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Antiparasitaires et cancer, ce qu’il faut savoir

La désinformation en santé s’impose aujourd’hui comme un risque majeur pour les patients, et plus globalement pour nos sociétés. La promotion de médicaments antiparasitaires comme des « médicaments anticancéreux miracles » en constitue un exemple concret et un danger bien réel pour les personnes atteintes de cancer.

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Visuel actu désinformation traitement

Quand la désinformation abonde dans les médias

Podcasts, billets de blog, publications sur les réseaux sociaux, articles de l’AFP, de quotidiens ou encore d’agences étatiques : informations et désinformations (ou malinformations) abondent depuis quelques années concernant des médicaments antiparasitaires humains (ivermectine, mébendazole) ou vétérinaires (fenbendazole), et ce qu’ils représentent concrètement aujourd’hui dans les domaines de la recherche et des soins en cancérologie.

Cette situation illustre parfaitement ce que décrivent, dans l’éditorial du numéro de mai 2026 de la revue Médecine/Sciences, Dominique Costagliola, Hervé Maisonneuve et Mathieu Molimard : « l’espace public est saturé par une asymétrie informationnelle alarmante. Tandis que la science avance avec la prudence et la nuance de la preuve, la désinformation prospère sur la viralité de la peur et l’illusion des remèdes miracles[1]. »

Très récemment, la publication d’un article dans une revue scientifique a encore alimenté le cycle de la désinformation autour de l’usage des antiparasitaires dans le traitement du cancer. Faisons le point en quelques questions.

[1] Dominique Costagliola, Hervé Maisonneuve et Mathieu Molimard sont les auteurs du « Rapport sur la désinformation en santé 2026 » qui a servi de socle au lancement de stratégie de nationale de lutte contre la désinformation en santé. Consulter l'intégralité de l'éditorial

La Ligue apporte des réponses

Les antiparasitaires promus sur certains réseaux sociaux, voire dans des articles d’apparence scientifique peuvent-ils être considérés comme des traitements des cancers ?

Non, car il n’existe à ce jour aucune étude fiable ayant démontré une quelconque efficacité de ces médicaments, ni comme alternative ni comme complément aux traitements conventionnels des cancers.

 

Ces médicaments font-ils l’objet de recherches dans le domaine du cancer ?

Oui, il existe aujourd’hui une littérature scientifique relativement abondante, mais de qualité très inégale, qui documente la capacité de ces molécules à empêcher la croissance des cellules cancéreuses, entraver leur métabolisme, stimuler le système immunitaire, etc., dans des modèles expérimentaux. Ces effets s’expliquent par l’existence de mécanismes biologiques communs entre les cellules des parasites, cibles de ces médicaments, et les cellules humaines.
Les signaux d’efficacité constatés ont justifié le dépôt, par certaines sociétés du secteur pharmaceutique, de brevets. Par ailleurs, le repositionnement de ces médicaments en cancérologie constitue une idée fréquemment mentionnée dans des publications scientifiques.

Le repositionnement de médicaments « anciens » est, pour l’industrie pharmaceutique, une pratique courante. D’autres catégories de médicaments, en plus des antiparasitaires, font aujourd’hui l’objet d’études pour une éventuelle utilisation dans le domaine du cancer.

 

Ces recherches permettent-elles d’envisager l’utilisation des antiparasitaires pour le traitement des cancers chez l’humain ? 

Non, ce n’est pas le cas à l’heure actuelle, et il n’est pas possible de dire aujourd’hui si ces médicaments pourront un jour faire l’objet d’un usage validé dans le traitement du cancer. Les portefeuilles de brevets de l’industrie pharmaceutique et des cellules de valorisation des établissements de recherche publique comptent de très nombreux brevets protégeant des molécules initialement prometteuses, mais qui ne sont jamais devenues des médicaments.

Les étapes allant de la découverte au médicament sont nombreuses et correspondent à un long processus qui n’aboutit que lorsque les différentes phases des essais cliniques ont permis de s’assurer, chez l’humain, de paramètres fondamentaux (tolérance, efficacité, rapport bénéfice/risque, effets secondaires, etc.).

Aujourd’hui, les antiparasitaires font principalement l’objet d’études précliniques chez l’animal. Un petit nombre d’essais cliniques de phase 1 ou 2, de l’ordre d’une dizaine (principalement sur le mébendazole), a été réalisé ou est en cours. Les données cliniques fiables concernant l’usage de ces antiparasitaires sont donc extrêmement limitées et ne permettent en aucune façon d’établir la preuve de leur efficacité thérapeutique dans le traitement des cancers.

 

Les travaux récemment publiés dans la revue « Anticancer Research » apportent-il de nouveaux éléments ?

Non, l’étude publiée était de type observationnel et fondée sur la compilation d’informations « autodéclarées » par les participants via une plateforme en ligne. Ce type d’étude, très éloigné des standards d’exigence des essais cliniques, ne peut en aucun cas établir un lien de causalité entre l’état de santé des participants et la prise des médicaments étudiés. Les auteurs de ces travaux précisent d’ailleurs ce point dans l’article.

De façon beaucoup plus problématique, cet article fait aujourd’hui l’objet d’une déclaration officielle de préoccupation (une « Expression of Concern ») de la part du comité éditorial de la revue, avec, à la clé, l’ouverture d’un audit formel de l’intégrité des données publiées et des aspects éthiques associés à cette étude. Derrière ces termes, il faut comprendre que les éléments cliniques fournis par les auteurs n’étayent pas les résultats publiés, en particulier le « taux de bénéfice clinique », c’est-à-dire l’amélioration concrète apportée aux sujets de l’étude.

Les résultats sur lesquels se fondent cet article sont donc considérés comme suspects.

 

Quels sont les risques associés à l’utilisation de ces médicaments ?

L’utilisation de médicaments de façon inappropriée, hors d’un protocole scientifiquement validé pour un usage précis, constitue un risque majeur. Le risque de toxicité se trouve encore accru avec l’usage de médicaments vétérinaires plus concentrés, dont la sûreté pour un usage chez l’humain n’a pas été établie. Le concept de « médicament anticancéreux miracle », efficace sur tous les cancers et dénué d’effets secondaires, est un leurre : la diversité des cancers fait que les avancées thérapeutiques ne sont pas universelles et doivent toujours être évaluées en termes de bénéfice/risque. 

L’utilisation des antiparasitaires en plus des traitements conventionnels expose à un risque d’interactions délétères pour le patient, comme une perte d’efficacité du traitement et une aggravation des effets secondaires. L’achat en ligne de ces médicaments, hors du circuit légal, n’est pas sûr et expose au risque d’utiliser des produits contrefaits dangereux.

Quand Vivre parlait de désinformation

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Quand Vivre parlait de désinformation

Dans le magazine de mars 2026, la Ligue évoquait le sujet des fake news en santé.

Alors que les chaînes d’info tournent en continu et que les réseaux sociaux nous ont fait basculer dans l’ère de l’instantanéité, l’accès à l’information n’a jamais été aussi facile. Pour le meilleur… mais aussi pour le pire.

Certains acteurs n’hésitent pas à exploiter ces canaux de diffusion pour propager des informations fausses, trompeuses ou orientées, notamment dans le champ très lucratif de la santé. Face à ce phénomène, des garde-fous s’organisent et des initiatives émergent pour rétablir une information fiable. Nous avons choisi de leur donner la parole.

En 2024, 52 % des Français déclaraient avoir été confrontés à de la désinformation (ou fake news). Une étude précise ce lien, et s’intéresse en particulier à notre exposition aux fausses informations dans le domaine de la santé.

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