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Parler de son cancer en entreprise, est-ce si simple ?

Le jour où le mot cancer surgit, il ne s’arrête pas à la sphère intime : il franchit aussi les portes de l'entreprise. En parler à ses collègues, affronter leurs regards, mesurer leurs silences peut s'avérer être un moment redouté et souvent décisif. Celles et ceux qui l’ont vécu racontent ce basculement, entre peur, sincérité et élans de solidarité.

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Visuel actu témoignage annonce

Un sentiment de mal être malgré le fait d'en avoir parlé ...

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Témoignage Pascale

Un sentiment de mal être malgré le fait d'en avoir parlé ...

L'histoire de Pascale

« Au moment de mon diagnostic de cancer du sein, j'étais assistante administrative dans une société spécialisée dans les essais, l'inspection et la certification.

Dès que j'ai eu mes premiers examens médicaux et compris que le pronostic à venir n'était pas des meilleurs, j'ai averti mes deux collègues et mon responsable basés sur Paris. Je leur ai expliqué que j'étais en examens et que j'allais certainement être en arrêt de travail pour une longue durée tout en leur précisant que je n'avais pas encore connaissance de mon protocole de soins exact. Je trouvais correct de les prévenir pour l'organisation du service.

J'ai également mis dans la confidence une collègue de ma situation. À l'époque où cela s'est passé, nous étions en période post-covid et de déménagement, avec beaucoup de personnes en télétravail. Nous sommes passés en "open space" donc forcément, plus les mêmes contacts. De ce fait, certaines personnes ne se sont même pas aperçues de mon absence ou en on eu connaissance tardivement.

Je travaille aussi en collaboration avec 6 autres assistantes qui font le même travail que moi mais basées dans toute la France. Elles ont eu connaissance de mon arrêt via mon responsable. Je n'ai eu aucun contact avec elles pendant mes 16 mois d'arrêt. Néanmoins, j'ai eu des retours bienveillants des trois personnes que j'avais prévenues me disant de penser à ma santé, de me soigner et de revenir en forme.

Après, à chaque prolongation d'arrêt, je les avertissais et leur donnais de mes nouvelles. J'ai toujours eu des réponses mais ce ne sont jamais eux qui sont venus vers moi. Je conçois qu'il peut parfois être difficile de s'adresser à une personne malade mais j'aurais appréciée un petit texto ou mail de leur part de temps en temps.

Je n'ai eu aucun contact avec le service des ressources humaines à part pour des problèmes de salaires. Le fait de travailler dans une grosse société fait qu’il est parfois difficile de trouver les bons interlocuteurs pour répondre à nos questions. J'ai eu l'impression de "batailler" avec eux et d'avoir une double peine, la maladie et la "paperasse".

Pour résumer cette période, j'ai plutôt ressenti un mal être et un sentiment un peu d'indifférence de la part de mon entourage professionnel mais je pense que c'était sûrement de la maladresse et pas de la méchanceté. »

Un soutien indéfectible de ses employeurs ...

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Témoignage Manuela

Un soutien indéfectible de ses employeurs ...

L'histoire de Manuela

« Avant la maladie j’étais employée de maison chez plusieurs employeurs, mais pas à temps plein.

Après l’annonce et sachant que j’allais être en arrêt maladie pendant un long moment, j’ai choisi d’en parler à tous mes employeurs. Cela les a beaucoup choqués, ils étaient désolés pour moi, je pense que pour eux j’étais invincible, jamais malade. Ils ont été très compréhensifs et m’ont assuré de leur soutien.

Ils m’ont dit aussi que même s’ils prenaient quelqu’un d’autre en attendant que j’aille mieux, je retrouverai ma place quand je le souhaiterai. Une dame m’a même dit qu’elle ne voulait personne et qu’elle m’attendrai. Ça m’a beaucoup touchée.

Je pense que toutes ces années à travailler chez ces personnes en ayant les clés de chez eux a participé à développer une relation de confiance très importante et ma maladie les a beaucoup marqué.

