Le 6 avril, on fête la journée internationale du sport !
Proclamée en août 2013 par l'Assemblée générale des Nations Unies, la journée internationale du sport au service du développement et de la paix célèbre les valeurs du sport. À la Ligue contre le cancer, le sport a une place importante et peut être une réelle source d'accompagnement pendant les traitements. Leïla, Arnaud et Séverine nous racontent quel rôle a eu le sport pendant la maladie.
Une façon de reprendre le dessus...
Une façon de reprendre le dessus...
Quelle place avait le sport dans votre vie ?
Leïla : « J'ai toujours fait du sport depuis petite, j'en faisais pour me défouler et pour avoir une activité physique mais jamais je n'avais pris du recul sur ma pratique et le lien avec notre santé. »
Cela a-t-il évolué à l'annonce de la maladie ou durant les traitements ?
L : « Oui ça a un peu évolué, après mes études j'ai continué le sport mais sans comprendre la nécessité réelle de cette activité, c'était une habitude. Lorsque j'ai appris que j'avais un cancer, une de mes premières questions a été de demander à mon oncologue si j'allais pouvoir continuer à en faire. Elle m'a répondu "oui bien sûr, mais en adaptant à ma forme du moment". Et finalement, moi qui avais arrêté la course à pied depuis longtemps, j'ai eu un besoin viscéral de reprendre. C'est inexplicable mais j'avais tellement de colère et d'incompréhension en moi après cette annonce que je n'ai trouvé que ça pour l'extérioriser. J'ai donc repris la course pendant les chimios et ça a été une révélation. C'était loin d'être simple et je courais très peu au début - voir même parfois je marchais plus que ne courais. Ça m'a aidé à gérer mes émotions, à "accepter" toutes ces étapes pendant la maladie (et après aussi d'ailleurs) et surtout, ça me permettait d'avoir le dessus sur ce corps qui avait décidé pour moi. J'allais courir, je l'avais décidé, ma tête l'avait décidé et ce n'était pas mon corps qui décidait. »
Selon vous, pourquoi est-ce important de poursuivre une activité physique pendant le parcours de soin ?
L : « Pour moi c'est primordial d'avoir une activité physique car ça a un vrai effet sur le moral mais aussi sur les effets secondaires. Pour le moral, quand on pratique une activité physique on est loin de l'hôpital, loin des boîtes de médicament qui ont pris leur place dans notre lieu de vie, loin des questions uniquement sur la maladie et on est de nouveau une personne - pas une malade. Pour les effets secondaires, ça a été pour moi flagrant, j'ai été moins fatiguée, j'ai eu très peu de douleurs articulaires et musculaires, aucune nausée... Tout ne dépend pas de l'activité physique bien sûr, mais à mon niveau, j'ai vu une réelle différence sur tout ça ! Ce qu'il ne faut pas négliger, c'est aussi l'impact de l'activité physique après les traitements, ça évite le risque de rechute et de nouveaux cancers, ça limite les effets post-traitement type chemiobrain... ça aide énormément à prendre le dessus sur tout ça. »
Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans des défis sportifs d'envergure ?
L : « Au début je ne pensais pas me lancer dans ces défis et puis des amis ont fait quelques courses, j'y allais en tant que supportrice et je me suis dit "pourquoi pas moi ?". Donc j'ai démarré les courses tranquillement avec un 10km, un semi... et j'y ai pris goût ! En 2024, je me lance dans une prépa marathon pour courir celui de Nice-Cannes qui tombait 2 ans jour pour jour après l'annonce de ce cancer. C'était ma revanche. J'ai réussi à le courir avec le maillot de La Ligue d'ailleurs.
