Hépatite C : un parcours de soins simplifié

17/12/2019

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HÉPATITE C

Un parcours de soins simplifié

 

Jusque-là réservée aux médecins spécialistes, la prise en charge de l’hépatite C est désormais ouverte à tous les médecins. De quoi simplifier l’accès aux traitements et aider à l’élimination de cette infection en France.

PAR LINDA TAORMINA

 

Cette mesure était attendue depuis longtemps par les patients atteints d’hépatite C chronique. Désormais, les malades dont la prise en charge ne présente pas de difficulté particulière peuvent accéder à « un parcours de soins simplifié » en prenant rendez-vous directement avec leur médecin traitant. Concrètement, cela signifie qu’ils ne sont plus obligés de passer par un spécialiste pour obtenir la prescription de deux combinaisons vpangénotypiques d’antiviraux à action directe (AAD), des médicaments très efficaces sur de courtes durées (huit à douze semaines). Une prise en charge facilitée pour les patients atteints de formes non compliquées de la maladie et n’ayant ni d’autre maladie du foie, ni d’autre maladie non hépatique sévère. Et une façon de réduire les risques de transmission et/ou de développement de complications potentiellement mortelles. « L’objectif de cette mesure est de faire en sorte que tout le monde puisse accéder aux traitements le plus rapidement possible. Moins il y a d’étapes dans le parcours de soins, plus le pourcentage de patients dépistés et traités est important », indique Hélène Fontaine, membre du conseil d’administration de l’Association française pour l’étude du foie (AFEF).

L’hépatite C

Découverte en 1989, l’hépatite C est une maladie infectieuse d’origine virale transmise par le sang qui peut être responsable de lésions sévères du foie. L’infection aiguë provoquée par le virus de l’hépatite C (VHC) devient chronique dans 65 % des cas environ. Une fibrose du foie peut apparaître plus ou moins rapidement, avec une évolution possible vers la cirrhose dans environ 20 % des cas ; la fréquence de développement du cancer du foie au stade de cirrhose est de 3 % par année d’évolution de la cirrhose. « Parfois, on observe des manifestations extra-hépatiques au niveau des reins, de la peau et des nerfs, explique Hélène Fontaine. La guérison de l’hépatite C permet la diminution, voire la disparition de toutes ces complications. »

Un accès aux traitements facilité

Depuis mai dernier, l’élargissement de la prescription des AAD en France s’inscrit dans une démarche du ministère des Solidarités et de la Santé, dans le cadre de son plan Priorité Prévention 2018-2022. Dans une fiche mémo publiée sur son site, la Haute Autorité de santé (HAS) rappelle à tous les médecins qu’il est recommandé de pratiquer un dépistage du VHC chez toute personne à risque ou estimant qu’elle a pu avoir un contact avec le virus, ou pour laquelle le médecin traitant pense qu’il y a un risque. Une simple prise de sang permet de vérifier la présence ou non d’anticorps. Si le test est négatif, cela signifie que le patient n’est pas contaminé, sauf dans le cas d’une infection récente ou d’une immunodépression sévère. Si le test est positif, une deuxième prise de sang est prescrite pour rechercher le virus luimême, afin de confirmer l’infection chronique. Dans ce cas, le rôle du médecin traitant consiste d’abord à rechercher et à évaluer les éventuelles comorbidités (consommation d’alcool excessive, infection par le virus de l’hépatite B et/ou VIH, obésité, diabète, insuffisance rénale sévère, cirrhose du foie…), puis la sévérité de la maladie hépatique – dont le stade de cirrhose – via trois méthodes non invasives : le Fibrotest (test sanguin), le Fibromètre (test sanguin) et le Fibroscan (ultrasons). Si l’une de ces pathologies est associée au VHC, alors le patient est orienté vers « un parcours de soins spécialisé », assuré par un médecin spécialisé en hépato-gastroentérologie.

Vers une guérison complète

En l’absence de maladie hépatique sévère, de traitement antérieur par antiviraux à action directe et de comorbidités, deux options thérapeutiques s’offrent aux malades : la prescription de l’Epclusa pendant douze semaines, ou du Maviret pendant huit semaines, deux médicaments présentés sous la forme de comprimés. « Des traitements innovants courts et très efficaces, puisqu’ils peuvent guérir l’infection chez plus de 95 % des patients, avec peu ou pas d’effets indésirables », observe Hélène Fontaine. Cela les différencie complètement des médicaments contre l’hépatite B ou le VIH, qui sont également très efficaces mais doivent être prescrits au long cours. Pour attester la guérison complète du patient, une dernière prise de sang est systématiquement prescrite, trois mois après l’arrêt du traitement. D’autres peuvent être nécessaires ultérieurement chez les patients ayant des habitudes de vie favorisant une nouvelle contamination : en effet, guérir d’une infection par le virus de l’hépatite C ne protège pas d’une nouvelle contamination.

