Reconstruction mammaire : dessine-moi un sein…

17/12/2019

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RECONSTRUCTION MAMMAIRE

Dessine-moi un sein…

Dermopigmentation médicale, tatouage en 3D… plusieurs techniques permettent de redessiner un téton disparu suite à une mastectomie.Loin de la simple coquetterie, cette étape permet aux femmes de se réapproprier leur corps après un cancer du sein.

PAR CHLOÉ DUSSÈRE

 

Si la reconstruction mammaire permet aux femmes de retrouver la forme d’un sein opéré suite à un cancer, cette étape reste inachevée tant que le mamelon et l’aréole, rendus invisibles par la chirurgie, restent absents. En fonction du profil de chacune, une greffe de mamelon peut être proposée mais, avec ou sans ajout de peau, cette zone du sein peut être redessinée et recolorée pour donner l’illusion d’un mamelon et de son aréole. Pour cela, il existe deux principales techniques : la dermopigmentation médicale et le tatouage en 3D.

Deux méthodes, deux environnements

Pratiquée par un médecin ou un personnel paramédical formé et encadré par un médecin, la dermopigmentation médicale consiste à redessiner la plaque aréolomamelonnaire
à l’hôpital ou en cabinet, à l’aide de pigments médicaux – minéraux ou organiques – implantés dans la partie superficielle de la peau. Ces pigments
ayant tendance à s’estomper avec le temps, il faut prévoir des retouches régulières pour conserver un rendu satisfaisant. De son côté, le tatouage en 3D
est réalisé par un artiste tatoueur, dans son salon. Il utilise des encres connues pour être durables dans le temps, les mêmes que celles utilisées pour la réalisation
de tatouages artistiques. Quelle que soit la méthode choisie, le résultat final se veut le plus proche possible de la réalité, à grand renfort de nuances, jeux
d’ombres et mélanges de couleurs adaptées à la carnation de chacune.

Choisir le bon moment

Parce qu’il n’est pas évident, pour une femme ayant subi de nombreux traitements, de montrer de nouveau ses seins, même pour les embellir, il est essentiel de prendre le temps
de choisir le bon moment pour faire une dermopigmentation ou un tatouage 3D. En ce qui concerne la dermopigmentation, il est recommandé aux femmes – et aux rares
hommes concernés – d’attendre en moyenne quatre à six mois de cicatrisation après la dernière intervention pour un tatouage du mamelon et de l’aréole. Les traitements
abîment et fragilisent la peau, d’où l’importance d’une mise au repos avant une nouvelle intervention et la nécessité de prendre en compte les contre-indications médicales, l’histoire de
la maladie et l’intégralité du patient. Concernant les sensations ressenties lors d’une intervention, seul le médecin peut proposer des solutions antidouleur. Il peut proposer une
crème anesthésiante, ou même une anesthésie locale. L’hypnose médicale peut également donner de bons résultats pour détendre la personne, et donc sa peau, ce qui favorisera
un meilleur résultat. Dans le cas du tatouage 3D, l’utilisation d’un anesthésiant topique est impossible car ce geste est réservé aux seuls médecins.

Le prix de la « touche finale »

La dermopigmentation médicale de la plaque aréolo-mamelonnaire réalisée dans le cadre d’une affection de longue durée (ALD) est un acte médical pris en charge à 100 % par l’assurance
maladie. Le tatouage 3D effectué chez un artiste tatoueur dûment formé et spécialisé coûte quelques centaines d’euros et n’ouvre pas droit à un remboursement public. En
revanche, certaines mutuelles et associations de patients peuvent contribuer à cette dépense et, dans de rares cas, les aides sociales proposées par la Sécurité sociale peuvent également
être mobilisées. Quelle que soit la technique utilisée, l’essentiel est de trouver le bon professionnel pour réaliser ce dessin, celui qui saura être à l’écoute, redonner confiance et prendre le temps de réaliser un téton sur
mesure, point final d’une épreuve que l’on souhaite clore.
 