Au moment de l’annonce et de mon opération, il ne s’est passé qu’un mois. J’ai été en arrêt aussitôt et leur comportement ou leur regard sur moi n’a pas changé, au contraire. Ils étaient très attentionnés et après l’opération, presque tous prenaient régulièrement de mes nouvelles. »

En parler avec transparence après avoir hésité ...

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Témoignage Christophe

En parler avec transparence après avoir hésité ...

L'histoire de Christophe

« Lors de l’annonce de mon cancer de l'œsophage, je travaillais à temps complet pour un cabinet ministériel. Avec pour tâche de gérer des déplacements publics et privés liés à l’activité de cette équipe. Une activité qui variait en fonction des nécessités avec parfois une pression assez conséquente.

Les premiers symptômes sont survenus brutalement du jour au lendemain. Mes collègues, sans trop oser m'en parler, avaient déjà entrevu mes soucis notamment au moment de la pause déjeuner. Suite à mes premières consultations et examens plus poussés, la confirmation du cancer est tombée. Au début j’ai hésité à en parler. J'ai eu peur d'être stigmatisé

J’avais le ressenti que j’étais atteint d’une maladie honteuse car dans l’état d'esprit des gens, le mot cancer allait de pair avec le mot cimetière. Finalement, j’ai décidé de jouer la transparence. Je devais indubitablement subir un traitement lourd qui allait entrainer un arrêt de longue durée.

Autant dire les choses sans tabou. À certains de mes collègues, j’ai préféré en parler par téléphone et d’autres en face à face. Cela s'explique par les affinités que l’on a selon les personnes. Certaines personnes sont restées neutres et très corporates, ce que je peux comprendre car on ne se sait pas toujours quoi répondre à ce type de nouvelle. 

D’autres ont eu des réactions plus marquées qui m'ont fait chaud au cœur mais ont eu tendance à inverser les rôles car c’est moi qui devais les consoler. Beaucoup ont pleuré. Une fois leur effet de sidération évacué, ils ont fait preuve d'une grande empathie et d'un large soutien. À leurs yeux, j'étais entré dans un autre univers et leurs rapports avec moi n’étaient plus professionnels mais plutôt de soutien moral. Une aide pour lutter en prenant toujours le temps de prendre des nouvelles, tout au long de mon parcours médical.

Ma manager a immédiatement pris en compte la gravité de ma situation et m'a averti en amont qu’elle allait être obligée de me remplacer et qu’elle fera tout à mon retour pour me repositionner sur mon poste précédent. Cela a été le cas. 

Je garde de mon employeur la marque d'une bienveillance face à ma maladie malgré des disfonctionnements administratifs. »

Se sentir démunie après en avoir parlé...

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Témoignage Christine

Se sentir démunie après en avoir parlé...

L'historie de Christine

« J’étais femme de chambre dans un hôtel, ce qui implique un travail avec gestes répétitifs et physique (porter des charges lourdes, monter et descendre des escaliers régulièrement pour la gestion du linge des chambres, ménage, etc.).

À 47 ans lors d’une mammo, on m’a trouvé une grosseur qui devait être enlevée, j’ai fait le choix de prévenir mes employeurs rapidement. Sur le moment, leur préoccupation était la date à laquelle je serai arrêtée et la durée de l’arrêt. Je ne pouvais répondre à cette question puisqu’une série d’examens était à faire avant, et qu’il me fallait attendre les résultats. 
J’ai évoqué le fait que cela pouvait éventuellement être bénin mais que la suspicion cancéreuse était privilégiée, comme pour beaucoup de personnes leur réaction a été de banaliser cet état de faits, un cancer du sein s’il est diagnostiqué de bonne heure est bénin, on opère et la vie reprend comme avant.