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Les personnes exclues du parcours de soins simplifié

Les patients séropositifs au VHC ayant des comorbidités pathologiques, telles qu’une
consommation d’alcool excessive, une infection virale par le VHB ou VIH, une surcharge du foie en
graisse, un surpoids lié à de l’obésité, du diabète, une insuffisance rénale sévère ou encore une
maladie sévère du foie (dont le stade de cirrhose) sont systématiquement orientés vers un parcours
de soins spécialisé. En effet, leur cas nécessite une prise en charge thérapeutique spécifique
pour adapter le traitement, assurer la prise en charge des autres maladies hépatiques et adapter
la surveillance après la guérison de l’infection par le VHC (cette dernière ne suffisant pas,
à elle seule, à guérir le foie).

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Interview

   HÉLÈNE FONTAINE
membre du conseil d’administration de l’Association française pour l’étude du foie (AFEF)

« Chacun devrait se faire dépister au moins une fois dans sa vie ! »

Comment les patients qui s’ignorent vont-ils être intégrés au parcours de soins simplifié ?
Hélène Fontaine : La simplification du parcours de soins va permettre de généraliser le dépistage de l’hépatite C. Ce qui est une très bonne nouvelle,
puisqu’on estime qu’environ 75 000 personnes en France sont infectées mais ne le savent pas ! Le médecin traitant, qui est celui qui connaît le mieux ses
patients, a désormais un rôle majeur à jouer en matière d’information et de sensibilisation, en particulier sur les risques de transmission. Il devient un
interlocuteur privilégié dans la prise en charge de cette pathologie, ce qui facilite grandement les échanges et permet un suivi personnalisé, au plus proche
du domicile des patients.

En quoi un meilleur accès au traitement va-t-il éradiquer le virus en France à l’horizon 2025 ?
H. F. :
Cette éradication est définie par une diminution de 90 % de nouveaux cas, associée à une réduction de la mortalité liée au virus
de 60 %. Le fait que plus de 95 % des patients sont guéris de leur infection grâce au traitement et que les antiviraux à action directe sont désormais remboursés par la Sécurité sociale laisse
penser que la France peut atteindre son objectif.

Y a-t-il d’autres actions à mener pour y parvenir ?
H. F. :
Bien sûr. Non seulement il faut traiter l’ensemble des patients atteints mais il faut aussi développer des mesures de prévention
pour éviter toute nouvelle contamination et traiter les comorbidités associées au virus de l’hépatite C (consommation d’alcool excessive, surcharge
du foie en graisse), sans quoi les possibilités d’éradication seront remises en cause.

 

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DÉPISTAGE : PRIORITÉ AUX PERSONNES À RISQUE !

Nombreux sont les patients infectés par le VHC mais qui ne le savent même pas. Pour eux, le dépistage est plus que recommandé.

Parmi les personnes à risque, la HAS a recensé un public très large.
Les personnes ayant eu avant 1992 :
- une transfusion ;
- une intervention chirurgicale lourde ;
- un séjour en réanimation ;
- un accouchement difficile ;
- une hémorragie digestive ;
- des soins à la naissance en néonatalogie ou en pédiatrie (grands prématurés,exsanguinotransfusion) ;
- une greffe de tissu, cellules ou organe.
Les patients hémodialysés.
Les personnes ayant utilisé une drogue par voie intraveineuse ou pernasale (partage du matériel de préparation et d’injection, partage de paille).
Les enfants nés de mère séropositive du VHC.
Les partenaires sexuels des personnes atteintes d’hépatite C chronique.
Les hommes ayant eu des rapports sexuels avec des hommes (HSH).
Les membres de l’entourage familial des personnes atteintes d’hépatite C chronique (partage d’objets pouvant être souillés par du sang tels qu’un rasoir ou une brosse à dents).
Les personnes incarcérées ou l’ayant été (partage d’objets coupants, pratiques addictives).
Les personnes ayant eu un tatouage ou un piercing, de la mésothérapie ou de l’acupuncture, réalisés en l’absence de matériel à usage unique ou personnel.
Les personnes originaires ou ayant séjourné plusieurs années ou ayant reçu des soins (médicaux ou dentaires) dans des pays à forte prévalence du VHC.
Les patients ayant un taux d’alanine aminotransférase (ALAT) supérieur à la normale.
Les patients séropositifs pour le VIH ou porteurs du virus de l’hépatite B. – Les professionnels de santé en cas d’accident d’exposition au sang.

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Le saviez vous ?
En France, d’après les spécialistes, il restait environ 100 000 personnes à traiter fin 2018, dont 75 000 ne sachant toujours pas qu’elles étaient contaminées. Et, chaque année, on compte 3 000 à 5 000 nouveaux cas. Une tendance qui se vérifie dans le monde, puisque sur les 71 millions de personnes infectées par le VHC en 2015, seules 14 millions connaissaient leur situation, d’après l’OMS.

 

17 Décembre 2019
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