 

 

 

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CORINNE POULIQUEN,
tatouée par Alexia Cassar après un cancer du sein

 

« Je peux enfin me regarder dans le miroir. »

Après mon cancer du sein en 2012, j’ai subi une reconstruction très lourde et le résultat n’était pas au rendez-vous. La greffe de téton n’avait pas pris sur ma peau très irradiée et je ne me sentais plus femme, c’était très difficile à vivre. J’avais eu connaissance du travail d’Alexia Cassar, alors je l’ai rencontrée et elle m’a tout de suite rassurée. Sa douceur et son écoute m’ont donné envie de lui faire confiance. En plus du téton, elle m’a proposé une vraie composition florale autour de mes seins. J’ai adoré le projet de ces fleurs qui symbolisent l’éclosion de ma nouvelle vie. Maintenant, je suis fière de montrer mes seins ! Les tatouages d’Alexia, c’est vraiment une magnifique alternative à la douleur psychique et aux cicatrices que la maladie nous impose.

 

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Les tétons en trompe-l’oeil d’Alexia Cassar

Première Française à avoir ouvert un salon de tatouage dédié aux personnes en reconstruction mammaire suite à un cancer, Alexia Cassar recrée des tétons plus vrais que nature.
« The Tétons Tattoo Shop » a déjà permis à plus de 450 femmes et 7 hommes de retrouver un peu de confiance en eux. Interview.

ALEXIA CASSAR,
tatoueuse de tétons en trompe-l’oeil

Pourquoi avoir choisi de vous consacrer au tatouage de tétons ?
Alexia Cassar : Biologiste de métier, j’ai d’abord passé quinze ans de ma carrière à participer au développement de molécules innovantes en oncologie. Un événement personnel – le cancer de ma fille –, a bouleversé ma vie tout en amorçant une réflexion sur l’évolution de ma carrière professionnelle. J’ai eu envie de modifier mon niveau d’implication auprès des patients, de leur apporter une aide directe. Ce projet a mûri pendant un an durant lequel j’ai fait de la recherche sur la thématique du tatouage et de l’aprèscancer, puis je me suis formée au tatouage traditionnel auprès d’un maître-tatoueur français et à la dermopigmentation médicale avant de devoir partir aux États-Unis pour me former spécifiquement auprès d’une disciple de Vinnie Myers, tatoueur américain spécialisé dans le tatouage en 3D des tétons. Cette technique consiste à donner l’illusion du relief en simulant la texture, la couleur et la forme du mamelon et de l’aréole avec un réalisme encore plus convaincant qu’une greffe. En septembre 2017, j’ouvrais mon premier salon, The Tétons Tattoo Shop, à Marly-la-Ville (95), puis un second, à Nice.

Comment se déroule une séance ?
A. C. :
Je prends le temps de dialoguer avec chaque cliente. Pendant une heure, je l’invite à revenir sur son parcours, son vécu, ses attentes et je l’informe des contre-indications liées à la pratique du tatouage (diabète, maladie auto-immune, insuffisance rénale ou cardiaque…). J’invite chacune à discuter de sa démarche avec son chirurgien pour faire son choix en pleine conscience. Le tatouage en lui-même dure 30 à 40 minutes par téton et il n’est pas ou peu douloureux. La cliente repart avec un pansement pour garantir une
cicatrisation en milieu propre et nous faisons un état des lieux un mois plus tard pour décider d’une éventuelle retouche. Quand la cliente découvre son tatouage dans le miroir, l’émotion est intense. J’assiste à la réappropriation de leur corps.

Vous vous battez aujourd’hui pour que votre pratique soit davantage encadrée… Pourquoi ?
A. C. :
Je vois fleurir des salons qui proposent de tatouer des tétons mais les personnes qui tiennent ces lieux n’ont reçu aucune formation spécifique et ne savent pas grand-chose du travail sur une peau cicatricielle ou irradiée suite à un cancer, pas plus que de la cicatrisation particulière de cette population fragile et exposée aux traitements anticancer. Cette pratique m’inquiète car aujourd’hui, n’importe qui peut se procurer une machine à tatouer et des encres douteuses sur Internet pour en tirer profit. Pour les femmes, c’est la double peine : elles se retrouvent avec un dessin approximatif et indélébile alors qu’elles attendaient une réparation suite à un vécu déjà douloureux. Je me bats pour la création d’un référentiel qui encadre cette pratique avec des exigences en matière d’hygiène, de formation du personnel, de produits utilisés… ainsi que pour la mise en place d’études cliniques validant cette technique pour faciliter sa prise en charge. Les mutuelles soutiennent ma démarche en accordant des aides sociales à leurs assurées venant se faire tatouer par mes soins et le Syndicat national des artistes tatoueurs soutient complètement cette nouvelle branche « solidaire » de cet art.

 

En savoir +
thetétonstattooshop.com

 

17 Décembre 2019
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