Le journal d’un siècle

Partagez ce contenu

1918
L’aventure débute

Le 14 mars 1918, Justin Godart, sous-secrétaire d’Etat à la Santé, fonde la Ligue franco-anglo-américaine contre le cancer.
Le rôle des femmes est déterminant dans la réussite de ce projet. Elles forment en effet le Comité central des dames de l’association, présidé par la duchesse d’Uzès. Issues de la société mondaine parisienne, elles collectent des fonds nécessaires au financement de projets de recherche. Ces femmes occupent également un domaine délaissé par le personnel hospitalier et la médecine de ville, en se rendant au chevet des malades dans les hôpitaux de Paris et ses environs, mais aussi à leur domicile.
Présentes lors des consultations en cancérologie, elles établissent les dossiers médicaux et militent notamment pour la prise en charge des malades incurables.

1920
La Ligue reconnue d’utilité publique

Une victoire pour la Ligue : le Journal officiel du 22 novembre 1920 publie un décret conférant à la Ligue la reconnaissance d’utilité publique. Un sésame pour faciliter dons et donations, et une garantie pour les donateurs.

1922
La Ligue sort de Paris

En 1922 sont créés les premiers Comités provinciaux de la Ligue. Objectif : favoriser le développement de réponses locales et agir au plus près des personnes malades, en déployant des bureaux en province. Lyon, la ville de Justin Godart, voit la création du premier Comité, suivi par la Bourgogne et le Loir-et-Cher. D’autres sont déjà en préparation.

1923
Le cancer sur le papier

La lutte contre le cancer : tel est le titre du premier bulletin de la Ligue, à destination du public. Une démarche d’avant-garde, dont l’objectif est d’informer la population française, encore peu initiée, sur le cancer en France et à l’étranger, mais également sur les activités des Comités et des « dames visiteuses ». Ce journal entend combattre l’idée que le cancer est incurable, suivre son incidence et les avancées thérapeutiques, recenser l’évolution de l’image de cette maladie, mais aussi revendiquer une amélioration de la situation du malade…

1927
La Ligue devient… la Ligue

Créée en 1918, la Ligue franco-anglo-américaine connaît son premier changement d’importance en devenant la Ligue française contre le cancer.

1930
« Tuez le cancer ! avant qu’il ne vous tue… »

L’Office national d’hygiène sociale et la Ligue organisent la première Semaine nationale de défense contre le cancer sous le patronage de Désiré Ferry, ministre de la Santé publique (presse, affichage, radio, cinéma…).
L’affiche étant très populaire, la Ligue lance ses premières campagnes de prévention à travers ce support et impose l’idée que le cancer est un fléau social qui tue à grande échelle : 40 000 décès par an en France. Le message s’appuie sur des métaphores guerrières – « Tuez le cancer avant qu’il ne vous tue… » – renforcées par les visuels du crabe et de l’épée.
Cette propagande d’hygiène sociale met l’accent sur le traitement et le diagnostic précoce.
 

1935
Le cancer ignore les frontières !

Justin Godart et le docteur Jacques Bandaline créent l’Union internationale contre le cancer (UICC). Le président de la Ligue avait chargé Jacques Bandaline – auteur du livre La lutte internationale contre le cancer et directeur de l’Institut de physiothérapie de Biarritz – d’organiser le premier congrès international de lutte scientifique et sociale contre le cancer, tenu à Madrid en 1933. Justin Godart en avait été élu président d’honneur. Les statuts de l’UICC ont été adoptés en 1934, sur le modèle de ceux de la Ligue française contre le cancer. Celle-ci collaborait déjà avec d’autres organisations, comme les ligues grecque, belge, roumaine, polonaise, italienne, suisse… Le 4 mai 1935, l’assemblée générale de l’UICC, qui regroupe quarante-trois pays et soixante-sept organismes nationaux de lutte contre le cancer, se réunit au ministère de la Santé à Paris. À l’unanimité, Justin Godart est élu président de cette nouvelle organisation, qui prend ses quartiers au siège de la Ligue.

