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Les bouquets de roses meurent...

C. ven, 22/03/2019 - 22:50 (6) commentaire(s)

Bonsoir,
J'ai appris récemment que j'étais atteinte d'un cancer au sein. 2 jours après, le couperet tombe chez le chirurgien...mastectomie sein droit, chimiothérapie et reconstruction mammaire dans 1 an....comment se faire à l'idée pour une femme de perdre ses plus beaux atouts , sa féminité, son charme...?
Je sais que les traitements sont la....mais la cicatrice du choc restera à jamais
Je me sens déjà plus la même...
Pouvez vous m'aider pour surmonter cette épreuve ?
Bien à vous

Léopoldine sam, 23/03/2019 - 00:35

Bonsoir,

Si je ne peux pas dire ce qui se passe lorsqu’on subit une mastectomie, je peux juste dire que le cerveau doit être bien programmé pour que notre élan vital nous ramène à l’essentiel.

J’ai tout enduré et réussi à tout accepter... Il ne me reste aucun mauvais souvenir de tout cela. Et pourtant... Juste le meilleur, ce souvenir de l’annonce de ma rémission complète... Un sursis certes, mais, inespéré ayant été en soins palliatifs pour un cancer du sein très agressif.

Faites confiance à vos ressources et ce que vous pensiez hier, avant l’épreuve, pourrait peut-être vous apparaître moins douloureux à surmonter dans les temps à venir. Vous serez encore belle. Pensez aux multiples facettes du charme.

Pour un « petit » temps avant la chirurgie reconstructrice, au regard d’une vie qu’on s’applique à sauver, il faudra sans doute prendre patience. Un an ce n’est pas une éternité même si je vous comprends.

Les roses sont éternelles ! Ceux qui vous aiment sauront vous le dire... Prenez bien soin de vous.

Bien chaleureusement à vous.

Léopoldine

C. dim, 24/03/2019 - 00:23

Bonsoir Léopoldine,

Je vous remercie pour votre message réconfortant et heureuse pour vous que vous soyez remise de votre épreuve douloureuse.
Nous avons cette capacité les femmes à se relever, à se battre pour donner la vie!
Je vais me servir de ce temps qui met donner pour créer un projet pro et revoir les priorités.
Quand on traverse cette période, nous nous sentons plus fortes face à la maladie.
Avec le recul, Le cancer vous a renforcé?
Bien à vous

Léopoldine lun, 25/03/2019 - 12:51

Bonjour,

Je vous souhaite de réussir vos projets professionnels. Vous avez manifestement l’étoffe d’une battante. Sans aucun doute, nous sommes aussi plus fortes dans la maladie avec des buts et des projets.

Et pour répondre à votre question, je dirais que le cancer ne m’a pas rendue forte, n’a pas changé ma vision du quotidien. Ce n’était pas la première fois que cette force me venait dans la difficulté.

J’ai vécu auparavant une terrible épreuve avec l’adolescence d’un de mes enfants... J’ai tenu, préservé le dialogue... Je me suis arc-boutée à en perdre mes forces. Je n’ai rien laissé passer et réglé les problèmes un à un... connu l’enfer ! Tout est rentré dans l’ordre, comme si rien ne s’était passé. Avec le recul, je n’ai pas été courageuse, il m’a suffit d’un amour inconditionnel pour tenir bon.

Ce long laïus pour témoigner, une fois de plus, que l’on trouve en soi ces ressources.

Mon vécu de la maladie m’a ainsi confortée dans le fait qu’il existe en moi ( comme en chacun de nous) cette capacité à braver les tempêtes. Par temps calme, on en ignore tout à fait la possibilité. C’est ici un courage qui se confond avec l’instinct de survie.

Ma confiance s’en est trouvée renforcée. Je répète volontiers qu’ « à chaque jour suffit sa peine ». On prend patience et on ne lâche rien.

Quand vous parlez de nous battre pour donner la vie, il existe là aussi ce petit miracle qui nous permet d’oublier les douleurs d’un accouchement ... C’est ce que l’on appelle le « mal joli » et j’y pensais justement par association d’idée en écrivant que je n’avais pas gardé de mauvais souvenirs de la maladie. La vie vaut tous les combats.

Je crois prêcher une convaincue et c’est tant mieux !

Prenez bien soin de vous.

