Des chercheuses et des femmes avant tout !
La Journée Internationale des Femmes et des Filles de Sciences est célébrée le 11 février par l’ONU depuis l’adoption de la résolution 70/212 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Cette journée vise à promouvoir l’accès et la participation pleine et équitable des femmes et des filles aux sciences. Portrait de Lina Benajiba et de Jessica Zucman-Rossi, deux chercheuses inspirantes et investies dans la recherche contre la maladie.
Quelques chiffres
30 %
En 2022, les femmes représentaient 30 % des chercheurs français.
41,5 %
Part des femmes dans les effectifs de chercheurs en administration dans les principaux pays de l'OCDE en 2022 (18ème position pour la France).
57,4 %
Part des femmes dans les centres hospitaliers (CHU, Centre de lutte contre le cancer).
Les travaux de recherche de Jessica Zucman-Rossi
Les travaux de recherche de Jessica Zucman-Rossi
Médecin, spécialiste en médecine interne et cancérologie et directrice du Centre de recherche des Cordeliers.
« Mes travaux de recherche visent à comprendre les mécanismes à l'origine du développement des cancers, en particulier des cancers du foie. Nous développons des approches fondées sur les études génétiques et génomiques pour identifier les premières étapes à l'origine de la transformation maligne des cellules en cancer du foie. Nous étudions aussi les mécanismes de progression des tumeurs et en particulier pourquoi certains cancers deviennent résistants aux traitements. Le but de nos études est de transférer les découvertes fondamentales sur les mécanismes de Miguet, vers l'identification de biomarqueurs qui peuvent être utilisés dans la pratique clinique et ainsi bénéficier aux malades. L'impact de la recherche est ainsi important pour améliorer le dépistage précoce des tumeurs du foie, leur traitement initial et l'identification de nouveaux traitements. »
Entretien
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
« Depuis 35 ans, je consacre mon activité professionnelle à la recherche comme chercheuse d'abord à l'Inserm puis à l'université de Paris - Assistance publique Hôpitaux de Paris. Comme directrice du Centre de Recherche des Cordeliers, ma mission est d'accompagner les chercheurs pour créer un environnement favorisant la créativité et l'innovation. »
Vous travaillez sur l’étude des altérations génomiques des tumeurs hépatiques. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur ce sujet ?
« Comme médecin, je mène des recherches qui sont à la fois fondamentales pour comprendre les mécanismes de développement et de progression des maladies, et sur la manière dont les progrès de la connaissance que nous produisons au laboratoire peuvent être utiles aux patients. Ce sont clairement les travaux que j'ai réalisés pendant ma thèse à l'Institut Curie, sous la direction du professeur Gilles Thomas, qui m'ont donné le goût de travailler en génétique pour comprendre l'évolution des cancers. »
Pendant vos études, avez-vous rencontré des difficultés ?
« Dans le cadre de mes études, j'ai pu bénéficier de conditions privilégiées qui m'ont permis d'obtenir une excellente formation au sein d'une université de premier plan et de services cliniques extraordinaires. Par la suite, j'ai pu bénéficier de financements pour interrompre mon internat et mener ma thèse d'université, ce qui m'a donné le goût de la recherche académique. J'ai eu la chance d'être dans un laboratoire fabuleux et toute mon activité de recherche repose sur ces fondations initiales : construire des projets de recherche ambitieux qui permettent d'augmenter les connaissances en cancérologie et de rechercher les applications de ces découvertes au bénéfice des malades. »
Avez-vous une situation qui vous a particulièrement marquée ou émue ? Une anecdote ?
« Faire des découvertes, créer des émotions incroyables. Il y a ce moment où on comprend ce qui était auparavant inconnu et cela ouvre de nouvelles perspectives.
Une autre émotion est le moment où vous formez vos étudiants, et tout d'un coup, ce sont eux qui vous apprennent quelque chose. Passer le savoir et le savoir-faire aux générations futures est une énorme satisfaction. »
Pour finir, en 2022, tous domaines confondus, les femmes représentaient 30 % des chercheurs en France. Qu’en pensez-vous ?
« Nous avons fait des progrès au cours des 20 dernières années pour favoriser la nomination de femmes dans la carrière de chercheuse. Cependant, nous devons clairement continuer d'augmenter le nombre de femmes, en particulier au plus haut niveau de direction de la recherche. Pour réussir à atteindre cet objectif, nous devons améliorer l'accompagnement des femmes en recherche, en particulier pour mieux sécuriser leur parcours et les moyens qui sont à leur disposition pour mieux réconcilier la vie familiale et professionnelle. Nous vivons dans une époque très particulière où les étudiants et les jeunes chercheurs sont moins attirés par la carrière académique en recherche en particulier, entre autres à cause des conditions salariales, toujours très basse par rapport à leur niveau de qualification, mais aussi à la remise en question de la place de la Science dans la société. Nous devons prendre une attention particulière et garder notre vigilance pour créer un environnement plus favorable aux femmes et aux hommes qui souhaitent poursuivre dans la recherche académique. »
Les travaux de recherche de Lina Benajiba
Les travaux de recherche de Lina Benajiba
Médecin-chercheuse à l'hôpital Saint-Louis à Paris et professeur en médecine à l'Université Paris Cité.
