Semaine nationale de lutte contre le cancer
La désinformation à l'épreuve de la Ligue
Du 9 au 15 mars, la Ligue contre le cancer lance la Semaine nationale dédiée à la prévention auprès des jeunes, avec pour ambition de redonner le pouvoir de choisir face à la désinformation.
Dans un environnement saturé de messages contradictoires sur le cancer, de raccourcis et d’idées reçues sur certains facteurs de risques, notamment sur les contenus que les jeunes consomment sur les réseaux sociaux, la Ligue affirme son rôle de référence de l’information fiable en santé.
À l’image de l’engagement historique de la Ligue, il est essentiel de porter une parole claire, accessible et fondée sur les faits. La prévention et la bonne information, c’est maintenant !
Qu'est-ce que la désinformation ?
La désinformation, c’est lorsque quelqu’un partage volontairement une fausse information pour tromper, influencer ou déstabiliser. Ce n’est pas une simple erreur : c’est une action pensée, souvent invisible, qui vise à semer le doute ou à manipuler une opinion. Elle peut prendre la forme d’un article erroné, d’une image truquée, ou même d’un témoignage inventé.
La clé pour s’en protéger ? Vérifier les sources, prendre du recul, et se former à repérer les signaux de l’intox.
La désinformation repose sur trois piliers fondamentaux qui permettent de la distinguer d’une simple erreur ou d’un malentendu : l’intention, la falsification et la diffusion massive. Ces éléments forment la base des campagnes de désinformation, souvent orchestrées pour fragiliser la confiance, semer le doute ou diviser l’opinion publique, en particulier en période de crise.
La désinformation sur le vapotage
La désinformation sur le vapotage
Les cigarettes électroniques, notamment les vapes style "puff" sont souvent présentées comme étant inoffensives, avec des designs colorés et des arômes attractifs. Or, ces dispositifs spécifiquement créés pour toucher une nouvelle clientèle très souvent jeune ne sont pas totalement sans risque et entrent dans la stratégie de l’industrie du tabac.
Les cigarettes électroniques sont-elles vraiment sans danger ?
- Comparée à la fumée de tabac, la cigarette électronique est estimée comme étant moins dangereuse que la fumée du tabac, cependant moins dangereux ne signifie pas sans risque.
- La cigarette électronique est souvent considérée comme étant une aide potentielle à l’arrêt du tabac, diminuant la perception des risques chez le public. Elle peut être une aide transitoire mais est fortement déconseillée chez les non-fumeurs.
- Pendant longtemps, les industriels ont “surfé” sur le manque d’études qui prouvent la dangerosité du produit.
- Le produit est perçu comme agréable par l’utilisation d'arômes sucrés, ce qui diminue la perception des risques associés (« si ça sent bon, c’est que c’est bon »), et d'un design coloré, ne mettant pas en avant les messages sanitaires, contrairement au tabac présentant des paquets neutres avec des messages obligatoires.
La désinformation sur l'alcool
La désinformation sur l'alcool
Les idées reçues générales sur l'alcool sont monnaie courante, il est donc normal de s’interroger sur les différences entre les alcools. On entend souvent qu’une bière serait plus "douce" qu’un shot*, que les vodkas aromatisées seraient sans danger, ou que les "premix" (mélanges d'alcool et de jus sucrés) ne compteraient presque pas comme de l’alcool.
Certains alcools sont-ils moins dangereux ?
- Les boissons ayant un degré d’alcool inférieur à d’autres peuvent être perçues comme moins nocives car moins fortes. Le degré d’alcool doit être mis en lien avec la quantité de boisson consommée. Une bière peut être moins forte que de la vodka, cependant, un verre de bière fait généralement 25 cl, tandis qu’un verre de vodka tourne plutôt autour des 3 cl. Cette différence de volume vient alors gommer la différence de degré, ces deux verres contenant la même dose d’alcool pur.
- L’expérience de dégustation peut également jouer un rôle dans cette perception faussée. Lorsqu’une boisson est sucrée ou que l’alcool semble peu présent gustativement, l’impression de consommer une certaine quantité d’alcool est alors illusoire. C’est le cas de la bière qui est plus douce en goût que certains alcools mais également le cas des mélanges pré-faits qui sont souvent très sucrés et paraissent donc plus doux, moins dangereux.
- La consommation simultanée d’alcool et de boissons énergisantes peut également fausser l’impression de dangerosité, la boisson énergisante diminuant la perception des symptômes d’alcoolisation. Les consommateurs ont alors tendance à boire plus d’alcool lorsque celui-ci est mélangé aux boissons énergisantes, les effets de l’alcool étant moins perçus.
- Certaines boissons pré-faites comme les Vody ou les premix présentent des packagings très colorés et affichent des goûts sucrés. Ce marketing attenue la dangerosité de ces boissons pourtant très fortement dosée en alcool.
*Dose d'alcool fort, servie dans un petit verre.
La désinformation sur l'alimentation
La désinformation sur l'alimentation
On se pose souvent des questions sur les régimes dits "tendances". Beaucoup de promesses tournent autour de ces régimes à la mode très restrictifs ("carnivore" sans végétaux, "cétogène" très pauvre en glucides, etc.) qui promeuvent énergie, perte de poids rapide, voire bienfaits pour la santé. Lorsqu'on parle de prévention des cancers, ces promesses ne tiennent pas et s’opposent souvent aux repères de santé publique.
