Touchés par un cancer rare, ils témoignent de leur quotidien
La 19ème édition de la journée internationale des maladies rares aura lieu le 28 février 2026. Cette journée vise à mieux faire connaître les maladies rares, à soutenir les personnes concernées et leurs proches, et à rappeler l’importance cruciale d’un diagnostic plus rapide et d’une recherche soutenue. L'occasion pour la Ligue de raconter l'histoire de Leane et Gabin, tous les deux touchés par un cancer rare.
Les chiffres clés
22 % de l'ensemble des cancers
soit environ 70 000 cas chaque année en France, sont considérés comme des cancers rares.
4 000 cas par an en France
sont des cas de sarcomes (tumeurs rares qui se développent dans les tissus de soutien).
La notion de "cancer rare"
Les cancers rares sont ceux dont l'incidence est inférieure à 6 cas pour 100 000 personnes par an. Ils constituent un ensemble hétérogène de plus de 200 pathologies. Leur rareté provient parfois du fait qu’elles peuvent toucher des populations jeunes (enfants et adolescents) ou de la rareté de leur localisation dans le corps.
Les cancers rares peuvent être identifiés :
- dans un organe dans lequel l’apparition d’un cancer n’est pas inhabituelle; mais l’atteinte va présenter des caractéristiques tissulaires, cellulaires peu fréquentes ;
- dans un organe très rarement touché par des tumeurs comme les galandes salivaires, etc.
Les personnes atteintes de cancers rares font face à de nombreux défis : un diagnostic tardif, une moindre recherche clinique, peu de traitements spécifiques et un parcours de soins souvent complexe.
Source : maladiesraresinfo.org
Gabin, touché par une leucémie
Gabin, touché par une leucémie
Récit de vie raconté par ses parents, Anaïs et Benjamin.
« Quand nous avons consulté, Gabin avait simplement une marque sur l‘abdomen, un peu rosée, violacée. Nous avions d‘abord pensé à un bleu donc nous n‘avons consulté qu‘après plusieurs semaines en constatant que ça ne disparaissait pas et que ça évoluait même. Comme nous avions pris des photos nous avons pu comparer. Il n‘avait aucun autre symptôme qui aurait pu présager de la maladie, et la "tâche" n‘était pas douloureuse. Nous n‘avons d‘ailleurs eu le diagnostic que 2 mois plus tard après une échographie et une biopsie de la "tâche".
À l'annonce du diagnostic, nous étions dévastés, le ciel nous ait tombé sur la tête. Gabin était tellement éveillé et en pleine forme que ça nous paraissait être en total opposition avec une maladie aussi grave. En tant que maman, j‘ai eu un pressentiment que c‘était quelque chose de grave, c‘est d‘ailleurs cet instinct qui m‘a fait consulter la première fois. Nous nous sommes demandés comment nous allions avoir la force de surmonter tout cela. Nous avons mis du temps à réaliser ce qu‘il se passait vraiment. Et même encore aujourd’hui, il y a des moments où nous ne réalisons pas le chemin parcouru, nous nous laissons simplement porter.
Nous avons tous les deux arrêté de travailler pour être auprès de Gabin au quotidien. Les 4 premiers mois ont étés rythmés par beaucoup d‘hospitalisations. Ça variait beaucoup d‘un mois à l‘autre, en fonction des phases de traitement. Au début nous sommes restés un mois entier à l‘hôpital, certaines semaines il y avait des nuits d‘hospitalisation et puis certains jours on restait 30 minutes juste le temps d‘une chimio. Il faut tout le temps s‘adapter au nouveau rythme à chaque nouvelle phase de soin (6 en tout jusqu’à la fin du traitement), et assimiler les jours de prise de médicaments et les dosages lorsqu'on passe plus de temps à la maison. Il faut aussi réussir à expliquer à Gabin les soins et les médicaments pour que ça se passe au mieux. Il n‘a pas conscience de la gravité de sa maladie, et nous essayons au maximum de l‘en préserver. La situation lui a rapidement paru normale et ça nous a beaucoup aidé, en tant que parent, parce qu‘il supporte très bien les soins depuis le début. Dès le lendemain du diagnostic, il s‘est réveillé dans sa chambre d‘hôpital, relié à un tuyau, et ça ne lui a rien changé. Il a joué, dansé, enjambé le tuyau… en voyant ça on a eu un déclic, la force c‘est lui. Il faut juste qu‘on lui fasse confiance et c‘est lui qui va nous porter. La musique nous a aussi beaucoup accompagné, on a beaucoup chanté et dansé même dans la chambre d‘hôpital pour passer le temps et garder la joie de vivre.
Depuis l‘annonce de la maladie, nous passons beaucoup de temps à l‘hôpital même si la dernière phase de traitement (4/6) s‘est passée en majorité à la maison. Les jours de chimio changent régulièrement en fonction des phases, avec plus ou moins de fréquence. Il a des médicaments à prendre au quotidien, un antibiotique 3 fois par semaine et un sirop de chimio tous les soirs. Comme il est petit il faut aussi être attentif au moindre symptôme ou effet indésirable pour pouvoir le soulager au mieux. Il a aussi des bilans sanguins 2 fois par semaine, et des ponctions lombaires toutes les 3 semaines. On limite au maximum les sorties dans les magasins mais dès qu‘il fait beau, on fait des ballades en plein air. On limite aussi les visites de nos proches et quand ils viennent nous voir il faut absolument n‘avoir aucun symptôme et ne pas faire de câlins ou de bisous à Gabin. On vit un peu comme pendant la pandémie de la Covid. Gabin vit cette situation très bien malgré tout même s‘il est vraiment très heureux quand il voit des gens, lui qui est très sociable et aime beaucoup parler.
