Psychologie de l’aidant : comment faites-vous ?

6 commentaires
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foxsilver

Bonjour

Mon post va sans doute paraître terriblement égoïste voire ridicule et je m’excuse par avance.

Voici près d’un an et demi que j’accompagne mon papa dans sa lutte contre le cancer de la vessie. D’abord localisé il est passé en 5 mois à un stade non curable et métastases. Un coup de massue.

Il est encore autonome mais c’est évidemment toute une gestion : trouver et planifier le passage des infirmières, l’accompagner à ses rendez-vous médicaux s’assurer qu’il comprenne tout (sa langue maternelle n’est pas le français) etc. Suivre ses chimios et ses décalages de chimios, etc. Dans cette morosité ses 2 premières sessions de chimios ont été bien tolérées. Ouf !

Bref je sais qu’il y a pire que moi. 

Par ailleurs je travaille.

Mais depuis 1 mois je vois que je développe un trouble anxio-dépressif.  Et je ne dors pratiquement plus. Dès que je me couche je pense cancer. Je multiplie les crises de panique (surtout le soir). J’ai toujours été de nature anxieuse et là dès que j’ai mal je me dis : c’est un cancer ! A un point de ne plus pouvoir manger à cause de fortes nausées ni pouvoir dormir.

Je ne cesse de lire tout ce qui traîne sur internet sur le cancer. Je sais je ne devrais pas mais je n’arrive pas à m’empêcher. 

Je me sens minable de relater tout cela lorsque je lis le témoignage de personnes malades telle que Rob ou Moufette.

Mais j’aimerais savoir si d’autres aidants vivent ou ont vécu ce que je vis ? Et comment avez-vous fait ?

Je tiens à préciser que je suis suivi par un psy et que je tente un traitement médicamenteux qui je l’espère remettra les choses en place dans les semaines à venir. Je l’espère car j’ai l’impression de devenir folle.

Merci de vos témoignages.

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Dr A.Marceau

Bonjour,

Chacun vit à sa façon une telle situation d'aidant, avec ses ressources et il n'y a pas de jugement à en tirer. Chez vous, l'anxiété est telle qu'elle mérite une prise en charge spécifique, cela peut être un traitement médicamenteux prescrit pour quelques jours, le temps de passer un cap et de bien dormir quelques nuits, cela peut surtout être une prise en charge psychologique qui vous aidera à surmonter ce fond anxieux qui vous mine actuellement. Le traitement médicamenteux vous a été prescrit par un psy, j'espère que vous allez le revoir pour quelques séances à moins qu'il ne vous oriente vers un ou une psychologue

Bien cordialement

Dr A Marceau

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foxsilver

Bonjour Docteur

Oui je suis suivi par un psychologue et c’est dernièrement qu’un psychiatre m’a prescrit des AD.

Concernant le psychologue il est très à l’écoute mais je ne sais si sa méthode est la meilleure (approche « intégrative »). Avez-vous à la ligue un listing de psychologues spécifiquement formés qu’il est possible de consulter ?

Merci encore pour votre réponse réconfortante. 

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Dr A.Marceau

Non, La Ligue ne dispose pas de listes de professionnels. Mais peut-être pouvez-vous vous renseigner auprès du comité départemental.

Bien cordialement 

Dr A Marceau

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lainie78

Le role de l aidant est tres difficille, pour avoir accompagne mon epoux jusqu'à  la mort, je suis passee par differents stades, sans etre malade, je subissais la même maladie que lui(, sans les douleurs, sans effets secondaires) , comme nous etions tres fusionnels, j ai ressenti  tout cela. J ai passe des nuits a pleurer seule dans mon lit, puis je me suis preparee a toutes les eventualites, y compris la mort. j ai trouve une certaine force que je n imaginais pas avoir, j ai a ce moment la, tout balaye pour ne vivre que le present. Je n ai pas eu besoin de psychologue, je me suis tournee vers la philosophie, et cela m aide beaucoup, je lis Marc Aurele,. Et j applique ses conseils de sagesse,. Je ne peux pas changer le passe, seul le present compte. Mon epoux m a donne la force, il avait un moral d acier.. Chaque personne vit cela a sa façon.

nad75

Bonjour foxsilver,

J’aurais pu écrire le même texte que le votre, mot pour mot.

C’est fou mais nous nous ressemblons énormément. Je suis de nature anxieuse de base. Le cancer m’a fait tombé dans des troubles anxio-depressives (j’ai été voir des psychologues et prends également des cachets).

J’ai passé mes nuits à me renseigner sur le cancer à tel point que j’en maîtrise tout son langage. Aucun mot ne m’est étranger. Ces nuits sur internet m’ont aussi plongé dans une dépression car il est clair que si j’en crois tout ce qu’il est écrit mon papa mourra prochainement. 
Alors a chaque rdv avec son oncologue c’est l’angoisse, le repli sur moi même, l’agressivité envers mon mari, et les pleures. La raison étant que je me prépare à ce que l’on m’annonce qu’il va mourrir dans 3 mois ou qu’on arrête les traitements. Et puis je m’aperçois que j’ai souvent tord. Que la médecine fait son possible. On arrivera peut être à ce jour, mais j’ai des enfants une famille un travail, je ne peux pas tout mettre de côté. 
Par ailleurs, que puis je faire si ce n’est me rendre malade? Est ce que j’ai la capacité de guérir mon père? Mon père me le dit souvent quand il me voit au plus bas. Il me dit tu crois qu’en te mettant dans cet état tu vas me guérir? Il a raison ça sert à rien! 
Décidément, c’est lui qui est malade et c’est lui qui me console. J’ai honte de cette situation. Mon père est celui qui a toujours su me réconforter, la preuve en étant la encore. Voilà pourquoi j’ai autant peur de le perdre. 

Mais j’ai décidé pour lui de lui montrer que je suis forte. Et à force d’essayer de lui faire croire que je vais bien, eh ben je vais mieux…

Essayez pour lui de vous montrer forte, de reprendre une vie normale. De profiter de vos enfants sans culpabilité, à force vous verrez vous le ferez sans plus culpabiliser et vous développerez la force qu’il y a en vous et que l’on a tous. 

Une fois une psychologue du centre ee cancer m’a dit : même s’il meurt, ça sera dur mais vous réussirez. Tout le monde réussi. Il y a que très peu de de décès qui conduisent à des dépression pathologique. Et selon ce que je vois de vous, cela ira. Pourtant elle est au courant de mon arrêt maladie de mon retrait de la vie sociale de mes nuits à pleurer, même de maux imaginaires (quand ils ont détecté des métastases aux cervicales à mon papa j’ai eu le cou coincé…).

Bref je m’accroche au faite que tout le monde y arrive. On y arrivera aussi!!!

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foxsilver

Merci pour vos témoignages et pardons pour le délai de ma réponse.

Mais mon thérapeute m’a conseillé de limiter mon temps en ligne pour éviter d’entretenir mon angoisse. D’autant plus que j’ai tendance à développer une forte hypocondrie qui m’ote le sommeil. Bref…

Vos vécus sont des exemples. Merci infiniment. 

Votre message Lainie78 m’a particulièrement « scotchée » : quelle force ! 

Merci infiniment 
 

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