Pesticides et cancers : s’exposer, c’est risqué !

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Propagés dans les champs, les pesticides se retrouvent dans nos maisons, dans l’air que nous respirons, dans ce que nous mangeons. Quels sont leurs effets sur notre santé ? Où en est la réglementation sur ce sujet ?

 

Qu’ils soient herbicides, fongicides* ou insecticides, les pesticides* ont un point commun : ils agissent sur des organismes vivants pour les détruire, les contrôler ou les repousser. Répartis au sein d’une centaine de familles chimiques, ils répondent à quatre grands usages. Le premier concerne l’agriculture, les parcs et les jardins. Les produits phytopharmaceutiques* sont alors diffusés par épandage. Le deuxième usage fait référence à des espaces intérieurs : bâtiments, locaux, maisons… Cette catégorie regroupe notamment les désinfectants, les vernis, les colles, les plaquettes insecticides, etc. Les pesticides sont également utilisés dans les médicaments humains (produits antipoux, antimycoses, antigales, etc.) et vétérinaires (antiparasites, antipuces, etc.). « Ces quatre usages couvrent un périmètre très large, analyse le docteur Pierre Lebailly, maître de conférences à l’université de Caen. Les pesticides sont donc présents partout et les populations agricoles ne sont pas les seules exposées. »

Quels risques pour quelle population ?

Sur demande de la direction générale de la Santé, l’Inserm a réalisé un bilan de la littérature scientifique publiée au cours des trente dernières années sur les risques associés aux pesticides. Rendu public en juin dernier, ce travail identifie « une association positive entre exposition professionnelle à des pesticides et certaines pathologies chez l’adulte : la maladie de Parkinson, le cancer de la prostate et certains cancers hématopoïétiques (lymphomes non hodgkiniens, myélomes multiples) ». Les ouvriers des usines de production des pesticides et les agriculteurs figureraient parmi les populations les plus exposées aux risques liés aux pesticides. Les femmes enceintes, agricultrices ou non, seraient elles aussi concernées, notamment lors d’une exposition en période prénatale et périnatale. L’étude de l’Inserm distingue alors l’exposition en milieu professionnel – qui entraînerait une augmentation des risques de fausses couches, de malformations congénitales, mais aussi de leucémie et de tumeurs cérébrales de l’enfant – de l’exposition résidentielle. Dans ce second cas, les enfants des femmes voisines d’une zone agricole ou liée à l’usage domestique de pesticides présentent un risque augmenté de malformations cardiaques, du tube neural (relatif au système nerveux), d’hypospadias (malformation de l’urètre) et de leucémie.

Les réponses législatives

De plus en plus sensibilisés aux risques liés à l’exposition aux pesticides, les pouvoirs publics français et européens ont commencé à légiférer sur le sujet. Depuis 1991, l’Union européenne réglemente leur usage en interdisant certaines substances. En France, le Grenelle de l’environnement concluait, en 2007, sur la nécessité de réduire l’utilisation des pesticides. Depuis 2009, le Parlement européen impose un certain nombre de règles, telles que l’interdiction de l’épandage aérien et l’exclusion des substances actives les plus toxiques. Autres mesures : la restriction de l’usage de certaines substances cancérigènes ou mutagènes dans les espaces verts et terrains de sport, ainsi que leur interdiction dans les aires de jeux pour enfants, les cours de récréation et les espaces proches des bâtiments hébergeant des personnes vulnérables. Quelles alternatives aux pesticides ? Poussé par les réglementations et les modes de production bio qui s’engagent à n’utiliser aucun produit chimique de synthèse, le domaine agricole commence à remplacer les pesticides par d’autres solutions. Parmi celles-ci, des associations végétales ou des organismes vivants qui repoussent naturellement les agressions. De son côté, l’Inserm recommande « le soutien de recherches pluri- et transdisciplinaires pour permettre une caractérisation plus rapide des dangers potentiels des substances actives et pesticides ». Connaître (tous) les risques, c’est un préambule indispensable à l’identification de (vraies) solutions…

* Voir glossaire ci-dessous.  

