Cellules CAR-T : Un traitement révolutionnaire contre des cancers du sang

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Un traitement révolutionnaire contre des cancers du sang

Traiter des cancers du sang en modifiant génétiquement des cellules immunitaires, c’est ce que proposent deux hôpitaux parisiens, Robert Debré et Saint-Louis, récemment labellisés parmi les tout premiers centres experts pour le traitement par cellules CAR-T (prononcer CAR-ti) en Europe. Le principe de cette immunothérapie est le suivant : « Nous modifions en laboratoire certaines cellules immunitaires du patient (les lymphocytes T), afin de les munir d’un récepteur, le CAR (pour Chimeric Antigen Receptor, c’est-à-dire récepteur antigénique chimérique), capable de traquer les cellules tumorales », explique le docteur Sophie Bernard, hématologue à l’hôpital Saint- Louis. Autrement dit, on exploite le système immunitaire pour fabriquer un médicament sur mesure.


Taux de rémission élevés

Pour certaines formes de cancer du sang (lymphome folliculaire, lymphome à cellules du manteau, lymphome diffus à grandes cellules B, leucémie aiguë lymphoblastique), réfractaires aux thérapies conventionnelles telles que les chimiothérapies, ce traitement innovant fait office de révolution. Et pour cause : les résultats sont particulièrement extraordinaires, avec des taux de rémission très élevés, et parfois inattendus. « Pour les patients atteints d’un lymphome diffus à grandes cellules B réfractaire, le taux de survie à douze mois est de 50 à 60 % et le taux de réponse complète, de 40 à 58 % », indique le docteur Sophie Bernard. Ainsi, des patients qui se croyaient condamnés ont pu reprendre le cours normal de leur vie. Mais ce traitement n’est pas sans effets secondaires importants. Ils sont dus au syndrome du relargage de cytokines, des molécules qui participent à la réponse immunitaire, mais dont la production en quantité très importante peut provoquer de fortes fièvres, endommager certains organes comme les reins, le cœur ou les poumons, voire entraîner des comas. « On observe également des cas de toxicité neurologique et de toxicité infectieuse », ajoute-t-elle. Mais des voies d’amélioration sont possibles, notamment en recherchant des marqueurs biologiques précoces de toxicité pour mieux les anticiper et, donc, pour mieux les traiter.


Perspectives thérapeutiques

À ce jour, une dizaine de patients ont pu être traités lors d’essais cliniques en France. Et vingt à trente patients de plus ont été pris en charge dans le cadre d’autorisations temporaires d’utilisation (ATU) accordées à deux laboratoires (Gilead/Kite et Novartis) par l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Ce qui veut dire que, en attendant la commercialisation et la fin des négociations serrées avec les industriels en raison du coût exorbitant de ces traitements (lire la position de la Ligue dans l’encadré ciaprès), un accès élargi au traitement a été rendu possible. Dans ce cadre protocolaire, les examens et les hospitalisations sont garanties par l’Assurance maladie. Demain, les cellules CAR-T offriront de multiples perspectives thérapeutiques, notamment dans le traitement de certaines tumeurs cérébrales, voire même, au-delà de l’oncologie, pour traiter des maladies inflammatoires par exemple.


Le point de vue de la Ligue :

Les industriels responsables du prix exorbitant des traitements innovants
« En dix ans, les prix des médicaments innovants contre le cancer ont été multipliés par quatre », constate amèrement Emmanuel Jammes, délégué « Société et politiques de santé » à la Ligue contre le cancer. Et ce n’est pas près de s’arrêter. En cause ? Les industriels, qui pratiquent des prix toujours plus élevés et réalisent des marges colossales, notamment en fonction de la solvabilité des pays. « Les prix sont déconnectés des coûts de production, des investissements en recherche et développement, au profit d’une approche sur la valeur pécuniaire que l’on accorde à la vie », dénonce-t-il. La Ligue est mobilisée sur le sujet depuis plusieurs années pour alerter les pouvoirs publics sur le fait qu’il sera de plus en plus difficile, pour le système de santé, de permettre un véritable accès aux meilleures thérapeutiques, sans discrimination, pour toutes les personnes malades. « Nous réclamons une intervention plus forte des pouvoirs publics pour rendre les prix transparents, ainsi qu’une équité dans l’accès aux soins », conclut-il.
 

« En impasse thérapeutique, j’ai intégré l’essai clinique sur les cellules CAR-T. »
Nadia Mercier, 43 ans, mariée, une fille de 17 ans
Suivie au CHU de Poitiers pour un lymphome diffus à grandes cellules B de stade 4, un cancer du sang agressif, on m’a d’abord proposé deux cures de chimiothérapie. Si le traitement a permis de réduire la taille de ma tumeur, il ne l’a malheureusement pas fait disparaître. J’ai alors été envoyée à Paris pour suivre le protocole Piver, mais la tumeur a très peu diminué. Le docteur Sophie Bernard m’a donc invitée à participer à un essai clinique sur les cellules CAR-T à l’hôpital Saint-Louis, à Paris. Comme j’étais en impasse thérapeutique, j’ai immédiatement accepté. Au préalable, j’ai dû passer quelques examens (analyses de sang, IRM, échographie cardiaque, ponction lombaire), puis on m’a prélevé mes globules blancs. Les cellules ont ensuite été envoyées dans un laboratoire aux États-Unis. Quelques semaines plus tard, j’ai été convoquée à l’hôpital pour suivre un traitement de trois jours sous perfusion, juste avant la réinjection de mes globules blancs génétiquement modifiés. Les effets secondaires ont été immédiats : j’ai eu plus de 40 de fièvre, ce qui m’a conduit au service de réanimation. Au bout de dix jours, je suis retournée au service hémato-oncologie Coquelicot 6. Très fatiguée, j’ai dû faire de la kinésithérapie pendant quatre jours pour me remuscler les jambes et me tenir en équilibre. Je remercie l’équipe médicale qui a fait preuve d’un grand soutien et s’est montrée très professionnelle. L’entourage familial est également très important dans cette situation. Quelques mois après le traitement, je suis en réponse partielle. Ma tumeur, qui mesurait initialement 152 mm, n’en mesure plus que 9,2 ! C’est encourageant. Des TEP scanners réguliers permettent de la surveiller. Je ne désespère pas d’être un jour en rémission.

En chiffres :

35 000 nouveaux cancers du sang ou hémopathies malignes touchent chaque année des adultes, des enfants et des adolescents.

83 % de réponse complète à trois ans des patients, enfants ou jeunes adultes (jusqu’à 25 ans) atteints d’une leucémie réfractaire.

40 % de réponse complète 15 mois après le traitement pour des patients atteints d’un lymphome diffus à grandes cellules B réfractaire.

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