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Psychologue à la Ligue : un métier incontournable

Face aux bouleversements et aux préoccupations que peuvent engendrer la maladie, la Ligue met à votre disposition différentes formes de soutien psychologique et d’écoute. En tapant 1 après avoir composé le 0 800 940 939 (numéro vert gratuit, anonyme et confidentiel), quiconque peut bénéficier d'un accompagnement de tous les instants. Lumière sur ce service, qui existe depuis plus de 40 ans, par l'interview d'une des psychologues écoutantes de la Ligue contre le cancer.

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visuel psychologue écoutante

Le portrait de Mylène

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Mylène, 35 ans, psychologue clinicienne et écoutante au numéro vert de la Ligue contre le cancer depuis 2017.

Pourquoi avoir décidé de rejoindre la Ligue contre le cancer ?

J'ai rejoint l'association car la cause me parlait, c'est indéniable, mais surtout parce qu'il m'avait été vanté les mérites du service d'écoute concernant sa formation des stagiaires. 

C'était il y a 15 ans, j'étais alors étudiante en troisième année de psychologie et le stage proposé me permettait d'être formée par plusieurs psychologues à la fois, ce qui est rare, à une prise en charge ponctuelle par téléphone. Le cadre a attisé ma curiosité et les modalités m'ont conquises ; puis j'avais une certaine fierté de pouvoir contribuer, à ma petite échelle, à aider des personnes touchées par cette maladie impactante et, malheureusement, tant répandue. 

En quoi un service d’écoute, pour une asso comme la Ligue, est vitale ?

Le service d’écoute est essentiel puisqu’il répond, entre autres, à la démarche de réduction des inégalités d’accès aux soins qui est l’un des combats de l’association. En effet, il permet à qui en ressent le besoin d'échanger facilement et gratuitement avec des professionnels de manière anonyme et confidentielle. De plus, toute personne peut appeler et, ce, avant même qu’un diagnostic ne soit posé. De nombreuses personnes nous font part pendant l'appel, ou lors d'un rappel, des bienfaits et du bien-fondé de cet espace d'écoute, de parole et de réflexion commune qui leur est offert par la Ligue et s'en montrent reconnaissants.

Quel est votre rôle dans l’accompagnement d’une personne qui vous appelle après l’annonce d’un diagnostic ?

Notre rôle est de leur apporter un espace contenant et sécurisé de parole, d’écoute et de réflexion qui a pour but de permettre la prise de recul par rapport à la brutalité de l’annonce. L'idée est de laisser s'exprimer les affects afin d'avoir accès aux pensées et de les ordonner. En y voyant plus clair, la personne saura davantage comment réagir à la situation dans sa globalité et comment gérer ce qui l'attend par la suite en terme de prise en charge médicale mais aussi de démarches pour faire valoir ses droits.

Quels sont les profils des personnes qui vous appellent à ce sujet ?

Les appelants ont des profils très variés, allant du jeune adulte, adolescent parfois, à la personne très âgée ; avec tout de même 80 % de personnes ayant plus de 45 ans et dont la moitié de ce pourcentage a plus de 60 ans.

Nous recevons nettement plus d’appels de femmes que d’hommes (deux tiers, un tiers) et un peu plus de personnes malades que de proches. Toutes les pathologies cancéreuses sont évoquées, des plus répandues aux plus rares, et certaines personnes nous appellent simplement dans le cadre d'angoisses liées à leur état de santé sans même avoir de diagnostic posé ou en cours.

Pour parler chiffres, 20 % des appels traités ont été passés au moment de l’annonce du diagnostic, contre 50 %, soit la majorité, au cours des traitements. Le reste des appels concerne l'après cancer, une rechute ou une récidive, la fin de traitements, le passage aux soins palliatifs ou encore des hypocondriaques voire cancérophobes.

En terme d’émotions et de ressentis, qu’est-ce qui ressort le plus souvent ?

La colère est le ressenti le plus souvent exprimé lors des appels. S’en suit la déprime (voire la dépression) et le sentiment d’impuissance.

Mais la solitude, la tristesse et l’image de soi également sont régulièrement évoquées.

Concrètement, quels impacts une telle annonce peut avoir sur une personne ?

L’annonce diagnostique provoque généralement chez la personne concernée une certaine source d’angoisse et un véritable bouleversement dans sa trajectoire de vie. Tous les domaines sont impactés, ce qui impose un réaménagement de l'équilibre psychique et défensif. 

On peut alors constater tout type de réactions, plus ou moins déstabilisantes pour la personne elle-même ainsi que les proches ou les professionnels qui l'entourent, comme de l'agressivité, de la sidération, du déni ou encore la nécessité de tout comprendre et maîtriser.