Aujourd'hui, nous souhaitons passer plusieurs messages. Il ne faut pas hésiter à consulter même si ça parait bénin, écouter son instinct de parent si on sent que la moindre chose ne va pas. Et insister si jamais on est pas pris au sérieux. Le cancer chez les enfants n‘a pas toujours de cause déterminée, il peut toucher n‘importe qui à tout âge. C‘est d‘ailleurs un message qu‘on essaye de faire passer régulièrement sur notre page TikTok : SANG%BABIN et pendant nos lives. On échange avec d‘autres parents qui vivent ou ont vécu la même situation pour se soutenir dans la bienveillance et on répond à toutes les questions de personnes sensibles à cette cause. Il faut en parler pour montrer la diversité des symptômes, et donner de la force et de l‘espoir, car même si les parcours sont longs et parfois semés d‘embûches, les cancers infantiles se soignent dans beaucoup de cas. Rester positifs et de bonne humeur aide énormément pour la guérison. »
Léane, touchée par un lymphome de Hodgkin
Léane, touchée par un lymphome de Hodgkin
« Fin 2024, j'ai eu des complications après mon opération des dents de sagesse et une boule indolore est apparue sur ma clavicule mais je l'ai ignorée en l'assimilant à un effet secondaire des médicaments que j'ai dû prendre. Au bout de deux mois à l'appeler "Jérôme" j'ai consulté, et une semaine plus tard j'étais en chimio car il se trouve que Jérôme était un lymphome de hodgkin. J'avais 17 ans. Je n'ai pas tant réagi, en me laissant aux mains de la médecine, j'ai pris ça comme ça venait. Dans le service d'oncopédiatrie de Brest, on m'a dit que j'allais pouvoir passer mon permis, avoir mon bac et même partir en études supérieures alors j'étais tournée vers l'avenir et prête à traverser ce qu'il fallait pour accéder à ces objectifs sans que rien ne m'en empêche ! J'ai eu quatre mois de chimiothérapie et ça a été un peu compliqué avec mes proches.
J'ai aussi été profondément touchée par la manière dont se sont passées les choses pour mon diagnostic : à l'échographie, le radiologue a profité que je sois à l'écart pour annoncer à ma mère qu'il s'agissait d'un cancer et je l'ai retrouvée en pleurs sans que le médecin ne m'ait dit quoi que ce soit ; alors je suis allée lui demander des explications auxquelles il m'a simplement dit que j'avais probablement "une maladie des ganglions"... Je n'ai pas aimé la manière dont j'ai été infantilisée au prétexte que j'étais mineure, j'avais envie de connaitre précisément ce qu'on me faisait, le poids des mots est tellement important ! Avec du recul je me rends compte que c'était sans doute le prix à payer pour vivre une aventure humaine et un personnel soignant bien plus bienveillant que dans le monde des adultes. À la maison, j'ai bénéficié de cours pour les épreuves du bac avec mes professeurs du lycée et ma gratitude est infinie à leur égard, j'ai reçu tant d'amour et de soutien de la part de toute ma famille, mes amis, des connaissances et j'ai même découvert que des gens suivaient mon aventure sur mon blog alors que je ne les connaissais même pas ! Globalement, c'est l'amour, le soutien des associations, de mes proches, du service d'oncopédiatrie exceptionnel qui m'ont le plus marquée !
Cela fait presque 10 mois que je suis en rémission, et chaque jour je revis ce qui se passait il y a un an, des souvenirs très proches gravés dans ma mémoire mais en même temps lointains au vu de tout ce qui s'est passé depuis ! La rémission est ce qu'il y a eu de plus difficile à vivre pour moi. D'abord une période d'euphorie qui tombait avec l'été et les belles choses à faire, la liberté et l'insouciance entourée de ceux que j'aime et la limite du possible repoussée à l'infini ! Puis le retour à la réalité. Sur le plan physique, mon jeune âge m'a permis de bien m'en sortir malgré quelques précautions à prendre ; mais après les contraintes drastiques que m'imposait le service d'oncopédiatrie, tout me paraissait doux et savoureux dans la vie. La rentrée a été le moment d'un contrecoup terrible et m'a fait sombrer sur le plan psychologique. J'ai été soutenue à distance et sur place avec les soignants mais je maintiens que la rémission est plus difficile à vivre que les traitements psychologiquement là où l'on manque de cette "légitimité" de personne malade. Aux yeux de tous, on est "guéri", et on n'a plus tous ces petits soins portés par le corps médical qui nous maintenaient dans un cocon protecteur.
J'ai entamé une thérapie qui me permet de travailler sur moi, j'ai appris à accueillir mes émotions, j'ai le droit de pleurer, de ne pas aller bien, etc., et d'ailleurs je suis beaucoup plus attentive aux divers symptômes que je ressens sur mon corps. J'utilise mon parcours comme une force qui alimente mon envie de me battre et de pousser mes projets plus loin en interrogeant ce qui nous empêche vraiment de faire les choses : le regard des autres n'est plus un frein à mon épanouissement et comme le diront toutes ces personnes positives, c'est une belle leçon de vie ! »