Cardio-oncologie : protéger son coeur

19/06/2019

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Cardio-oncologie

 

Protéger son coeur

 

Parce que les traitements contre le cancer mettent à mal le coeur, la cardiologieoncologie, une approche médicale encore trop peu pratiquée en France, s’attèle à protéger cet organe. Le point avec le docteur Mathilde Baudet, cardiologue.

PAR CHLOÉ DUSSÈRE

 

« Le but de chaque consultation : mettre en place une stratégie de cardioprotection au service de la santé du patient. »
MATHILDE BAUDET,
cardiologue à l’hôpital Saint-Louis, Paris

 

19 % des malades du cancer de plus de 25 ans développent des maladies cardiovasculaires, et jusqu’à 25 % des plus de 50 ans en sont victimes. Pourquoi ?
Mathilde Baudet : Avant même de déclarer la maladie, la plupart des patients atteints d’un cancer présentent déjà des facteurs de risque cardiovasculaires communs avec ceux du cancer (tabagisme, sédentarité…). D’autre part, ils reçoivent des traitements – chimiothérapie et radiothérapie – qui peuvent être toxiques pour le système cardiovasculaire et l’affecter dans son ensemble, entraînant de l’hypertension artérielle, une accélération du développement du cholestérol dans les artères, des caillots dans les veines, une dysfonction du muscle cardiaque selon le traitement reçu. Et ce, quelle que soit la localisation de leur cancer. Il est donc nécessaire que cardiologues et oncologues travaillent ensemble pour la prise en charge globale de leur patient.

 

Quel est le rôle de la cardiooncologie, notamment pour éviter ces complications ?
M.B. : La cardio-oncologie consiste en une prise en charge cardiovasculaire des patients atteints d’un cancer. Avant le traitement, le cardio-oncologue rencontre les patients traités par chimiothérapie – notamment les plus toxiques pour le coeur – pour estimer leur risque de développer des complications. Pendant et après le traitement anticancéreux, le cardio-oncologue va dépister le plus précocement possible la survenue d’une complication cardio-vasculaire, et la traiter le cas échéant. Le but de chaque consultation : mettre en place une stratégie de cardioprotection par des traitements, des règles d’hygiène et de diététique au service de la santé du patient. Il s’agit d’un suivi au long cours : le cardiologue doit considérer le malade dans sa globalité avant, pendant et après son traitement.

 

Où en est la pratique de la cardio-oncologie aujourd’hui en France ?
M.B. : Nous en sommes aux balbutiements. Cette pratique est arrivée dans les années 2000 en Amérique du Nord, mais seulement autour de 2010 en Europe. Les plus dynamiques en la matière sont les Italiens et les Anglais. En France, il existe quatre structures de cardio-oncologie : à l’hôpital nord de Marseille et dans trois hôpitaux parisiens : Georges Pompidou, Saint-Louis et Saint-Antoine. C’est insuffisant, même si en parallèle des cardiologues de ville reçoivent en consultation des patients atteints de cancer. Il faut que nous puissions proposer un réel suivi, avec un parcours de soins spécifique à chaque patient et à proximité de son lieu de vie.

 

Les cardiologues sont-ils formés à cette nouvelle discipline ?
M.B. : Cette année, nous venons de créer un diplôme universitaire de cardiooncologie avec les universités de Marseille, Paris VI et Paris VII, mais jusqu’à présent, les cardiologues se sont formés sur le tas, en rencontrant des patients, en participant à des congrès, en s’informant dans la presse médicale…

 

Comment se déroule la première consultation de cardio-oncologie ?
M.B. : Tout commence avant le début du traitement du patient. Il s’agit de recueillir diverses informations : présente-t-il des facteurs de risque cardiovasculaire ? Fume-t-il ? Fait-il de l’hypertension ? Des membres de sa famille ont-ils des problèmes cardiovasculaires ? A-t-il déjà fait un infarctus ? Présente-t-il des symptômes cardiovasculaires ? Ensuite, on réalise des examens complémentaires : un électrocardiogramme et une échographie cardiaque pour vérifier le bon fonctionnement du coeur. À la fin de cette première consultation, le cardiologue rend ses conclusions en préconisant des modalités de suivi (fréquence des électrocardiogrammes, prises de sang, échographies, prochaines consultations…) et, si besoin, un traitement protecteur pour le coeur. Le cardiologue pourra alors échanger avec l’oncologue du patient pour déterminer le traitement anticancéreux.

 

Quelles stratégies de prévention la cardio-oncologie peut-elle proposer ?
M.B. : Cela dépend bien sûr du type de traitement que le patient reçoit. L’idéal consiste à dépister le patient avant qu’il ne développe des symptômes cliniques. Si on prend l’exemple des chimiothérapies causant le plus d’insuffisance cardiaque – les anthracyclines –, il est démontré qu’en pratiquant des échographies cardiaques régulières, notamment au cours de la première année de la maladie, on peut dépister la survenue d’une baisse de la fonction cardiaque, et ce, avant même que la personne ne ressente les symptômes d’une insuffisance cardiaque. Et la mise en route d’un traitement médicamenteux à ce moment-là permet à une large partie des patients de retrouver une fonction cardiaque quasiment normale. En revanche, une fois que les symptômes sont installés, il devient plus difficile de traiter les malades. Dépistée à temps et suivie pendant et après son traitement, une personne malade peut avoir les moyens de protéger son coeur, ce qui lui permettra de poursuivre sa chimiothérapie et donc d’augmenter ses chances de guérir de son cancer.

 

À lire
Pour apprendre à protéger son coeur, la Fédération française de cardiologie a édité des brochures contenant des conseils pratiques sur plusieurs thématiques : « coeur et stress », « activité physique » et « alimentation ». Ces publications sont disponibles en ligne : www.fedecardio.org/notre-documentation.
 

19 Juin 2019
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