Quelle que soit sa gravité, l’annonce de la maladie est un événement stressant pouvant se traduire par un choc émotionnel potentiellement traumatique qui confronte la personne à sa propre vulnérabilité et à sa propre finitude. Il est alors important de faire un point sur la situation de la personne ainsi que sur ses ressources internes et externes afin d'adapter sa prise en charge globale.

Que propose la Ligue contre le cancer, au-delà du service d’écoute ?

Au sein de la Ligue contre le cancer, le service d'écoute fait partie d'un numéro vert qui regroupe également un service de conseils en assurance emprunteur (AIDEA), une permanence juridique et sociale. Des informations sont également disponibles sur le site internet de la Ligue, sur le site "emploi et cancer" ou encore celui de "mes droits mes démarches". La Ligue possède surtout 103 comités sur l'ensemble du territoire qui accueillent les personnes (malades et proches), les informent et peuvent leur proposer des soins de support, des évènements et des activités variés.

Qu'apporte le service d'écoute du numéro vert au regard des séances déjà proposées par nos psychologues des comités ?

Les personnes qui nous appellent ont eu, ont ou n'ont pas d'accompagnement psychologique. Pour celles qui en ont eu ou en ont, il peut être effectivement avec un psychologue au sein d'un comité de la Ligue mais aussi dans un établissement de soins, une autre association, un centre médico-psychologique ou encore dans un cabinet libéral.

Quelle que soit la situation de la personne qui nous appelle, le service d'écoute du numéro vert lui permet d'avoir facilement, sans déplacement ni prise de rendez-vous, un échange avec un professionnel. Ainsi, ce dispositif répond presque immédiatement à un besoin d'exprimer des questionnements, un mal être ou des difficultés et, ce, sans avoir à se rendre quelque part ou devoir attendre la date d'un rendez-vous pris. 

Un appel à notre service peut donc venir en complémentarité d'une prise en charge psychologique déjà existante, tout comme il peut soit permettre une écoute ponctuelle à un instant t sans nécessité de suivi soit être le premier contact avec un psychologue et ainsi démystifier la profession afin que la personne puisse éventuellement envisager un accompagnement plus régulier par la suite.

L'anonymat et la confidentialité qu'offre le service est une invitation bien souvent à pouvoir exprimer tout ce qui ne peut pas l'être ailleurs ou auprès d'autres personnes (que ce soit des proches ou même des professionnels). Ce qui est dit lors d'un appel ne l'a peut-être pas été auparavant, même si la personne bénéficie déjà d'un accompagnement psychologique. Toutefois, nous invitons souvent les personnes à faire part de certaines choses qui auront pu être dites lors de notre échange et qui pourront être utiles au travail thérapeutique en cours avec un.e autre psychologue.

Interview sur RFi

Le 16 janvier dernier, Mylène a apporté des éclaircissements à travers son œil d'experte dans un podcast sur la thématique : "Le diagnostic : comment l’annoncer ? Comment l’accepter ?".

Qu’elle soit attendue ou soudaine, l’annonce du diagnostic fait peur. Cette période soulève de nombreux doutes et perturbe souvent l’équilibre personnel comme familial du patient.

Pour aller plus loin

Suite à une enquête de l'Observatoire sociétal des cancer, menée par BVA Xsight, pour la Ligue contre le cancer :

  • 73 % des personnes malades participantes se sont senties souvent voire toujours accompagnées par l’équipe soignante depuis le début de leur parcours de soins.

 

  • Concernant le dispositif d’annonce du diagnostic de cancer (consultation médicale suivi par un temps d’échange soignant), les chiffres apparaissent en progression depuis 2019 : la part des personnes dont le cancer a été annoncé lors d’une consultation médicale est stable (90 % en 2019 et 2023) mais le pourcentage de participants qui ont bénéficié ensuite d’un entretien infirmier progresse progresse. En effet, de 63 % en 2019, 70 % des personnes malades témoignent avoir été reçues en entretien par un infirmier après l’annonce médicale du diagnostic en 2023. Néanmoins, environ 30 % des personnes 8 atteintes de cancer participant à l’enquête n’ont pas été reçues par une infirmière d’annonce, ce qui contrevient aux droits acquis par les personnes malades dès le premier Plan Cancer.

 

  • Parmi les personnes qui se sentent peu ou pas accompagnées, les participants dont les revenus sont inférieurs à 1500 euros (19 %), qui n’ont pas eu d’entretien d’annonce avec une infirmière (19 %) ou qui ont assumé des restes-à-charge (13 %) sont particulièrement représentés. Comme le démontrent plusieurs autres travaux réalisés dans ce domaine, les personnes issues de milieux modestes témoignent souvent d’une plus grande distance sociale d’avec les soignants, ce qui influence la qualité de l’accompagnement et des échanges (LNCC, 2021 ; Fainzang, 2006).

Consultez notre dossier de presse

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