Boissons sucrées : jus, sodas, limonades… à consommer avec modération

30/09/2019

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BOISSONS SUCRÉES

 

Jus, sodas, limonades… à consommer avec modération

 

Une nouvelle étude révèle que les boissons sucrées seraient associées au risque de cancer. Si la cause reste encore à préciser, ce constat invite à revoir notre alimentation. Jus, sodas, eaux aromatisées… que cachent ces boissons que les Français consomment à raison d’une cinquantaine de litres(1) par an ?

PAR CHLOÉ DUSSÈRE – ILLUSTRATIONS FRANCK JUERY

 

Au petit-déjeuner, en accompagnement du repas ou dans le courant de la journée, les boissons sucrées font partie intégrante de notre vie. Sodas, jus 100 % purs fruits, ou même thé et café sucrés, ces boissons entrent dans cette catégorie. Or, une nouvelle étude suggère un lien entre leur consommation et une augmentation du risque de cancer. Ce résultat est le fruit d’une étude réalisée par une équipe de chercheurs français de l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle(2) publiée le 10 juillet dernier dans le British Medical Journal(3).

Entre 2009 et 2018, la consommation alimentaire de 101 257 participants français réunis au sein de la cohorte NutriNet-Santé (voir encadré) a été mesurée (aliments et boissons consommés, quantités, valeurs nutritionnelles…) et analysée au regard de l’état de santé de ces mêmes participants au cours du suivi. Résultat : la consommation de boissons sucrées s’est révélée être associée à un risque plus élevé de cancer (2 193 cas sur 101 257) et, en particulier, de cancer du sein (693 cas). L’augmentation de 18 % de ce risque était observée pour une augmentation de 100 ml de boisson sucrée par jour (pour information, une canette standard contient 330 ml).

 

Jus et sodas : même combat ?

« Quand on analyse les résultats par type de boisson, on constate que la consommation de jus de fruits 100 % purs fruits sans sucre ajouté est également significativement associée au risque de cancer, précise le docteur Mathilde Touvier, chercheuse à l’Inserm et directrice de l’étude. Les purs jus de fruits contiennent des vitamines, quelques fibres, et pas d’additifs : en cela, ils surpassent les sodas en termes d’intérêt nutritionnel. Mais jus et sodas ont un point commun : leurs taux de sucres respectifs sont très proches. » Pas sûr que les 92 % de Français qui se régalent de jus de fruits(4) se doutent que leur breuvage préféré n’est pas sans risque pour leur santé ! Et que penser des smoothies et autres jus survitaminés que nous consommons en pensant qu’ils sont bénéfiques pour notre corps ? « Un fruit équivaut à deux ou trois carrés de sucre, explique Raphaël Gruman, diététicien nutritionniste. Pour faire un jus, on ne se contente pas d’une seule orange : en multipliant les fruits, on multiplie le sucre contenu dans un seul verre. Au final, un verre de jus équivaut à un verre de soda, soit six à sept morceaux de sucre. »

 

Des résultats à affiner

« Si on connaissait l’impact des boissons sucrées sur le diabète, les maladies cardiovasculaires et l’obésité, il existe encore peu d’études sur le lien entre la consommation de ces boissons et le développement du cancer, ajoute le docteur Mathilde Touvier. Les boissons sucrées sont un facteur de risque connu pour l’obésité, elle-même facteur de risque pour une douzaine de localisations de cancers. Cela explique certainement une partie de l’association, mais pas toute. En l’occurrence, ces boissons pourraient augmenter l’adiposité viscérale – c’est-à-dire les graisses autour des organes – ou l’inflammation chronique, ou encore la résistance à l’insuline, qui sont des facteurs de risque du cancer. D’autres pistes sont également à explorer, notamment les additifs alimentaires tels que les colorants présents dans les sodas. »
Pour mieux comprendre le lien entre boissons sucrées et risque de cancer, il faut maintenant confirmer ces résultats sur d’autres cohortes ailleurs dans le monde, dans des populations, des contextes socioculturels et des géographies différents. L’équipe du docteur Touvier va également explorer d’autres pistes. « De nouvelles recherches sont envisagées autour des index glycémiques* et des charges glycémiques* de ces boissons et des autres produits sucrés, ainsi que sur les liens avec la santé des différents types de sucre (sucre des fruits, des laitages, sucres simples ajoutés, etc.). Il faudra également compléter ces recherches épidémiologiques par des études expérimentales pour mieux comprendre les mécanismes identifiés. » Sans attendre ces nouvelles études, les conséquences des boissons sucrées sur le système cardio-métabolique étant déjà bien identifiées, le Programme national nutrition santé (PNNS) conseille de limiter la consommation de boissons sucrées – jus de fruits, sodas light ou non, boissons dites « énergisantes » – à moins d’un verre par jour.
 

