Suivi diététique : moins de complications pour les patients

02/10/2018

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La chimiothérapie est associée à beaucoup moins de complications sévères si la personne malade bénéficie d’une prise en charge nutritionnelle dès le début du traitement. Il est essentiel d’accompagner le patient pour lui apprendre à manger correctement et suffisamment, et ainsi prévenir la dénutrition, fréquente dans le cas du cancer colorectal métastatique.
PAR CORINNE DRAULT

Nice. Pendant six mois, tous les quinze jours, un groupe de patients suivant une chimiothérapie pour un cancer colorectal métastatique a bénéficié d’une consultation avec un diététicien, et ce, dès le début du traitement. Motif de la rencontre ? Mesurer leurs apports alimentaires, notamment en protéines, discuter de leurs éventuelles intolérances et problèmes digestifs – constipation, diarrhée, nausées – et leur proposer des solutions en fonction de leurs préférences alimentaires. L’objectif essentiel associé à cette consultation est que les patients se nourrissent suffisamment, c’est-à-dire que leurs apports caloriques se situent dans une fourchette de 30 à 35 kcal/kg/jour et les apports protéiques à hauteur de 1,2 à 1,5 g/kg/jour. En parallèle, un autre groupe de patients « témoins » a été suivi sans prise en charge diététique. Pour tous les malades, conformément aux recommandations, des compléments alimentaires oraux ont été prescrits dès l’apparition de signes de dénutrition, voire une alimentation artificielle dans les cas les plus graves. Résultats, les personnes ayant eu un suivi diététique ont non seulement vu leur poids se stabiliser, mais ont aussi présenté moins de complications de grade 3 à partir du quatrième mois de traitement. Les complications de ce type (vomissement sévère, etc.) entraînent la plupart du temps une hospitalisation ou un traitement spécifique. Un an après le démarrage du traitement, seule la moitié des patients ayant bénéficié de la consultation présentait une complication sévère de grade 3, contre 67 % dans le groupe des témoins.
 

Moins de complications, moins de mortalité
L’étude montre ainsi pour la première fois l’intérêt d’un suivi diététique systématique et de prévention chez des personnes qui ne sont pas encore dénutries. Des résultats essentiels, car l’on sait que, chez ces patients, un indice de masse corporelle (ou IMC) trop bas est associé à une réduction de la survie globale et de la survie sans progression. Ainsi, manger suffisamment pour préserver son poids et non jeûner – contrairement à certaines idées en vogue – est donc fondamental.
 

Développer la prise en charge diététique
Qu’en est-il aujourd’hui de la prise en compte des besoins nutritionnels des patients en cours de traitement pour un cancer ? « La situation est assez inégale, pointe le professeur Xavier Hébuterne, gastro-entérologue et nutritionniste au CHU de Nice. Certains centres et hôpitaux qui prennent en charge les personnes malades atteintes de cancer proposent des suivis nutritionnels. D’autres ne le font pas.On parle beaucoup des traitements contre le cancer, mais la diététique n’est pas forcément une priorité. Le suivi est souvent proposé trop tard, lorsque la dénutrition est avérée. Il faudrait mettre en place une organisation qui prenne en charge les patients sur le plan diététique au moins une fois par mois en routine. »

PR XAVIER HÉBUTERNE, gastro-entérologue et nutritionniste au CHU de Nice.
« Après six mois de chimiothérapie, les patients dénutris étaient deux fois moins nombreux parmi ceux qui avaient reçu une prise en charge diététique que parmi les personnes qui n’en avaient pas bénéficié. »

Quelques chiffres :
- 4 patients atteints de cancer colorectal sur dix sont dénutris (enquête Nutricancer).
- On parle de dénutrition à partir du moment où le patient a perdu 10 % de son poids, même si les données récentes montrent qu’il y a des conséquences sur la santé dès 5 % de perte de poids.
- Le risque de présenter une complication sévère diminue de 64 % pour les patients atteints d’un cancer colorectal métastatique ayant reçu des conseils diététiques réguliers pendant le traitement.

Jeûne : pas d’effet protecteur prouvé : Malgré la forte médiatisation du jeûne et des régimes restrictifs, l’analyse globale des études scientifiques disponibles ne permet pas de conclure à l’intérêt de ces régimes en prévention des cancers ou pendant les traitements, selon le rapport d’expertise menée par le réseau National Alimentation Cancer Recherche (NACRe) soutenu par l’Institut national du cancer (INCa).
 

02 Octobre 2018

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