« Mes travaux ont pour objectif de mieux comprendre l'environnement dans lequel se développent les cellules leucémiques afin d'identifier des traitements innovants pour guérir les patients atteints de certains types agressifs de leucémie. Bien que la biologie des cellules cancéreuses soit importante, je suis convaincue que la clé d'un meilleur traitement réside dans la compréhension des interactions des cellules leucémiques avec leur environnement. Tout comme les graines ont besoin d'un sol fertile pour pousser, nous pensons que les cellules leucémiques ont besoin d'un environnement fertile pour évoluer et que le ciblage thérapeutique de cet environnement devrait permettre de les éradiquer. »
Entretien
Aujourd’hui, vous êtes chef d’équipe et médecin-chercheuse dans le domaine de l’hématologie. Qu’est-ce qui vous a donné envie de travailler sur la leucémie ?
« Pendant ma formation, j'ai été très vite attirée par l'hématologie, une spécialité très riche sur le plan humain et scientifique. Le courage et l'exceptionnelle combativité des patients atteints de cancers hématologiques que j'ai eu la chance de rencontrer pendant ma formation ont placé mon activité de recherche au centre de ma pratique clinique. Je me suis donc spécialisée en hématologie et en pharmacologie clinique afin d'apporter une meilleure réponse thérapeutique aux patients atteints de ces cancers. Je travaille aujourd'hui sur la leucémie aiguë myéloïde, le sous type de leucémie le plus fréquent chez l'adulte. Les traitements dont on dispose ne permettent de guérir qu'un patient sur trois malheureusement ce qui en fait un des cancers les plus agressifs, d'où l'importance de la recherche fondamentale et translationnelle pour guérir plus de patients. »
Pendant vos études, avez-vous rencontré des difficultés ?
« Passionnée par la compréhension des maladies humaines, je me suis engagée très jeune dans des études exigeantes et longues qui combinent une formation scientifique et médicale. Mon parcours a été jalonné de très belles rencontres professionnelles avec beaucoup de soutien et de bienveillance de la part de mes encadrants et encadrantes à des étapes clés de mon cursus. Bien qu'il ne soit pas toujours simple de combiner une activité clinique, de recherche et d'enseignement avec une vie familiale épanouie, il est important que les jeunes filles sachent que c'est aujourd'hui possible si on en a la motivation et qu'on se donne les moyens d'y arriver. La clé pour moi a vraiment été d'avoir un entourage soutenant tant sur le plan personnel que professionnel. Comme pour les cellules leucémiques, l'environnement joue un rôle clé ! »
Pour finir, en 2022, tous domaines confondus, les femmes représentaient 30 % des chercheurs en France. Qu’en pensez-vous ?
« Ce chiffre est beaucoup trop bas ! La diversité de parcours et de profils est une composante importante pour favoriser les découvertes scientifiques, dans cet écosystème les femmes ont toute leur place ! À mon avis ce chiffre reflète d'une part un manque d'orientation des jeunes filles vers des cursus de recherche notamment dans certaines sciences telles que les mathématiques et d'autre part les freins auxquels les femmes sont confrontées pour atteindre les objectifs nécessaires à l'obtention de postes de chercheuses. Fort heureusement, aujourd'hui les choses évoluent, les jeunes filles s'orientent de plus en plus vers des parcours scientifiques, mon équipe est majoritairement composée de jeunes femmes scientifiques passionnées en cours de formation, ce qui laisse présager une évolution dans le bon sens de ce chiffre très rapidement ! »
Journée Internationale des Femmes et des Filles de Sciences
Thème de l'édition 2026 : « De la vision à l’impact : combler les écarts entre les genres en redéfinissant les STEM* »
Aujourd’hui, les femmes représentent toujours moins d’un tiers des chercheuses dans le monde (voir la fiche d’information de l’UNESCO). Combler l’écart entre les genres est important non seulement pour l’équité, mais aussi pour la qualité, la pertinence et l’impact de la science, de la technologie et de l’innovation.
S’appuyant sur l’Appel à l’action de l’UNESCO de 2024 "Combler l’écart entre les genres dans la science" et sur la campagne 2025 "Imaginez un monde avec plus de femmes en science #EveryVoiceInScience", la Journée internationale des femmes et des filles de science 2026 fait évoluer la réflexion vers la mise en lumière de bonnes pratiques existantes et de solutions concrètes pour construire des écosystèmes STEM plus inclusifs.
*Science, technologie, ingénierie et mathématiques