Fatigabilité musculaire intense (K du poumon)

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Ergé

Bonjour,

Il y a 10 ans, à 65 ans, je me découvrais (j'ai une formation de médecin) un cancer du poumon, 29 ans après l'arrêt du tabac.

Un citron... sans aucune manifestation bien sûr jusqu'à un bruit bizarre un soir. Rapidement pris en charge et exploré, on espérait une simple lobectomie, mais devant des adhérences, le chirurgien a dû pratiquer une pneumonectomie gauche, deux mois après le diagnostic. 
Les suites, bien que chaotiques quand je relis ce que je racontais à l'époque, ne m'ont pas laissé de mauvais souvenirs.
Un mois et demi plus tard, pose d'un Picc Line puis début de la chimiothérapie. Thrombose sous-clavière sur ce Picc Line détectée lors de mon hospitalisation, mise sous héparine, perfusion de chimio. Une semaine plus tard deuxième partie de la première série de chimio, et quelques jours plus tard septicémie, colite à la Navelbine, épuisement et deux semaines d'hospitalisation sous alimentation parentérale, une loque au fond de mon lit et une perte de poids d'environ 12 kilos.
Peu à peu, après ma sortie, mon état s'est amélioré. La chimio a été arrêtée et j'ai pu subir ensuite la radiothérapie, très bien tolérée, elle.

A peu près deux ans plus tard, je me sentais en bonne forme, j'arrivais encore à bricoler, mais un scanner de contrôle a montré une récidive ganglionnaire, et brutalement est apparue une paralysie récurrentielle avec troubles de la voix (toujours présents). Nouvelle chimiothérapie (3 séances au lieu de 4) avec un autre protocole. Épuisement moindre mais net, anémie ++, puis de nouveau radiothérapie.

Après 7 années de contrôles systématiques (scanner TAP, IRM cérébrale), sans parler de rémission, l'oncologue a décidé de stopper ces contrôles, aucune anomalie n'étant survenue pendant cette période. 
Ces traitements m'ont aussi impacté les reins dès la première chimio, avec une aggravation lente de mon insuffisance rénale depuis...

Depuis ces traitements, divers troubles neurologiques notamment au niveau de la sensibilité des pieds, heureusement peu gênants au quotidien, sinon des épisodes de douleurs inopinées, bilatérales et simultanées, brèves et brutales, au niveau des deuxième et troisième orteils, en position allongée. 
Surtout une fatigabilité musculaire intense qui, effets de la chimio probablement associés aux effets secondaires des médicaments à visée cardio-vasculaire (HTA + HT pulmonaire, troubles du rythme secondaires à la pneumonectomie), me perturbe considérablement, m'empêchant de jardiner ou bricoler. Bien souvent, sur un simple tour du jardin où je me suis baissé quelquefois pour arracher de mauvaises herbes, je rentre tête basse, incapable de la tenir relevée, muscles cervicaux épuisés.
J'ai pris l'habitude de dire que je vide ma batterie à une vitesse vertigineuse ! Selon les cas, c'est l'épuisement musculaire ou l'essoufflement qui m'arrête. Ce manque de force ne rend souvent instable sur sol non plat, ou encore si je dois changer rapidement de direction, avec de gros risques de chute.

Il y a quelques années, après la deuxième série de chimio et radiothérapie, pour des douleurs rachidiennes, j'ai eu quelques séances de massage et rééducation qui ont soulagé les douleurs, mais pas amélioré la fatigabilité : 3 minutes sur un stepper suffisaient déjà à m'épuiser.

Est-ce parce que j'ai été médecin ? Aucun confrère ne m'a jamais donné le moindre conseil hygiéno-diététique que ce soit sur le plan rénal ou cardio-vasculaire, et encore moins pour ces douleurs et cette fatigabilité musculaire. J'ai l'impression aussi que du fait qu'il n'y a plus actuellement de signe de ce cancer, tout le monde s'en contente, le reste, on s'en moque...
Je devrais peut-être m'en contenter aussi, regarder ceux qui sont dans un état pire, et j'en ai vu pendant mes hospitalisations et séances de chimio et radiothérapie. Mais au contraire, élevé pour toujours regarder ce qui est mieux, je ne pense qu'à ce que m'a dit ma kiné lors des séances de préparation respiratoire avant la chirurgie : "J'ai un patient qui a subi une pneumonectomie pour cancer du poumon et qui fait actuellement des randonnées dans les collines environnantes". Moi qui ai du mal à marcher 500 mètres sans devoir faire des pauses, j'en suis loin. J'étais alors persuadé qu'après le traitement, je pourrais mettre mon tandem sur le toit de ma voiture et descendre jusqu'à la ViaRhôna rouler presque comme je le faisais quelques années plus tôt. Espoir déçu !