1946
Un timbre au profit de la Ligue !

L’administration des Postes émet un timbre au profit de la Ligue, à l’effigie du professeur Henri Becquerel, qui découvrit la radioactivité en 1896. Une façon originale de recueillir des fonds pour développer la lutte contre le cancer.

1955
Le retour du national

Nouveau et modeste changement de nom : la Ligue française contre le cancer devient la Ligue nationale française contre le cancer. Cette nouvelle dénomination ne modifie pas les missions de l’association.

1956
La lutte contre le cancer en deuil

Justin Godart, fondateur et président de la Ligue, est décédé à Paris, le 13 décembre 1956, à l’âge de 85 ans. Homme d’exception à tous égards, Justin Godart a occupé de nombreuses fonctions politiques et associatives, dans le secteur de la santé et du travail. Il est à l’origine d’importantes avancées dans ces différents domaines(1).

(1) Voir l’interview de Justin Godart pages 4-5.

1957
Les Comités départementaux enfin reconnus

Plus de trente ans après leur création, les Comités départementaux de la Ligue font enfin l’objet d’une reconnaissance officielle, par le biais d’une circulaire de la Direction générale de la santé.

1981
Le temps de Vivre

Le magazine de la Ligue La lutte contre le cancer devient tout simplement… Vivre.
Pour Raymond Barmont, le directeur de la publication, « vivre, c’est refuser de céder au découragement et à la peur, c’est conserver l’espoir et aller de l’avant avec dynamisme. Et c’est le dynamisme de notre fédération que nous voulons exprimer par ce titre. Informer est une nécessité absolue à l’égard de nos concitoyens ».
Vivre parle de recherche, des traitements d’aujourd’hui et de demain, de prévention, d’accompagnement et aborde une question de fond : la société face au cancer.

1984
Grande cause nationale

La Ligue reçoit le label « grande cause nationale », qui permet, durant toute l’année, d’organiser des campagnes d’appel à dons et de bénéficier d’une diffusion gratuite de messages sur les radios et télévisions publiques.

1989
Déontologie…

Vingt et une grandes associations caritatives françaises, dont la Ligue contre le cancer, rédigent une Charte de déontologie des organisations sociales et humanitaires faisant appel à la générosité du public.

1991
… et agrément

La Ligue contre le cancer est agréée par le Comité de la Charte de déontologie des organisations sociales et humanitaires faisant appel à la générosité du public. Retenue parmi de nombreuses autres associations, la Ligue est également reconnue « cause d’intérêt général ».

1992
Le nom, enfin…

L’Assemblée générale de l’association procède à une ultime modification du nom, en transformant sa dénomination en Ligue nationale contre le cancer.

1998
Les malades prennent la parole

Le 28 novembre 1998, à l’initiative de la Ligue, se tiennent les premiers Etats généraux des malades atteints de cancer. C’est le début d’une révolution où tout a basculé.
Pour la première fois en France, des milliers de personnes malades prennent publiquement la parole. Elles expriment leur souffrance et dénoncent les conditions d’annonce de leur maladie, les relations avec les équipes soignantes, les discriminations professionnelles dont elles sont victimes, les faiblesses des systèmes de prise en charge... : 1 300 personnes malades présentes et un flot de mots en cascade.
Des mots de colère, d’indignation et de douleur. Face à de grands cancérologues, les malades revendiquent leur droit d’être considérés comme des personnes.
Pour le Pr Henri Pujol, président de la Ligue, « cet événement est un véritable coup de tonnerre dans le paysage de la cancérologie, qui fait prendre un grand virage à la Ligue, et même à la sociologie du cancer ». La Ligue devient le porte-parole des malades pour exprimer leurs attentes et leurs besoins auprès des soignants et des pouvoirs publics.
« De ce jour, plus rien ne sera comme avant pour les malades », conclut Bernard Kouchner, le secrétaire d’Etat à la Santé. Les débuts d’un discours collectif sur le cancer, pour empêcher que la solitude et l’anxiété ne contraignent définitivement au silence les malades et leurs familles.

