En présence d'un cancer du col invasif (le terme "invasif" s'oppose à "in situ"), une chirurgie large avec ablation totale de l'utérus (= hystérectomie radicale) ainsi que des ganglions lymphatiques du petit bassin (= lymphadénectomie) est la règle.
Or, il arrive qu'un tel cancer survienne chez une jeune femme encore en âge d'avoir des enfants. Peut-on faire bénéficier à certaines de ces jeunes femmes, et sous conditions strictes de sécurité, une chirurgie limitée laissant ouverte la possibilité d'avoir un enfant ?
On peut comparer cette démarche à celle utilisée lorsqu’un traitement conservateur du sein (tumorectomie) a été proposé à l'époque où l'ablation du sein était la règle et ce, quelque soit la taille de la tumeur. Il a fallu des études solides, et sur plusieurs années, pour pouvoir le proposer en toute conscience aux patientes présentant une petite tumeur bien localisée.
Dans le cas du cancer du col utérin, une équipe de chercheurs italiens a mené un essai de traitement permettant aux jeunes femmes atteintes d'un cancer du col de petite taille et bien localisé de conserver leur utérus*.
Le principe en est de réduire dans un premier temps la taille de la tumeur par une chimiothérapie première (dite "néoadjuvante"), chimiothérapie qui détruira également les éventuelles cellules tumorales pouvant déjà exister dans les tissus péri-cervicaux et dans les ganglions lymphatiques pelviens, puis de pratiquer une chirurgie très limitée.
Méthode
Entre 1995 et 1997, ont été incluses 21 patientes, âgées de moins de 40 ans, nullipares, atteintes d'un cancer du col localisé de moins de 3 cm, sans envahissement utérin ni ganglionnaire, confirmé par IRM (= imagerie par résonance magnétique nucléaire) et par un petscan, chaque fois que possible.
Le traitement comporte une chimiothérapie néoadjuvante comportant l'association de trois anticancéreux et une chirurgie comportant une conisation du col (= ablation du col) associée à l'ablation de tous les ganglions lymphatiques pelviens (lymphadénectomie pelviennne totale). Ces ganglions sont bien sûr analysés en totalité. Ce temps est essentiel pour assurer la sécurité maximale.
Résultats
→ Epidémiologie :
- l'âge moyen des patientes est de 30 ans (17-39 ans) ;
- la taille moyenne de la tumeur est de 15 mm (10-30 mm) ;
- le type histologique est un adénocarcinome (= cancer de type glandulaire) dans 57 % des cas ou un carcinome de type épithélial dans 43 % des cas ;
- le grade histologique témoignant de l'agressivité des cellules est de : 33 % grade I, 19 % grade II, et 48 % grade III, l'agressivité étant croissante en fonction du grade.
→ Résultats après la chimio néoadjuvante :
Dans tous les cas, on assiste à une régression clinique spectaculaire. Sur le plan microscopique, on observe une rémission complète dans 5 cas sur les 21 ayant accepté le protocole, un résidu minime dans 12 cas, et 4 cas de carcinome invasif pénétrant sur plus de 3 mm de profondeur.
→ Traitement chirurgical :
- quatre patientes ont été jugées inaptes à un traitement conservateur et ont subi une hysterectomie radicale avec lymphadénectomie ;
- mais la majorité, soit 17 patientes, ont pu bénéficier du traitement conservateur.
Les suites opératoires sont simples.
→ Suivi à long terme :
Après un suivi d'une durée moyenne de 69 mois, les 17 patientes aussi bien que les 4 hysterectomisées sont vivantes et sans récidive. Plus de la moitié des patientes ont choisi ce traitement dans l'espoir de maternité.
Dix grossesses sont survenues chez six malades. L'une d'entre elles a été interrompue par un avortement spontané. neuf ont été menées à terme dont sept accouchements par césarienne, et deux par les voies naturelles.
Conclusion
Bien que menée sur un nombre restreint de malades, cette étude semble montrer, que chez des patientes atteintes d'un cancer utérin de petite taille et strictement localisé, clairement informées, souhaitant une grossesse ultérieure, un traitement chirurgical conservateur par conisation et ablation des ganglions lymphatiques pelviens, précédé de trois mois de chimiothérapie, soit efficace, bien supporté et permette à ces jeunes femmes de mener à bien une grossesse.
* Maneo A. and al. Neoadjuvant chemotherapy and conservatrice surgery for stage IB1 cervical cancer. Gynec.Oncology. 2008; 11; 438-443