partie de l’organe que l’on souhaite détruire.
3/ Avec la bonne longueur d’onde, un laser illumine le tissu pendant 11 minutes afin d’activer le médicament.
4/ Par réaction photochimique, le médicament libère des radicaux libres qui capturent l’oxygène.
5/ Puis le produit vient scléroser les vaisseaux sanguins et détruire le tissu contenant les cellules malades.

 

Au-delà du dépistage : savoir quand et comment traiter

Il y a un peu plus d’une vingtaine d’années apparaissait le dosage du PSA, un outil de dépistage du cancer de la prostate qui allait révolutionner sa prise en charge. Bien qu’objet de discussion, le dosage du PSA occupe toujours une place importante dans la prise en charge du cancer de la prostate. Il peut sauver des vies, une pour un peu plus de 1 000 patients dépistés, mais engendre un fort surdiagnostic avec, à la clé, des traitements inutiles et associés à un fort risque d’altération de la qualité de vie. Par ailleurs, il a été récemment démontré qu’une part importante des cancers de la prostate pouvait bénéficier d’une surveillance active, évitant le recours à un traitement potentiellement responsable de séquelles. Ce résultat et la diversification de l’offre thérapeutique, comme l’illustre l’article ci-contre, posent un enjeu crucial pour les patients et les praticiens : savoir différencier le plus précisément possible les cancers qui n’évolueront pas, ou très lentement, de ceux qui sont agressifs, afin de proposer l’option thérapeutique idoine. Cette nécessité a récemment conduit à l’émergence de nouveaux outils de détection et de stratification des patients basés sur des marqueurs urinaires, sanguins ou moléculaires. Dans ce contexte, l’équipe Cartes d’Identité des Tumeurs® de la Ligue a identifié une signature moléculaire qui permet d’identifier un sous-type de patients pour lesquels la surveillance active constituerait clairement la meilleure option thérapeutique. Ce résultat pourrait déboucher sur le développement d’un test moléculaire.

Crédits photo : GettyImages ; Inserm

12 Mars 2018
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