Virus de la rougeole : une nouvelle piste contre le mésothéliome

15/09/2020

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VIRUS DE LA ROUGEOLE

 

Une nouvelle piste contre le mésothéliome

 
 
Les recherches de plusieurs équipes ayant bénéficié du soutien de la Ligue, notamment celle du professeur Marc Grégoire (Inserm UMR 1232, Centre de cancérologie et immunologie Nantes-Angers), ont précisé les mécanismes de l’activité anticancéreuse du vaccin contre la rougeole. À terme, ce vaccin pourrait constituer un nouveau traitement du cancer de la plèvre et d’autres tumeurs.
 
PAR CORINNE DRAULT
 
 
 
On sait désormais pourquoi une souche vaccinale du virus de la rougeole est capable de détruire sélectivement certaines lignées de cellules de mésothéliome pleural malin (MPM). Ce résultat permet d’envisager de nouvelles stratégies thérapeutiques fondées sur un vaccin contre la rougeole optimisé et susceptibles d’améliorer le traitement du cancer de la plèvre et d’autres tumeurs. Il a été observé dès la fin du XIXe siècle que certains cancers pouvaient régresser à la suite d’une infection virale. C’est le cas, par exemple, du lymphome de Hodgkin après une rougeole ou du mélanome suite à une infection par un virus herpès. Plus d’un siècle après, des décennies d’observation et de recherche ont permis de comprendre que certains virus dits « oncolytiques » avaient la capacité d’infecter et de tuer sélectivement des cellules cancéreuses mais également d’activer une réponse immunitaire antitumorale.
 
L’utilisation thérapeutique de ces virus, ce qu’on appelle l’immunothérapie oncolytique, constitue déjà une réalité qui s’est traduite par un traitement du mélanome métastatique (approuvé en 2015) et plusieurs essais cliniques en cours pour d’autres cancers. Des recherches réalisées en France dans ce domaine pourraient déboucher sur une nouvelle approche du traitement du cancer de la plèvre fondée sur une souche vaccinale du virus de la rougeole.
 
 
Un virus tueur de tumeurs
 
 
Soutenue par la Ligue nationale et des Comités départementaux de la Ligue du Grand-Ouest, l’équipe du professeur Marc Grégoire étudie depuis une dizaine d’années l’activité antitumorale d’une souche virale atténuée utilisée dans le vaccin contre la rougeole.
Testée sur des cultures cellulaires, cette souche est capable de tuer des cellules tumorales mais épargne les cellules saines. Des résultats obtenus par l’équipe en 2013 ont permis de mieux comprendre cette activité antitumorale spécifique. Contrairement à leur hypothèse initiale, les chercheurs ont constaté que la souche virale infecte aussi bien les cellules saines que les cellules tumorales. Toutefois, « les cellules saines sont capables de se défendre contre le virus, contrairement aux cellules tumorales »,
explique le docteur Jean-François Fonteneau, responsable de ces recherches à Nantes.
 
 
Sans gènes et sans défenses
 
 
Les nouveaux résultats de l’équipe lèvent le voile sur les mécanismes à l’origine de la sensibilité des cellules cancéreuses. En collaboration avec l’équipe du professeur Frédéric Tanguy à l’Institut Pasteur (CNRS 3569, unité de Génomique virale et vaccination, Paris), les chercheurs ont testé dans un premier temps le virus atténué sur différentes lignées cultivées de cellules tumorales prélevées sur vingt-deux patients. « Nous avons constaté que quinze lignées étaient sensibles, soit 70 % d’entre elles. » En d’autres termes, toutes les lignées de cellules cancéreuses ne présentent pas la même sensibilité au virus. Forts de ce constat, les chercheurs ont analysé le génome des quinze lignées sensibles. Ce travail réalisé en collaboration avec l’équipe du docteur Didier Jean (Génomique fonctionnelle du mésothéliome, centre de recherche des Cordeliers, Paris) a révélé que l’incapacité des cellules tumorales à résister au virus est liée à la perte de gènes codants pour les interférons de type 1, 
des protéines essentielles à la défense antivirale des cellules. Par ailleurs, les chercheurs ont pu montrer que cette perte est directement liée à l’événement génétique à l’origine du cancer de la plèvre chez 75 % des malades. Cet événement, la délétion du gène suppresseur de tumeur(1) CDKNA2, est également impliqué dans la survenue d’autres cancers comme les glioblastomes, le cancer de la vessie et celui du pancréas.
 
 
Du vaccin à la thérapie anticancéreuse
 
 
Au final, l’ensemble de ces travaux marque un tournant dans la compréhension des mécanismes qui conditionnent l’efficacité de l’immunothérapie oncolytique. Ce faisant, ils ouvrent de nouvelles perspectives pour optimiser l’efficacité du vaccin
contre la rougeole dans le traitement du MPM. « Des recherches sont en cours pour lui conférer une plus grande spécificité vis-à-vis des cellules tumorales, notamment celles qui sont résistantes. Avec le professeur Frédéric Tanguy, nous avons
commencé les démarches afin de développer prochainement un essai clinique destiné à évaluer l’efficacité thérapeutique de ce virus contre le cancer de la plèvre et d’autres cancers. Enfin, ces résultats permettent d’envisager de développer un test pour détecter les patients susceptibles de répondre à la thérapie par le vaccin contre la rougeole. »
 
 
 
(1) Un gène suppresseur de tumeur a pour activité de limiter la prolifération cellulaire ; il contribue en cela à protéger la cellule de la cancérisation.
 
15 Septembre 2020
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