Un mois s’est écoulé avant mon arrêt sans que aucune question ne me soit posée, je savais que c’était un cancer suite à ma biopsie mais à ce moment, j’ai choisi de ne pas en dire plus tant que je ne connaissais pas le protocole qui me serait proposé. Lorsque j’ai fait parvenir mon premier arrêt de travail d’une durée de trois mois j’ai annoncé que c’était un minimum puisque chimio, radiothérapie et hormonothérapie serait mon quotidien pendant quelques temps. À ce moment ils ont compris que c’était sérieux, « c’est grave tout compte fait » m’ont-ils dit... « Mais vous revenez quand ? »...

Au second arrêt de travail, bonnet sur la tête, j’ai apporté mon certificat en mains propres, est-ce que on m’a demandé comment j’allais ? non. La préoccupation de ma patronne et ma collègue était de chercher une autre intérimaire, je les mettais dans l’embarras pour rester polie. J’en souris aujourd’hui mais à l’époque je me suis sentie démunie et coupable face à ce comportement qui était peut-être du déni, de la maladresse, le cancer fait peur. Une question, un coup de fil peuvent changer beaucoup de choses dans la vie d’un malade.

J’ai eu la chance d’être bien accompagnée par le médecin du travail lorsqu’il a fallu faire une rupture de contrat pour inaptitude parce que là aussi ça a été compliqué, payer des congés, des rappels d’heure à quelqu’un d’absent pendant deux ans.

Aujourd’hui tout cela est loin pour moi les années ont passé, mais malheureusement il existe encore trop d’employeurs dénués d’empathie. Le cancer n’entraine pas des arrêts de complaisance. »

Un changement de regard après l'annonce ...

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Témoignage Virginie

Un changement de regard après l'annonce ...

L'histoire de Virginie

« Je venais tout juste de prendre un nouveau poste, dans la même entreprise. Je passais des RH aux achats.

Je suis arrivée dans le service le 5 novembre 2018, et le 7 novembre, suite à ma mammographie de contrôle des 50 ans, j'apprenais que j'avais un cancer du sein. J'ai prévenu immédiatement mon responsable, sachant que j'avais de multiples examens à passer ensuite, donc des absences répétées. Il a été très compréhensif, j'ai pu me rendre à tous mes rendez-vous sans aucun problème. J'étais gênée de mon côté de toutes ses absences vis-à-vis de mes collègues, alors que je venais tout juste d'arriver dans l'équipe. Toujours ce fichu regard des autres, je ne pouvais pas m'empêcher d'y penser.

En effet, j'ai fait le choix de ne pas les prévenir tout de suite, ni mes enfants d'ailleurs. J'ai donc continué à travailler comme si de rien n'était pendant trois semaines. Je voulais savoir dans un premier temps ce qui allait se passer par la suite. Et je ne voulais surtout pas que le regard de mes collègues sur moi change. J'ai mis de côté la maladie, pendant cette période je n'étais pas la malade, je suis restée la collègue.

Lors de mon rendez-vous avec le chirurgien, suite à la commission, j'ai appris que je devais subir l'ablation de mon sein gauche, ce qui voulait dire opération donc impossible de le cacher plus longtemps. 

J'ai organisé à mon travail un pot d'arrivée et par conséquent un pot de départ, où j'ai annoncé à mes collègues mon cancer. Mon responsable n'a pas voulu y assister, j'ai supposé que c'était trop dur pour lui. Mes collègues ne savaient plus quoi dire, j'ai senti une grande gêne et c'est pour cette raison que je ne leur ai pas annoncé dès le départ. Comme je le disais précédemment, leur regard a changé. »

Vous n'êtes pas seul.e.s !

Si vous souhaitez bénéficier d'une écoute particulière avant l'annonce, que ce soit à vos collègues ou à vos proches, les psychologues de la Ligue contre le cancer sont disponibles pour vous. 

N'hésitez pas à contacter Ligue Soutien Cancer au 0 800 940 939 (numéro vert gratuit, anonyme et confidentiel), puis à tapez 1 pour être en mis en relation avec notre équipe !

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