Ces promesses sont-elles étayées ?
- Le régime carnivore supprime fibres, fruits et légumes (les éléments protecteurs) et accroît la consommation de viande rouge, associée à un risque accru de certains cancers.
- Le régime cétogène n’a pas démontré d’efficacité en prévention du cancer chez l’humain et peut restreindre des groupes d’aliments protecteurs ; il est par ailleurs mal noté pour la santé cardiométabolique par des organismes de référence.
- Les effets à court terme (poids/eau, appétit) est souvent considéré, à tort, comme un bénéfice durable : la perte rapide peut être surtout hydrique ou liée à une baisse calorique non tenue dans le temps, avec des risques métaboliques en contrepartie.
- On peut parler d'omission par des coûts cachés (perte de fibres, appauvrissement du microbiote, hausse des graisses saturées) qui s’éloignent des repères protecteurs en cancérologie.
La désinformation sur les pesticides
La désinformation sur les pesticides
On entend souvent dire que pesticide rime avec cancer, mais ce n’est pas si simple. L’inquiétude grandissante de la population peut donner l’impression que les pesticides sont la cause principale de l’augmentation des cancers, notamment chez les jeunes, alors que les preuves scientifiques ne le confirment pas. Chez les enfants, il existe une légère augmentation des cancers pédiatriques (entre 2000 et 2016), mais il ne s’agit pas d'une épidémie comme on peut parfois l'entendre.
Pourquoi cette idée persiste-t-elle ?
- Le cancer est une maladie qui fait peur et qui est redoutée. Pour cette raison, on cherche des causes visibles et identifiables pour pouvoir s’en protéger.
- Les données scientifiques montrent de plus en plus que l’environnement influence notre santé. Cette prise de conscience peut parfois pousser à des raccourcis, comme croire que tout dans l’environnement cause le cancer, sans nuances.
- On confond souvent corrélation et causalité : si on observe qu’il y a plus de cancers dans une région agricole et que cette région utilise des pesticides, on va conclure que les pesticides sont forcément la cause de ces cancers. En réalité, le fait que deux phénomènes apparaissent en même temps ne signifie pas que l’un provoque l’autre. D'autres facteurs peuvent entrer en jeu (pollution de l’air, comportements individuels à risque, facteurs génétiques, etc.).
- Par la présence médiatique : certains scandales sanitaires ou décisions d’interdiction (ex : substances controversées) marquent fortement l’opinion publique.
- Par les réseaux sociaux : les messages courts et alarmants circulent plus vite que les explications nuancées. Une idée simple et frappante s’impose plus facilement qu’une réalité scientifique plus complexe à comprendre.
Toutefois, il ne faut pas minimiser le risque.
L’expertise collective de l’Inserm de 2013 et 2021 souligne par ailleurs que les liens entre exposition aux pesticides et plusieurs cancers — notamment des cancers hématologiques, le cancer de la prostate et certains cancers de l’enfant — sont suffisamment étayés pour inciter à ne pas minimiser les risques sanitaires associés.
Il existe donc des liens entre pesticides et cancers, mais attention aux fausses informations.
La désinformation sur la crème solaire
La désinformation sur la crème solaire
Sur Internet et les réseaux sociaux, on peut parfois lire que la crème solaire serait responsable de cancers. Cette idée vient surtout du fait que certains ingrédients peuvent être considérés comme controversés : filtres chimiques soupçonnés d’être perturbateurs endocriniens, nanoparticules de dioxyde de titane, parfums allergènes ou encore l’octocrylène.
Des composants qui façonnent la controverse ?
- À ce jour, aucun cancer n’a été attribué aux composants d’une crème solaire avec une utilisation normale de celle-ci (appliquée sur la peau, pas avalée ni inhalée, utilisée avant la date de péremption).
- Respirer des nanoparticules de dioxyde de titane (sous forme de spray) peut irriter les poumons et provoquer des tumeurs pulmonaires. Ce danger concerne surtout les professionnels exposés quotidiennement. Les autorités déconseillent leur utilisation dans des produits pulvérisables. Les dangers sont principalement liés à l’inhalation et l’ingestion de cette substance.
- L'octocrylène est un filtre UV très utilisé. Des inquiétudes récentes concernent surtout l’environnement (pollution des milieux aquatiques et perturbation des écosystèmes). L’ANSES recommande de réduire drastiquement l’usage de cette substance pour ces raisons. Une étude de 2021 pratiquée sur 17 crèmes solaires a montré que, dans certaines conditions de vieillissement accéléré, l’octocrylène pouvait se dégrader dans le flacon en une substance classée « peut-être cancérigène ». Mais cette étude portait sur un petit nombre de produits et en condition particulière.
En Europe, les crèmes solaires sont encadrées par le Règlement (CE) n°1223/2009 sur les produits cosmétiques. Les filtres UV autorisés sont listés dans une annexe qui établit également la concentration maximale admise dans les produits solaires.
Nos conseils et recommandations
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Les jeunes et la désinformation
77 % des 15-24 ans
déclaraient avoir vu au moins une information qu’ils jugeaient fausse ou peu fiable sur des sites d’information ou des médias sociaux.
Source : Insee, enquête TIC ménages 2023
93 % des 15-24 ans
confrontés à une information jugée fausse ont vérifié les sources ou trouvé d'autres informations sur Internet.
Source : Insee, enquête TIC ménages 2023