Bien à vous

C. mer, 27/03/2019 - 23:21

Léopoldine,

Quand les médecins l'ont annoncé, je n'ai pas eu vraiment un choc qui semble paradoxal
J'ai vécu de lourdes charges, des difficultés et subi l'enfer.. pour moi ce n'est qu'un aboutissement à des épisodes successifs de ma vie
Par le passé, je me suis occupée de ma mère malade alzeihmer durant des années en gérant mon père perdu et un travail très prenant. J'ai du toujours me battre. Peu de personne ne m'ont aidé. J'ai souffert de cette solitude. Mais c'est du passé ... une page est tournée. Les blessures avec le temps s'atténuent..
Je prends le cancer comme une chance à la vie. Un long combat m'attends ...
J'ai fait une liste de mes souhaits. J'ai même pris rdv pour mon premier cours de piano.
Je vous remercie pour votre réconfort
Bien à vous

samar mar, 02/04/2019 - 22:11

Bonjour à C. et à Léopoldine,

J'ai apprécié vos échanges, profonds et sincères, poignants aussi, qui témoignent de beaucoup de courage et de lucidité face aux épreuves.

J'ai eu une mastectomie en 2014. Mais j'ai ressenti cette amputation comme une délivrance: j'étais enfin libérée de ce nid où grouillaient toutes ces petites cellules mortelles qui ne demandaient qu'à s'en échapper pour aller coloniser ailleurs... J'ai fait le choix de ne pas faire reconstruire ce sein (les prothèses internes en silicone demandent à être changées environ tous les dix ans, et la symétrie avec l'autre ne peut pas être assurée; par le grand dorsal, c'est douloureux et là aussi ce que j'ai vu ne m'a pas convaincue; seule la reconstruction par DIEP donne des résultats étonnants mais elle n'est pas sans risques et je n'étais pas éligible à ce type d'opération en raison de la présence d'adhérences consécutives à une hystérectomie antérieure. Il existe encore d'autres techniques mais aucune ne m'a tentée).

Je porte une prothèse adhérente le jour (pour équilibrer le poids et donc éviter les maux de dos), rien la nuit. Mon compagnon m'accepte comme je suis, il ne voulait pas que je retourne sur une table d'opération mais il m'a toujours laissé le choix de le faire ou pas. De toute façon, quand on ne peut rien changer, pour survivre il faut s'adapter.

J'ai connu des femmes qui avaient préféré la mort plutôt que de perdre un sein. Avec du recul, je les trouve courageuses d'avoir été capables de faire un tel choix. Moi, j'ai préféré la vie. Je me suis habituée à cette longue cicatrice, je n'y fais plus attention. Je ne me sens pas laide pour autant. La seule chose qui m'importe, c'est de pouvoir continuer à voir le jour se lever sur mon jardin, entendre les oiseaux chanter, écouter les feuilles des peupliers tintinnabuler dans le vent... Et puis j'ai toujours mes deux jambes pour marcher, mes deux mains pour bricoler, mes deux yeux pour lire et contempler, mes deux oreilles pour entendre et écouter, alors... je suis heureuse, tout simplement.
Bien amicalement à vous,
Anne-Marie

Léopoldine sam, 27/04/2019 - 02:29

Bonsoir à C. et à Anne-Marie,

Merci pour ce bel échange. Je suis heureuse de constater qu’il existe cette paix au fond des coeurs malgré la maladie.

La maladie nous touche souvent lorsque nous arc-bouter ne nous est plus possible. J’ai dû naître petit soldat et les épreuves qui ont jalonné ma vie m’ont tenue en permanence au combat. Je pense tout à la fois que j’étais prête à affronter la maladie qui dans ses conditions devenait de toute façon inévitable. C’est ainsi.

Je vous trouve merveilleuses. Cette capacité à redoubler de vigueur et à faire soudain des choses qu’on n’aurait jamais oser faire avant m’amène souvent à penser qu’ « à quelque chose malheur est bon ».

Et quoi de plus extraordinaire que de profiter comme pour la première fois ? L’évidence de ce que nous possédons nous faisait presque oublier à quel point pouvoir marcher, bricoler, lire, écouter est source d’un immense bonheur. La maladie nous réveille.

J’ai pour ma part eu cette chance d’être toujours consciente des bonheurs simples. Boire mon thé pu erh dont l’odeur me rappelle celle des sous-bois, cette odeur de terre et puis ce goût si particulier, si savoureux et pourtant presque fade... ces doux instants, les mains autour de ma tasse chaude, me transportent de bonheur. C’est aussi simple que cela. Et c’est ainsi que je réussissais à m’accrocher à de toutes petites choses lorsque j’étais au plus mal et que je m’en sentais aussitôt rassérénée.

Samedi dernier, veille de Pâques, je me suis réjouie de voir le retour des hirondelles. Ces si petits détails pour de si grandes joies !

Je vous souhaite beaucoup de beaux moments et suis ravie de vous avoir rencontrées sur ce forum. Je viens seulement de découvrir vos messages. Merci.

Prenez bien soin de vous.

Bien à vous.

Léopoldine