Lorsqu'après l'arrêt du tabac j'avais repris les balades à vélo sur route, j'avais régulièrement une augmentation de mes capacités après avoir fait des efforts plus intenses. Maintenant, même si par chance je peux ponctuellement faire des efforts inhabituels, je n'en ai ensuite aucun bénéfice.

Je dois dire que, faute de conseils de mes médecins, je ne sais pas où trouver des conseils fiables pour compenser cette fatigabilité, et le moral s'en ressent.

Merci de m'avoir lu et pardon d'avoir été si long.
Ergé

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Dr A.Marceau

Merci cher Confrère d'avoir pris le temps de poster ce long témoignage. Je pense que beaucoup de lecteurs comprendront ce que vous évoquez à propos de votre prise en charge, à savoir que chaque médecin se concentre sur ce qu'il est censé soigner mais néglige la prise en charge globale de la personne, considérant non seulement ces paramètres cliniques, radiologiques et biologiques, mais également son bien-être et sa qualité de vie. Nous n'avons pas été formés à l'approche holistique de la personne et il faut aussi reconnaître que l'organisation actuelle des soins se prête peu à une telle approche particulièrement chronophage...mais pourtant nécessaire !

Bien confraternellement

Dr Marceau  

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Ergé

Merci Dr Marceau de votre réponse !

En effet, le gros souci actuel est que faute de temps, pénurie de médecins oblige, il me semble qu'on ne traite plus un malade, mais une maladie ou plus simplement un symptôme sérieux.
J'ai souvent l'impression que de petites choses qui peuvent pouvant beaucoup perturber la vie des patients sont vite balayées. "C'est une simple irritation" ou "Ce n'est qu'une tendinite" mais pas de conseil ni de traitement, et pas seulement pour moi dont le parcours médical ne permet pas d'avoir appris à tout traiter...

Mais cela nous éloigne de mon souci de faiblesse musculaire et de comment trouver à y remédier. ;-)

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JOELLEB

Bonjour Erge, je comprends parfaitement votre ressenti du moment. Force est de constater que l'objectif de nos oncologues et de nos médecins est de nous maintenir en vie, ce qu'ils font de mieux en mieux il faut bien le reconnaître. En outre, ce que vous évoquez c'est le manque d'explications et surtout de solutions à proposer face à des symptômes fort invalidants. 

Ayant été atteinte en 2017 d'un cancer (carcinome épidermoide du canal anal stade 3B)qui a métastasé en 2019(poumon et médiastin) je suis , selon l'oncologue qui m'a suivie, guérie depuis près d'un an soit 8 ans après le cancer primitif, donc tout comme vous je ne suis plus particulièrement suivie puisque je n'en ai plus besoin depuis quelques semaines. 

En outre il reste les effets secondaires des traitements. Je souffre de neuropathies des membres inférieurs chevilles comprises et des mains et de troubles digestifs... J'ai eu très longtemps des crampes extrêmement violentes. Elles se sont atténuées avec le temps. Évidemment j'ai complémente mon alimentation avec du magnésium et je me force à m'hydrater suffisamment. 

Depuis 2 ans seulement j'effectue une remise en forme physique à raison de 3 fois par semaine et parfois davantage parce que le niveau de fatigabilié était tel que je n'avais pas l'énergie de faire une séance normale, ou que si exceptionnellement je pouvais, j'étais bonne pour un repos forcé pendant 3 jours ...Avant la maladie j'étais marathonienne....inutile de vous expliquer combien c'est difficile pour moi de faire le deuil de ce passé un peu sportif.....

J'ai 65 ans actuellement et parfois je me demande comment aurait évolué mon corps s'il n'avait pas été frappé par ce cancer.... Il a pris largement plus de 10 ans.....

Bien sûr tout comme vous j'aimerais retrouver ma forme d'avant mais c'est courir après des chimères.....la maladie a fait son oeuvre ....et le temps aussi......

Il n'y a pas de recette miracle ....c'est sûrement pour cela que nos médecins référents sont un peu mutiques sur la question. Ils attendent, je pense, que nous acceptions la situation et que nous apprenions à faire avec.....cela ne veut pas dire qu'il ne faut rien faire....mais peut-être faire ce qui est possible même si ça vous semble peu, voire trop peu.....