(1) Euromonitor Passport International Database.
(2) EREN/Inserm U1153/Inra U1153/Cnam/Université Paris 13.
(3) https://www.bmj.com/content/366/bmj.l2408.
(4) Étude IFOP pour C10, 2016.

 

 

 

*Glossaire
L’index glycémique d’un aliment nous renseigne sur la qualité de ses glucides.

Il indique à quelle vitesse le glucose qu’il contient se retrouve dans le sang après ingestion.

La charge glycémique prend en compte à la fois l’index glycémique d’un aliment et la quantité de glucides avalés.

Ainsi, elle évalue la capacité à élever le taux de sucre dans le sang d’une portion courante d’un aliment.

 

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Faites avancer la recherche en devenant « nutrinaute »

Lancée en 2009, l’étude de santé publique NutriNet- Santé est coordonnée par l’Équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (EREN/Inserm/Inra/ Cnam/Université Paris 13). Sa mission : faire avancer la recherche sur les liens entre nutrition et santé. Pour cela, elle s’appuie sur l’engagement et la fidélité de plus de 160 000 « nutrinautes », des citoyens volontaires qui consacrent quelques minutes par mois à répondre à un questionnaire en ligne accessible sur une plateforme sécurisée (www.etude-nutrinet-sante.fr) portant sur leur alimentation, leur activité physique et leur santé. Depuis sa création, l’étude a déjà donné lieu à plus de 160 publications scientifiques internationales. Pour aller plus loin, l’Équipe de recherche a besoin de recruter de nouveaux nutrinautes. Vous souhaitez contribuer ? Rendez-vous sur le site : www.etude-nutrinet-sante.fr.

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RAPHAËL GRUMAN, diététicien nutritionniste

« Il existe des alternatives intéressantes aux boissons sucrées. »

Dans une alimentation équilibrée, avons-nous besoin de sucre ?
Non, nous n’avons pas du tout besoin de sucre pour vivre. Jusque dans les années 50, le goût sucré n’existait pas dans l’alimentation, c’est une pure invention de l’homme. Aujourd’hui, le lobby du sucre étant très puissant, ce goût se répand et nous avons du mal à nous en passer. Le sucre agit comme une drogue qui calme, qui rassure. Alors, pour se passer de cette addiction, il faut véritablement se sevrer. C’est pourquoi je conseille à mes patients de s’en passer le plus possible. Ainsi, ils perdent l’habitude de cette saveur et, quand ils sont de nouveau exposés à un aliment sucré, il leur paraît trop fort.

Quel est le rôle du sucre dans le développement du cancer ?
On sait maintenant que les cellules des tumeurs se nourrissent de sucre. Je conseille donc à mes patients sous chimiothérapie d’observer un régime cétogène, principalement constitué de graisses et de protéines, mais d’éviter les sucres au maximum. Une étude vient de mettre en évidence le lien entre boissons sucrées et risque de cancer…

Quel regard portez-vous sur ces résultats ?
Cette étude a l’intérêt de démontrer l’existence d’un risque dont on se doutait et de le quantifier. Ce risque de cancer apparaîtrait dès la consommation de 100 ml de boisson sucrée par jour, un score que je retrouve chez bon nombre de mes patients.

Quelle alternative possible aux boissons sucrées ?
Quand on a l’habitude de boire un jus de fruits le matin, je conseille de manger le fruit lui-même. Cela permet de profiter de toutes ses vitamines et qualités nutritives, lesquelles sont altérées quand le fruit est pressé, et donc exposé à l’oxygène et à la chaleur. Les eaux aromatisées faites maison sont également très intéressantes. Il suffit, par exemple, de faire infuser dans une carafe de la fraise, de la menthe, du concombre et d’ajouter un trait de citron. Ce type de boisson, à boire très frais, peut être consommée à volonté car elle apporte l’arôme des fruits sans le sucre luimême, ni les calories. Un thé glacé composé de thé, menthe et citron sans ajout de sucre peut également être une alternative saine aux sodas et jus. En revanche, je ne recommande pas les boissons édulcorées car elles dupent le cerveau et augmentent finalement l’appétence en donnant envie de consommer plus sucré.

 

30 Septembre 2019
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