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Le cancer, plus il est diagnostiqué tôt, plus il a de chance d'être guéri. Vrai ou faux ?

Richard FLAMMIER mer, 12/12/2018 - 11:41 (6) commentaire(s)

Il y a quelques mois j'ai témoigné ("Gen et le généraliste").
Depuis j'ai voullu savoir si le retard de diagnostic, de la récidive métastatique du cancer de ma femme, lui avait été préjudiciable, si une perte de chance pouvait être évoquée.
J'ai posé des questions à un oncologue du centre Leon BERARD de Lyon.
Celui-ci m'a fait une réponse très surprenante et devrait, s'il a raison, remettre en question les traitements actuels.
La questions et la réponse de l'oncologue la lus surprenante:
Moi : Le cancer, plus il est diagnostiqué tôt, plus il a de chance d'être guéri. Vrai ou faux ?
L'oncologue : Faux. Cela est valable pour un cancer localisé mais malheureusement pas pour un cancer du sein métastatique. C’est pour cette raison que les recommandations actuelles sont uniquement une surveillance par mammographie et non par scanner (malheureusement on n’arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases, on allonge simplement la durée où l’on sait que l’on a une récidive).
J'ai renvoyé un courriel pour signifier mon étonnement et celui d'amis médecins :
Bonjour Docteur,
Je suis désolé mais il me reste une question.
J'ai relu votre rapport et j'en ai discuté avec des connaissances médecins et oncologues.
J'ai admis que, compte tenu du caractère proche d'un triple négatif du cancer de ma femme, le prolongement de sa vie était très improbable.
Mais vous écrivez "Malheureusement on arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases"
Alors pourquoi soigne-t-on ces malades, si cela est inutile ? Toutes ces souffrances et ces coûts inutiles qui pourraient être mis dans la recherche.
Que dire de ces personnes qui sont en vie après 7, 8, 10ans avec des métastases osseuses, au foie, au cerveau; si ce n'est pas du aux traitements chimiques et Hormonothérapie.
Le hasard ? Un effet placébo ?
Ou bien des types de cancer qui répondent bien à ces traitements ? Dans ce cas il me semble que de les traiter le plus tôt possible est important, ou la veille de leurs décès serait-il suffisant ?
Encore désolé de vous prendre un peu de temps.
Avec mes remerciements,
Cordialement.

Richard FLAMMIER mer, 12/12/2018 - 11:52

Le spécialiste n'a pas répondu a ce dernier courriel.
Quel est l'avis du Dr Marceau ?
Merci

atmed mer, 12/12/2018 - 18:05

Bonjour Richard,
Je ne suis pas sûr de bien comprendre votre question, alors merci de la préciser si ma réponse ci-après ne répond pas complètement à votre interrogation.
Il est clair que plus un cancer est diagnostiqué tôt, plus il a de chances de guérir. On voit cela tous les jours, avec les cancers les plus fréquents, du sein, du côlon, de la prostate... Et inversement, les cancers de très mauvais pronostic, comme les cancers des bronches ou du pancréas ont une particularité commune : leur diagnostic est presque toujours tardif car ce sont des cancers qui grossissent sans symptomatologie particulière pendant de longs mois. Mais quand par chance ils sont découverts à un stade précoce, leur pronostic peut-être relativement bon.

Vous évoquez un cancer métastatique. Le plus souvent, cela correspond à un stade tardif de la maladie, qui a pu essaimer par voie sanguine ou lymphatique. On pourrait alors considérer que le traitement ne se justifie plus, que les inconvénients, notamment en termes de qualité de vie, l'emportent sur les avantages évalués en espérance de vie. C'est ce que doit évaluer précisément un médecin devant chaque cas, si possible en l'expliquant bien au patient qui doit être en mesure de participer à la prise de décision. Le plus souvent, la décision va être prise de traiter, en dépit des métastases, avec parfois une régression des lésions, une stabilisation du cancer durant de longs mois (phénomène de chronicisation de la maladie cancéreuse observé quand le cancer, à défaut d'être guéri, est contrôlé). Parfois aussi, la guérison arrive en dépit des métastases. On observe cela actuellement notamment avec certains mélanomes métastatiques dont le traitement a été révolutionné par l'immunothérapie.
Inversement, il arrive que la situation soit considérée comme désespérée et un protocole de soins palliatifs est engagé. Mais un tel constat n'est généralement dressé qu'après avoir constaté qu'aucun traitement n'a permis de faire régresser les lésions et que le cancer poursuit son extension en dépit des traitements.
Bien cordialement
Dr A.Marceau

Richard FLAMMIER mer, 12/12/2018 - 19:45

Merci Docteur,

Je reformule ma question.