2000
Bis repetita

Après l’impact considérable de l’événement majeur de 1998, la Ligue organise les seconds Etats généraux des malades du cancer. La dynamique est intacte.

2002
Les malades ont des droits !

La loi Kouchner du 4 mars 2002, relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé, est promulguée. Dans les hôpitaux ou dans les instances officielles, la parole des personnes malades est désormais portée par des représentants des usagers.

2003
Un plan contre le cancer

Jacques Chirac présente le premier Plan cancer. Couvrant la période 2003-2007, il reprend largement les recommandations issues des Etats généraux des personnes atteintes de cancer, dont notamment la création du dispositif d’annonce. Ce premier plan instaure une stratégie dans la durée, avec la création de l’Institut national du cancer. La prolongation de ses programmes est d’emblée prévue, grâce à la succession de plusieurs plans. La Ligue est partie prenante des travaux préparatoires des Plans cancer et met en place certaines des actions.

2004
Jamais deux…

La Ligue organise les troisièmes Etats généraux des malades atteints de cancer et de leurs proches. L’occasion de se pencher sur la mise en œuvre du Plan cancer.

2006
Aidéa : l’assurance à portée des malades

La Ligue déploie un dispositif téléphonique anonyme et gratuit, baptisé Aidéa (accompagner pour emprunter). Objectif : conseiller et informer les personnes atteintes de cancer rencontrant des difficultés d’accès à l’assurance emprunteur pour un prêt immobilier ou un crédit à la consommation. Elle contribue en outre aux négociations pour imposer la convention AERAS (S’Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé), afin d’améliorer les conditions d’accès aux assurances pour les personnes guéries d’un cancer.

2008
Ethique et cancer

Présidé par le professeur Axel Kahn, le Comité éthique et cancer est créé et abrité par la Ligue. Cet organe consultatif indépendant peut être saisi à tout moment, par toute personne physique ou morale, sur toute question d’ordre éthique en relation avec le cancer.

2008
La société face au cancer

La Ligue organise la première convention de la société face au cancer. Dix ans se sont écoulés depuis la tenue des premiers Etats généraux des malades. Les mesures sociales ou thérapeutiques engagées jusque-là se heurtent à de nouveaux défis, liés aux modifications de la société (chômage, précarité, coût des traitements…).« Je voudrais que l’on comprenne que le cancer n’est plus seulement un problème de santé publique, affirme le professeur Francis Larra, président de la Ligue. C’est le regard que la société porte sur le malade ou l’ancien malade qu’il est urgent de modifier. » La Ligue initie ainsi une nouvelle manière d’aborder la prise en charge des malades, en réunissant autour d’eux, le 23 novembre 2008, des chefs d’entreprise, des professionnels de santé, des représentants syndicaux, des maires, des acteurs sanitaires, des militants d’associations, des bénévoles, afin d’apporter ensemble de nouvelles solutions à de nouveaux défis. Face aux inégalités induites par la maladie, la lutte contre le cancer n’est pas seulement une affaire de professionnels, elle questionne la société. « La force de la Ligue s’emploie à ouvrir des chantiers particulièrement pertinents, que je soutiens sans réserve », explique Roselyne Bachelot-Narquin, la ministre de la Santé.

2009
Un deuxième plan contre le cancer

Nicolas Sarkozy lance le deuxième Plan cancer, couvrant la période 2009-2013.
Il comprend trente mesures et cent dix-huit actions. Une de ces mesures se concrétise par la publication annuelle du rapport de l’Observatoire sociétal des cancers par la Ligue, avec une première édition en 2011.