Ces défis sont une façon de reprendre le dessus, d'avoir confiance en moi, de (re)prendre confiance en mon corps et j'adore ça. J'ai très vite eu envie de refaire un marathon et le mythique Marathon de Paris m'a fait de l'œil. Je voulais courir ce deuxième marathon en prenant un dossard solidaire pour avoir ma cagnotte en faveur de la Ligue, ce qui est chose faite ! Rendez-vous le 12 avril sur la ligne de départ ! »
Un allier pour mieux supporter les traitements...
Un allier pour mieux supporter les traitements...
Quelle place avait le sport dans votre vie ?
Arnaud : « Je consacrais déjà 5 ou 6h de sport par semaine : essentiellement de la course à pied et de la natation. »
Cela a-t-il évolué à l'annonce de la maladie ou durant les traitements ?
A : « Oui, le volume d’heure a considérablement augmenté. Je pratique maintenant minimum 1h par jour, 7 jours sur 7 (à peu près 14h par semaine). Entre running, vélo, renforcement musculaire et natation. Pendant les traitements je faisais 1h d’activités par jour. »
Selon vous, pourquoi est-ce important de poursuivre une activité physique pendant le parcours de soin ?
A : « Tout d'abord, cela m’a permis de me vider la tête. J’ai effectué deux périodes de traitements par radiothérapie (deux fois 15 séances espacées de 6 mois). J’ai mieux supporté le deuxième parcours en pratiquant 1h de sport juste après la séance (j’avais arrêté le sport au premier traitement, j'ai mis du temps à retrouver de l'énergie). Avant le deuxième protocole, je m'étais documenté sur ce sujet, j'ai demandé l'avis a mon oncologue qui a validé. Donc aussitôt que je sortais du VSL (véhicule sanitaire léger), je sautais sur le vélo ou partais à la salle. La pratique n’était pas intensive, mais me permettait d’évacuer le stress, de m’échapper, de penser à autre chose : le pouvoir des endorphines. J’ai constaté que j’étais moins fatigué. Le sommeil était également de meilleur qualité. J’ai récupéré également plus rapidement à la fin du traitement. »
Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans des défis sportifs d'envergure ?
A : « J’y ai pensé après un entretien avec mon oncologue, juste avant une séance de radiothérapie. Il m’a annoncé que je réagissais très bien au traitement, que c’était une chance. Mais il ne pouvait pas s’avancer pour les années futures et qu’un jour la chimiothérapie n'était pas a exclure. Mon hématologue m'avait déjà dit pratiquement la même phrase : "M. Ponsard profité de votre bonne santé actuelle". Cela m'a fait un électrochoc.
Dans la machine quelques minutes après, j’ai fait le bilan de ma vie et de mes envies. J’étais malade mais j’avais la chance que mon état de santé générale ne soit pas altérée. Tout le monde n’a pas cette chance, il fallait en profiter.
J’avais deux projets en tête depuis longtemps : courir un marathon et gravir le Mont Blanc. J’avais toujours repoussé ces projets par manque de temps, de priorités, j’ai donc décidé de les réaliser en 2026. En rentrant chez moi, je me suis connecté au site du Marathon de Paris et j’ai découvert les dossards solidaires (que je ne connaissais pas). J’ai perdu ma mère d’un cancer du pancréas (elle est partie en 2 mois, sans aucun soin), mon oncle également est décédé d’un cancer des poumons. Ma tante se bat actuellement contre un cancer au cerveau. J’ai également perdu trois collègues touchés par un cancer ces dernières années. Courir pour la Ligue m’a semblé une évidence !
Dans la foulée je me suis inscris pour l’ascension du Mont Blanc (programmée début juillet). Depuis j’ai ajouté le marathon de Valence en Espagne en décembre (j’ai eu la chance d’être sélectionné). Entre chaque grandes échéances, je participe à des petits trails ou des courses sur route (semi-marathon) avec mes amis ou collègues. Aucun objectif de temps, juste le plaisir de partager de très bons moments ! »
Un outil précieux face à la maladie...
Un outil précieux face à la maladie...