Février 2015 ma femme a un cancer du sein.
De Juillet 2016 à mai 2017 ma femme se plaint de fatigue et de toux incessante.
Mai 2017 diagnostic cancer médiastinale secondaire.
9 mois de retard sur le diagnostic.
Décès octobre 2017
(voir mon témoignage "Gen et le généraliste")

Ce retard de diagnostic a-t-il fait perdre une chance de vie plus longue à ma femme ?

Réponse du Spécialiste du centre de lutte contre le cancer de Léon BERARD Lyon:
"Non, dans l'hypothèse d'un scanner en août 2016 cela n'aurait pas changer la date du décès de votre femme. (malheureusement on n’arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases, on allonge simplement la durée où l’on sait que l’on a une récidive)."

Etes vous d'accord avec ce spécialiste ?
Si oui, alors pourquoi soigner ce type de cancer ?
Si non, pourquoi est-il si catégorique ?

De mon côté je lui ai répondu:
Vous écrivez "Malheureusement on arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases"
Alors pourquoi soigne-t-on ces malades, si cela est inutile ? Toutes ces souffrances et ces coûts inutiles qui pourraient être mis dans la recherche.
Que dire de ces personnes qui sont en vie après 7, 8, 10ans avec des métastases osseuses, au foie, au cerveau; si ce n'est pas du aux traitements chimiques et Hormonothérapie.
Le hasard ? Un effet placébo ?
Ou bien des types de cancer qui répondent bien à ces traitements ? Dans ce cas il me semble que de les traiter le plus tôt possible est important, ou la veille de leurs décès serait-il suffisant ?

Je n'ai pas eu de réponse à ce courriel.
Je ne suis plus motivé par une quelconque envie de règlement de compte.
Mais il me semble que la position de ce spécialiste méritent d'être étudiée dans l'intérêt de lutte contre le cancer.

Bien cordialement,
Richard FLAMMIER

atmed mer, 12/12/2018 - 21:28

Re-bonjour Richard,
Il est difficile sinon impossible de dire à partir de quand ce cancer secondaire de localisation médiastinale aurait pu être diagnostiqué. Il n’est donc pas certain que 9 mois aient été perdus de ce point de vue. Si cette localisation avait été diagnostiquée plus tôt, l’evolution aurait-elle été différente ? Peut-être pas car la localisation médiastinale est particulièrement grave.
Vos questions sont légitimes mais il faut comprendre que tous les cancers ne sont pas comparables. La génomique nous permet de mieux comprendre pourquoi tel cancer répond bien à un certain traitement alors qu’un autre cancer, cliniquement similaire, n’y répond pas. L’exemple nous en est donné avec les thérapies ciblées qui ne marchent que si telle ou telle mutation génétique est présente dans les cellules cancéreuses. Et les premiers tests génomiques arrivent actuellement, qui permettront de prédire la réponse à un traitement. On évitera ainsi ces traitements inutiles que vous évoquez. Mais qui, sans ces tests, ne se révèlent inutiles qu’à posteriori.
J’espère vous avoir aidé à comprendre la situation à laquelle vous avez été confronté.
Bien cordialement
Dr A Marceau

Richard FLAMMIER jeu, 13/12/2018 - 12:25

Bonjour Docteur,

Ma question est simple mais vous ne voulez ou ne pouvez pas y répondre.
Êtes-vous d'accord quand le spécialiste dit "malheureusement on n'arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases"
Il dit cela pour tout type de cancer du sein metastatique.
Il insiste en disant c'est pour cela que les scanners ne sont pas prévus car inutiles.
Je comprends que prendre position de manière publique est délicat.
Merci
rf74@sfr.fr
RF

atmed jeu, 13/12/2018 - 13:30

Bonjour Richard,
Je ne suis pas d'accord avec le fait de dire que "pour tout type de cancer du sein, on n'arrive pas à prolonger la vie en diagnostiquant plus tôt les métastases". C'est une phrase trop réductrice pour pouvoir être vraie en toutes circonstances.
Cordialement
Dr A.Marceau