C'est vrai que lorsqu'on a passé sa vie au service des patients on aimerait peut-être être mieux compris, voire accompagné plus longtemps par ses pairs....il n'est pas rare que le patient que l'on dit guéri se sente démuni voire abandonné quand il n'y a plus de suivi. Personnellement à l'annonce de la guérison je me suis sentie revenir dans le camp des personnes ordinaires et franchement ça m'a donné la pêche.....ok un peu abîmée de partout mais soulagée malgré tout. 

Le cancer abime terriblement mais il enrichit spirituellement. Il nous oblige à redéfinir les contours d'une vie que l'on avait imaginée toute autre....c'est un défi qui s'impose à nous. Je vous souhaite le meilleur pour les jours à venir. Même si vous avez du mal à l'imaginer aujourd'hui, vous détenez en vous l'énergie pour continuer tranquillement le chemin, pas après pas, jour après jour .....

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Ergé

Merci JOELLEB de votre réponse et de votre témoignage !

Nous ne sommes en effet pas égaux face à ce qui nous arrive. Je suis, pour moi-même, un affreux pessimiste...

En 2008, j'ai été opéré d'un polype vésical dégénéré Grade 3. Lorsque le diagnostic a été évoqué, je me suis déjà vu mort. Il faut dire que j'ai eu l'occasion à la fin de mes études puis en tant qu'aide-opératoire d'un urologue d'être confronté à des opérations très lourdes et invalidantes pour cancer de vessie, ou pire à des cas inopérables.
A l'inverse, lorsque mon cancer du poumon a été découvert, dès la radio du poumon j'avais un moral de combattant, persuadé que j'aurais la force de le vaincre. J'ai hélas déchanté avec cette première chimio, puis cette récidive deux ans plus tard.

Je n'ai jamais été marathonien, trop tachycarde pour des courses dépassant 80 mètres quand j'étais adolescent... mais je bricolais et je jardinais volontiers, ce que je ne peux plus guère faire, et bien que j'aie des exemples de proches bien plus touchés que moi par la maladie ou des séquelles de maladie ou accident, je n'arrive pas à accepter cette réduction d'activité. 

Pour revenir à la prise en charge globale du patient, je me souviens de mes premiers stages dans des services hospitaliers, en tant "qu'auditeur libre" dans un hôpital local puis simple étudiant avant un peu plus de responsabilités. Quand un patient arrivait dans le service, on l'interrogeait sur ses antécédents et on notait pratiquement organe par organe tout ce que le patient était à ce moment. L'interne, les assistants et le patron partaient de là pour creuser si besoin.
Le malade n'était pas un lumbago ou des aigreurs d'estomac mais un individu globalement pris en charge. Il y avait une véritable écoute.
Il me semble aussi que lorsqu'on consultait un médecin de ville, il ne se contentait pas du seul symptôme ayant amené à la consultation, mais essayait de nous connaître mieux.
Cette prise en charge, je ne l'ai pas retrouvée.
L'exemple qui me laisse le plus un goût amer est celui d'une hospitalisation en cardiologie il y a 4 ou 5 ans. Passé par les urgences, j'ai été transféré en pleine nuit dans le service de cardio. Rapidement vu par l'interne de garde, pendant les trois jours d'hospitalisation, je n'ai vu l'interne du service que lors de la visite du médecin. Elle n'est jamais venue m'interroger mais expliquait au cardiologue ce qu'elle avait pu lire dans mon dossier provenant de ce qu'avait pu écrire l'urgentiste, et qui oubliant tant de choses importantes...

Quant à la prise en charge du cancer lui-même, tout ce qui tournait autour, les conséquences des traitements, l'impact moral ne pouvaient être évoqués qu'avec les infirmières et infirmiers libéraux, malgré leur charge de travail. J'avais évoqué avec l'oncologue le manque de structure intermédiaire entre le malade et ses médecins : pouvoir parler à quelqu'un qui pourrait rassurer ou tenir au courant les médecins pour nous éviter de devoir déranger les médecins pendant leurs consultations. Je ne sais pas si les nouvelles possibilités de "pratique avancée" (si je ne me trompe pas) permettront au personnel infirmier formé de jouer ce rôle, pour le bénéfice des patients, cancéreux ou victimes d'autres pathologies. 

Pardon d'avoir été si long encore !

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