Quelle place avait le sport dans votre vie avant l’annonce de la maladie ?
Séverine : « Avant 2017, le sport avait une place d’équilibre dans ma vie, presque comme un art de vivre. Je pratiquais avant tout pour me faire du bien, sans notion de compétition, dans une logique de santé et de bien-être. C’est à partir de 2017 que j’ai découvert la compétition, avec un véritable déclic : le goût du dépassement de soi, mais aussi la prise de conscience de mes capacités à développer de nouvelles compétences physiques et mentales. »
Cela a-t-il évolué à l’annonce de la maladie ou durant les traitements ? Si oui, dans quel sens ?
S : « Oui, profondément. À l’annonce de la maladie, je me suis investie corps et âme dans le sport, parce que c’était la seule chose sur laquelle je pouvais réellement compter. Quand tout bascule, quand les repères disparaissent et que les incertitudes deviennent permanentes, il faut trouver un point d’ancrage. Pour moi, ça a été le mouvement. Le parcours n’a pas été linéaire. J’ai dû faire face à de nombreuses limites : abandonner le triathlon à cause de mon épaule, accepter que certains jours, même marcher devenait difficile, notamment au début de l'hormonothérapie. Il a fallu composer, s’adapter, accepter. Mais j’ai toujours gardé des objectifs, des projets, même modestes. Ce sont eux qui m’ont permis de rester à flot, de sortir la tête de l’eau et de continuer à avancer malgré les vagues. »
Selon vous, pourquoi est-ce important de poursuivre une activité physique pendant les traitements ?
S : « Parce que le mouvement, c’est la vie. L’activité physique permet de renforcer les défenses de l’organisme, de mieux supporter les traitements et de générer des endorphines naturelles qui soutiennent le moral. C’est aussi un outil précieux face au brouillard cérébral lié à l’hormonothérapie : elle aide à retrouver de la clarté mentale dans les moments les plus difficiles. Mais surtout, elle redonne de l’estime de soi. Quand on arrive à faire quelque chose, même une petite chose, cela change tout. On ne peut pas tout faire... mais ça, je peux le faire. Ce “petit pas” devient une victoire, et ces petits pas, répétés jour après jour, permettent un jour de faire des pas beaucoup plus grands. »
Pourquoi avoir décidé de vous lancer dans des défis sportifs d’envergure ?
S : « Les défis sont venus à moi, parce que j’ai accepté des propositions qui semblaient, au départ, complètement insensées. J’ai aussi été entourée de personnes qui ont continué à me voir comme une sportive, et non comme une malade. Ce regard a été déterminant. Elles se sont appuyées sur ce que je pouvais encore faire, et m’ont aidée à me lancer, à m’entraîner, à croire en ces projets. Avant la maladie, j’avais peur de ne jamais réussir à courir un marathon. Alors le fait de le terminer un an après l’annonce du cancer m’a semblé incroyable. Continuer à performer, à gagner des championnats du monde alors que, dans le même temps, ma vie était devenue un combat, m’a permis de franchir des caps essentiels. Ces défis m’ont appris à accepter la diminution de certaines capacités, à avancer malgré les tempêtes et à tenir bon quand les vagues arrivent. Parce qu’elles arrivent. Mais on peut apprendre à les traverser.
S’il y a un message à retenir, ce serait celui-ci : "il n’est jamais trop tard pour s’y mettre. Il faut s’accrocher à la vie. Le sport est une véritable école de la vie : rien n’est facile, mais chaque petit pas compte et peut, un jour, mener à des choses que l’on pensait impossibles". »
Journée internationale du sport au service du développement et de la paix
La Charte internationale de l’éducation physique, de l’activité physique et du sport adoptée par les États membres de l’UNESCO en 2015, qui reconnaît l’accès au sport comme un droit universel, nous rappelle que la pratique du sport nous permet de prendre soin de notre santé physique, de notre santé mentale et de notre santé civique.