2009
La Ligue met le cap au Sud

La Ligue contribue à la création de l’Alliance des Ligues francophones africaines et méditerranéennes contre le cancer (ALIAM), rassemblant plus de 82 associations issues de 28 pays francophones. En effet, le manque des ressources, l’insalubrité de certaines infrastructures ou encore la persistance de croyances et tabous freinent encore l’accès de millions de personnes à l’information, au diagnostic précoce, aux dépistages, aux traitements et aux soins palliatifs. Objectif de l’ALIAM : impulser des synergies, des échanges et une mutualisation d’actions…

2011
Sortir du tabac avant 2030

Le tabac tue 60 000 personnes par an en France et 6 millions dans le monde. Très impliquée de longue date dans la lutte contre le tabagisme, la Ligue se fixe comme objectif de sortir la France du tabac d’ici à 2030. La même année, elle lance sa campagne « Tueurspayeurs » (www.tueurs-payeurs.fr) et réclame l’instauration d’un prélèvement solidaire tabac (PST) sur les profits des cigarettiers pour financer des actions de lutte contre le tabagisme. Afin de se donner les moyens de ses ambitions, elle s’appuie sur la convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT), ratifiée par les Etats membres (dont la France) de l’OMS. La Ligue souhaite mobiliser les sociétés et les Etats, à travers un dispositif global d’actions de prévention et de lobbying, pour l’obtention du PST, mais également pour la mise en place de plages et d’espaces sans tabac, l’instauration du paquet neutre, et en développant des groupes d’entraide à l’arrêt du tabac.

2014
Plan cancer : et de trois…

François Hollande présente le troisième Plan cancer (2014-2019). Il fixe dix-sept objectifs couvrant tous les aspects, de la prévention à la prise en charge, de la recherche à la démocratie sanitaire…

2015
Après la maladie, le droit à l’oubli

Le 24 mars 2015, François Hollande signe, au siège de la Ligue, un protocole d’accord instaurant un droit à l’oubli. Objectif : améliorer les conditions d’accès à l’emprunt et aux assurances pour les personnes guéries d’un cancer. Ce droit, revendiqué par la Ligue depuis dix ans, permet à un ancien malade, sous certaines conditions, de ne plus avoir à déclarer son cancer dix ou cinq ans après la fin de ses traitements. Il est également prévu une grille de référence intégrant certaines pathologies et ouvrant droit à l’assurance emprunteur (à un tarif normal ou avec un taux de surprime plafonné, et une limitation de garanties, dans le respect des conditions d’éligibilité à la convention AERAS). L’instauration de ce droit à l’oubli est l’une des mesures du Plan cancer 2014-2019.

2016
La Ligue accueille le monde

Du 31 octobre au 3 novembre 2016, la Ligue et l’Alliance des Ligues francophones africaines et méditerranéennes contre le cancer (ALIAM) accueillent, à Paris, le Congrès mondial contre le cancer organisé par l’Union internationale contre le cancer (UICC) inauguré par François Hollande.

2018
Cent ans déjà !

Le 14 mars 2018 marque le centième anniversaire de la création de la Ligue. Elle fête ses 100 ans par une journée exceptionnelle à la Cité des sciences et de l’industrie, à Paris.

2018
Priorité à la prévention

Le 21 novembre 2018 se tiennent au Conseil économique, social et environnemental (CESE), à Paris, les premiers Etats généraux de la prévention des cancers organisés par la Ligue contre le cancer. La prévention est le premier des cinq axes de la stratégie nationale de santé 2018-2022.

 

Avez-vous trouvé cet article intéressant ? oui  1

Abonnez-vous !

Abonnez-vous à 4 numéros, et profitez du meilleur de l’information en bénéficiant d’une qualité et d’un confort de lecture privilégiés.

Votre avis nous intéresse

Un sujet qui vous semble important n'est pas abordé dans Vivre ? Nous tenons compte de vos suggestions et de vos témoignages.

Proposez un sujet