Des cellules tueuses de tumeurs plus efficaces
Philippe Bousso (Dynamiques des Réponses Immunes, Inserm U1223, Institut Pasteur) a développé une expertise unique dans le domaine de l’étude du système immunitaire et de l’immuno-oncologie. Ses recherches permettent de mieux comprendre les mécanismes qui conditionnent l’efficacité des immunothérapies par cellules CAR-T et doivent aboutir à une amélioration de ces « médicaments vivants », en particulier dans le traitement des tumeurs solides.
En quoi consiste le projet ?
Les limites d’un progrès
Les cellules CAR-T (voir encadré) constituent une avancée majeure pour le traitement de plusieurs cancers hématologiques réfractaires ou en rechute, des leucémies aiguës, des lymphomes et le myélome multiple. L’efficacité parfois remarquable de ce type d’immunothérapie cellulaire reste toutefois très limitée dans le traitement des tumeurs solides, qui représentent la très grande majorité des cancers.
La recherche pour aller plus loin
Phillipe Bousso est Directeur du département d’Immunologie de l’Institut Pasteur. Son projet de recherche vise à comprendre les causes de ce manque d’efficacité en étudiant le comportement des cellules CAR-T, et plus globalement les mécanismes immunitaires qui se développent au niveau de l’environnement immédiat des tumeurs.
Des images pour comprendre...
À cette fin, il met en œuvre des techniques d’imagerie sophistiquées qui permettent de filmer in vivo l’action des cellules CAR-T, un prérequis essentiel pour visualiser et comprendre les phénomènes qui conditionnent leur aptitude à détruire les tumeurs.
...et concevoir
Les résultats obtenus par Philippe Bousso et son équipe lui permettent aujourd’hui de concevoir des cellules CAR-T dotées d’une capacité accrue à attaquer les tumeurs, un pas vers une immunothérapie cellulaire plus efficace contre les cancers solides.
Le résumé du projet en vidéo
Philippe Bousso, porteur de projet
Philippe Bousso dirige le département d’Immunologie de l’Institut Pasteur. Ses recherches exploitent des techniques d’imagerie de pointe afin de mieux comprendre les mécanismes déterminant le fonctionnement et l’efficacité de la réponse immunitaire dans différents contextes pathologiques, dont le cancer. L’excellence de ses travaux lui a valu plusieurs prix prestigieux, parmi lesquels le Grand Prix de la Fondation Del Duca de l’Institut de France en 2024.
Dans le domaine de l’immunologie du cancer, il est à l’origine de plusieurs résultats majeurs, comme l’identification des rôles joués par différentes catégories de cellules immunitaires - les lymphocytes T et les cellules NK* - dans la destruction des cellules tumorales. D’autres résultats, publiés lors de sa première labellisation par la Ligue (2015-2019), ont mis en évidence plusieurs facteurs affectant l’efficacité des cellules CAR-T, notamment les interactions qu’elles établissent avec le microenvironnement tumoral*, ainsi que la possibilité de leur piégeage par des cellules tumorales circulantes*. Les recherches de Philippe Bousso sont actuellement soutenues par la Ligue dans le cadre de l’appel à projets "Thérapies cellulaires innovantes" pour un montant total de 440 K€.
Les cellules CAR-T
Médicament vivant, thérapie génique, immunothérapie cellulaire... Nombreux sont les qualificatifs pour désigner les cellules CAR-T, ou cellules à récepteur antigénique chimérique. Cette déclinaison de l’immunothérapie anticancéreuse consiste à utiliser des cellules immunitaires prélevées chez un patient, puis « armées » en laboratoire par une reprogrammation génétique pour traiter des cancers, aujourd’hui, des leucémies, des lymphomes et le myélome.
C’est le développement des outils du génie génétique qui a rendu possible, à la fin des années 1980, la modification de cellules immunitaires, des lymphocytes T, afin qu’ils puissent reconnaître directement et spécifiquement des cellules cancéreuses.
Par la suite, les progrès de cette ingénierie biologique ont permis de concevoir des générations de cellules CAR-T de plus en plus efficaces pour reconnaître les cellules cancéreuses et les éliminer. La première thérapie par cellules CAR-T a été autorisée en 2017 aux États-Unis pour le traitement d’une leucémie de l’enfant. Aujourd’hui, 6 thérapies par cellules CAR-T sont autorisées en France.
L’efficacité, parfois très impressionnante, de cette innovation thérapeutique permet de la considérer comme une avancée majeure dans le traitement du cancer. Ses limites restent toutefois importantes : sa mise en œuvre est lourde et son coût très conséquent, ses effets secondaires peuvent être graves, et son champ d’application demeure limité aux cancers du sang. De nombreux travaux de recherche, comme ceux de Philippe Bousso, visent à dépasser ces limites.
Lexique
*Microenvironnement tumoral
Désigne l’ensemble des cellules non tumorales (cellules immunitaires, cellules nerveuses, fibroblastes, etc.), des vaisseaux sanguins et des molécules variées qui sont au contact étroit de la tumeur, interagissent avec elle et contribuent à son évolution.
*Cellules tumorales circulantes
Des cellules libérées par la tumeur et passées dans la circulation sanguine. Une fraction de ces cellules peut survivre à ce voyage vasculaire pour aller essaimer à distance et générer des métastases.
*Cellules NK
Une catégorie particulière de lymphocytes relevant de l’immunité innée et capables d’exercer rapidement une activité neutralisatrice vis-à-vis des cellules cancéreuses.