 

L’œil

de PIERRE LEBAILLY, responsable du programme Agriculture et cancer (Agrican)

« Nous suivons l’état de santé de 180 000 personnes et ce, sur 10 ans au minimum. »

L’objectif de la cohorte Agrican, la plus grande étude jamais réalisée sur la santé en milieu agricole, est triple. Il s’agit d’abord d’identifier les risques d’exposition au cancer des agriculteurs pour améliorer la prévention. Dans un deuxième temps, notre ambition est aussi d’obtenir réparation pour les personnes victimes de maladies (pensions d’invalidité, etc.). Enfin, l’étude Agrican a pour but de faire évoluer la réglementation en faisant, par exemple, interdire ou encadrer l’usage de certains pesticides. Au commencement de cette étude, en 2005, nous avons recruté cent quatre-vingt mille agriculteurs, actifs et retraités, sur douze départements représentatifs de la variété agricole de la France et disposant de registres de recensement des cancers du réseau Francim. Nous suivons l’état de santé de ces personnes et ce, sur dix ans au minimum. Ce projet d’ampleur regroupe une quinzaine de personnes – épidémiologistes, gestionnaires de bases de données… – et bénéficie notamment du soutien de la Mutualité sociale agricole* (dont 180 000 adhérents forment la cohorte) et de la Ligue contre le cancer. Notre premier constat : l’état de santé global et l’espérance de vie sont meilleurs chez les agriculteurs que chez les citadins. Nos comparaisons entre ces deux populations vont ensuite porter sur le développement de nouveaux cancers. Actuellement, nous commençons les analyses des causes de cancers de la prostate et du sein, de cancers pulmonaires, mais aussi de cancers plus rares, comme le cancer du sein chez l’homme. Depuis cette année, nous mettons nos données (concernant les cancers hématologiques) en commun avec celles de deux autres cohortes créées aux États-Unis et en Norvège. Les résultats finaux de notre étude devraient être bouclés en 2020.

* La Mutualité sociale agricole (MSA) est un organisme mutualiste qui gère de façon globale la protection sociale des salariés et non salariés agricoles, ainsi que leurs ayants droit et les retraités.

 

Glossaire

Fongicide : produit détruisant les champignons parasites (mildiou, mycoses, etc.).

Pesticide : produit utilisé contre les parasites animaux et végétaux des cultures.

Produit phytopharmaceutique : tout pesticide utilisé en agriculture ou dans les espaces verts, quel que soit son mode d’action (herbicide, insecticide, fongicide, acaricide, etc.).  

 

Au moment du bouclage de cet article, nous apprenons que le Sénat a adopté, le 19 novembre dernier, une proposition de loi qui prévoit l’interdiction, en 2020, de « l’utilisation de produits phytosanitaires pour l’entretien par les collectivités territoriales des espaces verts, forêts ou promenades accessibles ou ouverts au public ». Le texte sera soumis au vote de l’Assemblée nationale le 23 janvier 2014.  

 

Comment limiter notre exposition aux pesticides ?

Ne pas utiliser d’insecticides à l’intérieur de la maison (antimoustiques, antimouches, antifourmis) ou privilégier les formes les moins exposantes, telles que les gels et les produits les moins dangereux. Il est notamment conseillé d’éviter les antifourmis à base de dérivés de l’arsenic, ainsi que certains autocollants antimouches à base d’organophosphorés.

 


Éviter les antipuces ou antitiques et, quand c’est nécessaire, ne pas utiliser ces produits sous forme de sprays.

 

 
Éviter d’utiliser les insecticides antipoux, privilégier les alternatives sous forme de gels avec une action physique d’étouffement des poux.

 


Dans le potager, cultiver sans produits pesticides qu’ils soient chimiques ou biologiques.

 


Privilégier les produits de saison et d’origine locale qui possèdent moins de conservateurs.

 


Toujours laver et éplucher les fruits car certains résidus de pesticides se concentrent dans la peau.

 

 

Vrai/ Faux

Les pesticides s’accumulent dans le sol.

VRAI ET FAUX : Depuis les années 70, de nombreux pesticides retirés du marché ont été remplacés par des produits qui, en se dégradant rapidement, ne s’accumulent pas dans les sols. Une faible quantité de résidus peut cependant subsister.

Le fœtus peut être affecté par une exposition de la mère.

VRAI : Les bébés de femmes enceintes vivant près d’une zone agricole ou utilisant des pesticides à usage domestique ont un risque accru de malformations congénitales, de poids de naissance réduit, d’atteintes du développement neurologique ou de leucémie.

Les limites maximales de résidus fixées par la Commission européenne concernent uniquement l’alimentation humaine.

FAUX : Les aliments pour animaux sont également concernés. Il existe ainsi des limites maximales applicables aux résidus de pesticides présents dans les denrées alimentaires et dans les aliments pour animaux.

 

 

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